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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 09:16

En ce jour du 11 novembre 2016, l'Angola célèbre  son 41è anniversaire de son indépendance. Cette date est si importante pour un pays africain qui a enfin réussi a arracher sa liberté après plusieurs siècles d'occupation coloniale.

L'Angola est l'un des pays qui  a subi l'occupation, l'oppression et enfin la liberté relative. L'effervescence qui a suivi démontre bien l'attente de ce peuple à son indépendance. L'attente est naturelle. Comment pourrait-on accepter de vivre sous  le joug colonial et en être heureux ?  Revivre cette douloureuse histoire, c'est aussi fixer ce passé dans la mémoire coloniale africaine en général. Considérons cet aspect historique pour dire que le fait de la lutte de la libération nationale, c'est considérer encore plus, la prise de conscience du peuple angolais.

Les mouvements armés angolais de toute obédience ont tous contribué pour l'indépendance nationale. Tous, avaient compris que la chute du coloniale était la seule celle qui vaille et qu'elle était possible. La seule solution, puisque que l'occupant refusait le dialogue, c'était de prendre les armes pour exiger cette liberté pour le pays opprimé. La chute du colonialisme portugais dans cette perspective était inéluctable. Les peuples coloniaux, loin de sous-estimer l'avantage de la puissance coloniale avec son armement moderne, n'ont pas hésité de se saisir d'abord de l'opportunité de prendre toutes les armes rudimentaires à la portée pour entamer cette guerre de libération nationale angolaise. Ils n'ont donc pas hésité d'aller au front pour s'opposer à cette présence coloniale qui a duré plus de quatre siècles et pratiquer les pires crimes contre l'humanité de toute l'histoire de ces derniers siècles.

En se jetant corps et âme dans cette bataille féroce à armes inégales, les Angolais ont voulu montrer leur détermination jusqu'à la victoire finale. Tenir tête face à une armée aussi puissante équivaut à glorifier les ancêtres angolais qui n'ont jamais accepter les défaites ni les diverses tentatives d'occupations étrangères. L'aventure coloniale est presque la même pour toute tentative d'exploitation sur les terres africaines. Cela commence par la découverte des terres riches et vierges des pays lointains et l'occupation sinon la prise en possession de celles-ci. Pour l'Angola, tout a commencé vers 1482, avec l'arrivée de l'explorateur portugais Diego Caô et sa troupe. L'expédition a été sous les ordres du roi du Portugal pour conquérir des nouvelles terres lointaines en Afrique et ailleurs. Puis, ce sera au tour des missionnaires, pour propager la parole de l'évangélique catholique et chrétienne. Et pour finir, d'envoyer toute une armée d'occupation militaire. Cette étape cruciale de conquête est capitale pour assoir la victoire définitive. Une étape cruciale pour le colonisateur, mais désastreuse pour le peuple autoctone. Il fallait pour eux, sous les réelles intentions économiques, d'aller "occuper", "pacifier", apporter "la bonne parole de l'église à ces peuples "indigènes et sauvages".  La bonne parole venue du Portugal et de l'ensemble de l'Occident chrétien.

Autrement dit, il fallait pour les colonisateurs portugais d'infantiliser ces "Nègres", les abroutir jusqu'à les faire perdre confiance en eux. Les êtres humains devenaient des "choses", des "meubles" sans valeurs, qu'on devait les utiliser, les vendre, les exporter, ou à offrir les prix aux plus offrants des cruels trafiquants négriers.

La Conférence de Berlin, en 1885, offrit une belle tribune officielle pour la distribution des terres aux "pionniers européens" pour l'Afrique. Comme ce sera le cas d'ailleurs partout dans le monde : aux Amériques et en Asie et dans les quatre coins du monde.  Le partage du monde entrait en action pour les bénéfices de l'Occident aux mains des grands capitalistes et autres financiers internationaux, mais dominés par les Européens. La plus grande injustice jamais réalisée au monde. En ce temps-là, les droits primaient sur toute autre ordre morale. On pouvait parfaitement tuer, déposséder des terres, s'approprier des richesses au nom des droits établis par eux. Des petits pays s'appropriaient des grands territoires hors de leur aire géographique. Ce sera le cas de l'Angola, un million deux-cent quarante-six milles sept-cent kilomètres carrés (1.246.700 km2), avec ses mille six-cents cinquante kilomètres ( 1.650 km) des côtes maritimes à l'est de l'océan atlantique. A noter que le Portugal n'a que 92.000km2.

