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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 08:59
La présidence du Brésil a annoncé vendredi soir le départ du ministre de l'Economie, l'orthodoxe Joaquim Levy, qui sera remplacé par l'actuel ministre de la planification Nelson Barbosa, nouvel épisode de la crise économique et politique du pays.

"La présidente (Dilma Rousseff) remercie le dévouement du ministre Joaquim Levy, qui a eu un rôle fondamental dans le combat de la crise économique et lui souhaite beaucoup de succès pour ses futurs défis", a indiqué la présidence dans un communiqué qui annonce aussi la nomination de Barbosa.
Joaquim Levy, un économiste orthodoxe qui a travaillé au Fonds monétaire international (FMI), avait alimenté plus tôt dans la journée les rumeurs sur son prochain départ à l'occasion d'une conférence de presse où il avait dressé le bilan de sa gestion, laissant entendre qu'elle touchait à sa fin.
Ces rumeurs se sont ressenti à la Bourse de Sao Paulo qui a clôturé en chute de 2,98%. L'annonce a été faite après la fermeture des marchés.
M. Levy était entré au gouvernement cette année pour mettre en place un plan d'austérité budgétaire afin de relancer l'économie après quatre de piètre croissance, une tâche qui lui a attiré les foudres de l'opposition et de certains courants du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir, alors que la 7e puissance mondiale est entrée en récession au deuxième trimestre.
La crise politique a aggravé la détérioration économique, surtout après l'ouverture début décembre d'une procédure de destitution à l'encontre de la présidente, accusée par l'opposition d'avoir maquillé les comptes publics.
Le Parlement a approuvé jeudi un budget pour 2016 prévoyant un modeste excédent primaire de 0,5%, alors que M. Levy exigeait 0,7%.
Le nouveau ministre, Nelson Barbosa, n'est pas considéré comme un économiste de premier plan, mais il est proche du gouvernement de Dilma Rousseff.
Peu aimé des marchés car moins aligné sur la politique d'ajustement budgétaire que Levy, il est apprécié du Parti des travailleurs au pouvoir.

Orthodoxe et austère, le ministre brésilien de l'Economie, Joaquim Levy, 54 ans, a démissionné vendredi au bout d'un an de gestion sans avoir réussi à atteindre son principal objectif : rééquilibrer les comptes publics.

Sa réputation de tailleur de dépenses publiques lui a pourtant valu le surnom de "Levy aux mains d'argent", en référence au personnage du film "Edward au mains d'argent" (Tim Burton), doté de ciseaux à la place des mains.
Titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université de Chicago, cet ex-fonctionnaire du Fonds Monétaire International (1992-1999) avait été choisi par la présidente de gauche Dilma Rousseff en janvier 2015, pour rétablir la confiance des marchés financiers.
Il avait la lourde tâche de redresser une économie en panne de croissance.
Mais cette mission était presque impossible : ajuster les finances de la 7e économie mondiale sans toucher aux programmes sociaux qui ont bénéficié aux plus pauvres en 13 ans de gouvernement du Parti des travailleurs (PT), comme l'avait promis la présidente.
De quoi lui attirer les foudres de la gauche comme de la droite. Il a fini par devenir l'otage du Parlement pour d'innombrables raisons, notamment les allées et venues du gouvernement au sujet de l'objectif budgétaire primaire et de la profonde crise politique menaçant Mme Rousseff de destitution, accusée d'avoir maquillé les comptes publics.
Contredit plusieurs fois par d'autres ministres proches de Mme Rousseff, M. Levy n'a eu ni le temps, ni le capital politique pour faire épargner au pays ce qu'il exigeait : au moins 0,7% du PIB en 2016.
Le Parlement a approuvé jeudi un modeste excédent primaire de 0,5%, la goutte d'eau de trop pour le ministre.
"Joaquim Levy est le ministre de l'Economie que la présidente Rousseff a désigné mais qu'elle n'a jamais voulu écouter", estime dans un éditorial du quotidien O Globo l'économiste Miriam Leitao.
Pendant son mandat, M. Levy a tenté de mettre en place plusieurs réformes mais les indicateurs ont empiré : l'économie est entrée en récession au deuxième trimestre, l'inflation a dépassé 10%, le chômage a augmenté et l'objectif budgétaire a été réduit cinq fois cette année, passant d'un excédent primaire de 1,2% à un déficit qui pourrait atteindre 2%.
L'agence de notation Standard and Poor's a relégué le Brésil en catégorie spéculative en septembre, quand le gouvernement, malgré l'opposition de Levy, a présenté au Parlement un budget dans le rouge pour 2016. Mme Rousseff a fait marche arrière mais en décembre, Fitch Ratings a relégué à son tour le Brésil en catégorie spéculative.
M. Levy "a sacrifié sa vie personnelle pour le pays (...) mais il n'a pas réussi à faire grand-chose. C'est dommage. Il n'a pas été respecté, il n'avait jamais le soutien de la présidente qui écoutait d'autres ministres. Et il a dû faire face en 2015 à une crise politique sans précédent qui a paralysé le pays", explique à l'AFP André Leite, analyste à TAG Investimentos.
"Si avec lui c'était difficile, sans lui cela pourra être impossible", a résumé André Perfeito, économiste chef à Gradual Investimentos.
Marié et père de deux adolescentes, l'ancien ministre est décrit par ceux qui le connaissent comme "accro au travail et sincère à la limite du manque de politesse".
Il adore naviguer et aime les plantes. Depuis des années il fait l'inventaire des plus de 11.000 sortes d'arbres du parc de Flamengo à Rio.
Avant d'être ministre de l'Economie, Joaquim Levy dirigeait depuis 2010 la Bradesco Asset Management (Bram), la branche de gestion des fonds d'investissements de Bradesco, une des plus grandes banques privées du Brésil.
Il a occupé d'importantes fonctions dans les gouvernements des anciens présidents Fernando Henrique Cardoso (1995-2003) et Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), oeuvrant au renforcement de la stabilité macro-économique du Brésil.
Il avait quitté le gouvernement en 2006 pour devenir vice-président des Finances de la banque inter-américaine de développement (BID), puis secrétaire des Finances de l'Etat de Rio de 2007 à 2010.
Né en 1961 à Rio de Janeiro, il est également diplômé en ingénierie navale.

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Published by alain serbin
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