Durant 450 ans, le Portugal occupait l'Angola en abusant du pays et de ses habitants. L'économie en ce temps, avait déjà pris sa place. Du XIII au XVè siècle,les Portugais  et les Européens se départageaient le monde. Le continent africain était le plus vulnérable, donc intéressant à occuper. Certains ont même, après avoir envahi les terres et assujetti ses populations ont aussi déjà commencé à faire du commerce des prisonniers et autres captifs.

Il y a des pratiques qu'il n'est même plus besoin de rappeler ici, telle l'évidence était manifestement visible. Il a fallu aussi rappeler à la mémoire de tous, les différentes résistances qui se sont organisées ici et là, partout en Afrique noire. C'est le cas de l'Angola. Dès le milieu du XVè siècle, la résistance battait son plein.

En 1483, la terre en Angola devint un enjeu économique à cause de sa richesse agricole et minière. Il y avait une terre fertile et vierge à exploiter. Des hommes noirs réduits en main d'oeuvres. On allait pas se gêner pour les utiliser. Pour les matières premières utiles, il fallait les exporter : bois, or, diamant, fer, manganèse bauxite, uranim, etc... Pour ce qui est de bois d'ébène (les êtres humains noirs), puisqu'ils sont vaincus, il fallait les réduire en main-d'oeuvre ou en esclaves. La culture de la canne à sucre a été l'une des premières cultures demandées par les consommateurs en Europe. Planter, exploiter la canne à sucre fut l'activité première à exploiter. Il fallait donc "travailler" ces plantations. Les premiers colons se sont lancées dans ce domaine. Qui sont ces "colons" ?

C'étaient des petits blancs pauvres et autres émigrés "blancs" qu'on ne voulait pas voir en Europe, que les pays européens, en l'occurence, le Portugal, déversait vers ces "nouvelles terres" d'Afrique et qu'on envisageait de "coloniser". C'étaient aussi des "Juifs sépharades" portugais, (ou espagnols), qu'on expédiait en Afrique du Nord et en Afrique dite "noire". On leur donnait des terres que tous, devraient mettre en valeur. A propos de "juifs", il faut préciser aussi que certains échappaient aux massacres de masse, fuyant les persécutions et l'Inquisition (et autres guerres des religions). L'occident se christianisait et devenait intolérant vis-à-vis d'autres croyances religieuses. Ajouter toujours à cette émigration, des aventuriers, des mendiants-clochards, des délinquants, (qui faisaient venir d'Europe des prostituées qu'ils prenaient comme femme mariées), des mercenaires assoiffés de guerre et de sang. Bref, tous les fous qui constituerons les pionniers de la colonisation portugaise (ou européenne) en Afrique. L'Angola était donc le théâtre expérimentale de ces jeux de pillage systématique.

Puisque la conquête de l'Afrique exigeait tout ce beau monde, on a vu qu'en Angola ces gens possédaient les terres et les esclaves pour travailler dans leurs champs, avec la bénédiction du gouvernement portugais ou du roi du Portugal. Ces colons rachettaient massivement des paysans réduits en esclavage. Un système éducatif bien élaboré se mit en place : on formait d'autres Noirs, pour apprendre à parler la langue portugaise, ou des Blancs, pour commander d'autres Noirs paysans et analphabètes. Cette politique d'assimilation et d'aliénation culturelle s'avèrait très éfficace. Diviser pour règner. Plus on est proche des Blancs, plus on haît ses propores frères ou sa famille africaine. D'autres achètaient des esclaves ailleurs partout en Afrique et les ramènaient en Angola pour mettre en valeur ces terres conquises. Les marchands portugais rachetaient même à leur propre roi certains prisonniers et esclaves en surplus.  Ces captifs rachetés étaient des Noirs prisonniers ou des vaincus des guerres locales, après des batailles féroces, issues des rivalités territoriales.

A ce propos, l'île de Sao Tomé et son archipel, sont des exemples. L'archipel était vierge. On y céder des terres à ces portugais pour cultiver les champs de canne à sucre, de tabac et du café. La raison de la présence noire dans cet archipel. les esclaves venus d'Angola. Ils y seront parqués, fixés définitivement par des colons pour la grandeur de l'Empire lusitanien. Le Nord de l'Angola sera vidé substantiellement de sa population pour les envoyer là-bas, ou ailleurs au-délà des océans. La province nord angolaise fut le lieu qui a rassemblé laplupart des colons portugais envoyés en Afrique, grâce à la fertilité de ses terres. On y plante de tout, sans compter la richesse de sa faune et la mer à proximité. Uige et Mbanza Kongo furent des grands centres très intéressant pour les colons portugais, avant la capitale Luanda.

A l'évidence, ces exploitations vont provoquer des insurrections à cause des injustices et l'exploitation coloniale. Les paysans angolais dépossédés  de leurs terres digéraient mal cette présence et ce système colonial. En outre, les colons exploitaient et exportaient leurs biens dans leur métropole. Parfois ces colons ne payaient même pas les taxes royales, car ils voulaient bénéficiaient seulement pour eux. Avec aussi certaines complicités locales.  Les colons portugais nouaient des liens ou des alliances avec des pouvoirs locaux asservis. Les premières révoltes ne vont pas tarder pour dénoncer ces potentats et ces colons. Les batailles seront très sanglantes entre Angolais et colons Portugais et leurs complices.

Il y a aussi des Portugais qui ne voulaient plus travailler pour le roi et s'alliaient avec des princes locaux angolais pour lutter contre les autorités portugaises mis en place par le pouvoir de Lisbonne. Les insurgés portugais ne voulaient plus retourner en Europe et prenaient fait et cause pour la libération de l'Angola. Ils voulaient se libérer de la tutelle portugaise sur ce territoire angolais dont ils s'y identifiaient déjà.

En 1556, le royaume de N'Dongo, (qui était un vassal du roi du Kongo, à l'est de Luanda, se souleva et donna le coups d'envoi à une insurrection généralisée. Le nom de N'Gola Kiluanji, qui y organisa autour de 1590 une coalition contre Dias de Novais (gouverneur portugais en Angola), depuis 1554.

Cette insurrection de N'Gola Kiluanji fut réprimée dans le sang, mais la reine N'Zinga reprit la révolte.  A noter que, pour pouvoir prendre la tête de la révolte, la reine N'Zinga tua son frère (roi, que Portugais avaient installé au pouvoir, à la place du père, pour mieux le manipuler !  Plus de vingt ans, la reine N'Zinga, à la tête de ses guerriers, des paysans, mena une guerre de résistance qui obligea les chevaliers (militaires) portugais, à s'enfoncer toujours plus avant à l'intérieur des terres, en Angola, permettant ainsi l'occupation de Luanda, par les Hollandais dont la reine N'Zinga se fit des alliés.

Les Brésiliens ne recevant plus d'esclaves venus d'Angola, envoyèrent une expédition d'un millier d'hommes qui reprit le port négrier de Luanda, qui servait donc à fournir les esclaves au Brésil et dans la Caraïbe (les îles des Antilles, Haïti, Cuba, etc).

La vaste coalition N'Zinga et les Hollandais, qui pour la première fois, s'attaqua aux fondements de la colonisation portugaise, un moment victorieux, remit en question toute la présence et système colonial portugais en Angola. Réalisant le dépassement des querelles internes entre les princes régnants, la reine N'zinga symbolise encore de nos jours l'unité nationale angolaise.

La fin de cette grande alliance, une dizaine d'années après la mort de la reine N'Zinga, en 1663, ne signifia pas l'arrêt de toute résistance. Au contraire.

Aussi bien à l'est que sur les hauts plateaux et à la frontière du royaume Huila, plus au sud de l'Angola, des attaques localisées continuèrent contre les positions militaires coloniales portugaises. Malgré cela, ces dernières ont continué leur pratique de l'esclavage des Angolais durant encore plusieurs siècles.

Les paysans angolais n'étaient pas "esclaves" disaient les colons, mais on les appelaient des "contratados".  Des ouvriers sous contrats. Sans ironie. Or, un "contratade" est un travailleur sous-contrat à vie ! Chercher la différence. D'autant plus que l'ouvrier n'était pas payer, tout juste logé et nourri. Mais il restait un travailleur forcé. Ces travaux forcés des Angolais furent à la base des révoltes, des désertions et d'attaques contre ceux qui les employaient. Puisque tout refus des travaux forcés équivalait à une punition corporelle et à la déportation dans des pays ou îles lointaines (Brésil, Cap-Vert, Sao-Tomé, etc).

Pour aller plus vite, disons que, du XIX et au début du XXè siècle, alors que le Portugal, grâce à son armée, avait assis toute sa domination sur les terres angolaises (et africaines), la résistance continuait de plus belle. Sentant celle-ci, le système portugais changea de tactique. Il fallait désormais former une classe des "privilégiés", des assimilés à la culture européenne (portugaise). On créait des écoles et avec des "lettrés", on chosissait les meilleurs pour les envoyer étudier dans des bonnes écoles au Portugal (ou en Europe). Les étudiants boursiers, ne revenaient que rarement  chez leurs familles. Ainsi,ils ont coupés avec leurs racines africaines. Ce qui faisait d'eux des véritables "Assimilados". Même cette politique va heurter les Angolais instruits, qui voyaient là, la politique de "diviser pour règner".

Ce sont ces "assimilés" qui vont s'organiser pour révendiquer leur "africanité".  Aidée par la gauche portugaise, cette nouvelle "élite noire" portugaise va fonder des associations culturelles pour contourner les censures, puisque la politique leur était interdite. Dès 1911, un "nationalisme angolais" est né en Angola et au Portugal. Les revendications culturelles se focalisaient sur les revalorisations des langues nationales et les cultures traditionnelles.

Les débuts de la prise de conscience et le réveil des revendications indépendantistes qui vont durer plusieurs décennies. Partant d'un constat que le portugais n'est pas la seule langue angolaise, les intellectuels se ruaient sur la repropriation des leurs langues africaines. Certaines publications commençaient à paraître en portugais mais teintés d'une africanité manifeste. On écrivait en portugais des textes et des mots en langue angolaise (kimbundu, umbundu, kikongo, tchokwé, etc...). La beauté de ces textes éblouissait la classe intellectuelle de gauche, qui se mit à propager ces livres sur le plan internationale.

La crise économique de 1926 développa le fascisme au Portugal:  Plus tard, l'arrivée au pouvoir de Antonio Salazar va conduire à la contestation puis à la révolution au sein de la gauche.

En Angola, un mouvement de libération nationale vit le jour, en 1956, c'est le MPLA.  Avec à sa tête Mario de Andrade, Viriato da Cruz et Agostinho Neto, tous des étudiants angolais au Portugal.  Qui finiront par créer le MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l'Angola) à Luanda, dans la clandestinité.. Ils avaient des relais en Angola, ce qui permettra de développer le mouvement nationaliste. En 1961, la révolte au Nord de l'Angola, dans les plantations, aboutira à la naissance de l'UPA, (Union des Populations du Nord de l'Angola), qui deviendra le FNLA (Front de Libération Nationale de l'Angola), avec son président Roberto Holden. Mouvement de libération qui voit le jour à Kinshasa, (RDCongo). Ces deux mouvements nationalistes vont réveiller les patriotismes angolais.

En 1966, certains dissidents du FNLA vont partir avec Jonas Malheiro Savimbi pour former en exil, l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola) au Kenya.

Malgré la répression terrible qui fera des millions de morts (un génocide !). Durant presque deux décennies l'Angola sera à feu et à sang. La "révolution des oeillets", au sein de l'armée portugaise en avril 1974, annoncera le début de la fin de la présence coloniale portugaise en Angola.  Les Accords d'Alvor, au Portugal),la même année, décidera enfin les modalités de l'Indépendance de l'Angola dont la date sera fixée au 11 Novembre 1975.

A cette date, le peuple angolais verra la véritable indépendance dont le pays fête aujourd'hui. Le premier président est Agostinho Neto, le leader charismatique et poète angolais. Hélas,pour l'Angola, ce n'était pas la fin du tunnel. Une guerre fracticide va se revéler plus meurtrière encore entre les trois mouvements de libération. La lutte pour la prise du pouvoir dans la capitale angolaise, Luanda, où le MPLA avait déjà ses installations.

Une guerre totale entre les trois mouvements nationalistes va faire intervenir les grande puissance. A commencer par les Etats-Unis, qui vont soutenir l'UNITA. L'Afrique du Sud (de l'apartheid) et les pays occidentaux vont soutenir Jonas Savimbi. Le CongoRDC et les USA vont soutenir le FNLA. Une aide qui ne sera pas suffisante. Les soldats de Mobutu seront décapités, tout comme ceux de l'Afrique du Sud, décimés grâce à l'intervention de Cuba, de Fidel Castro qui n'a pas menagé ses efforts pour aider le MPLA pour des raisons idéologiques et économiques. L'Union soviétique ayant été démentalée. L'UNITA, seule présence armée dans le pays n'arrivera jamais à faire tomber le MPLA soutenu par les soldats cubains. Entretemps, le présdent Agostinho Neto meurt en 1979, aussitôt remplacé rapidement par le bureau politique du MPLA, par le jeune président José Eduardo dos Santos.

Il faudra attendre la mort de Jonas Savimbi, en 2002, pour que l'Angola retrouve la paix véritable. Le MPLA devenu le parti d'Etat au pouvoir, va dominer la vie politique et assurer la transition démocratique.

Mais l'Angola n'en a pas finit avec ses problèmes. Le plus dur de tous : réussir la paix véritable en rehaussant le niveau de vie de tous les Angolais. Pour y parvenir, il faudrait réussir l'économie du pays.

A.S.

Vendredi, 11 novembre 2016.

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Published by alain serbin
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