Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 04:37

 

 

C'est en observant la pratique de 'ladjia' à la Martinique, que nous avons décidé de tenter faire le parallélisme entre cet art du folklore culturel aux Antilles et en Angola. Qu'est-ce qu'est le 'ladjia', (ou, 'laghia') ? On peut le définir par une 'danse-lutte', dans laquelle les danseurs simulent le combat à mains nues, avec des gestuels de lutteurs en chorégraphie. En définitif, le ladjia est une danse-combat traditionnel dont l'héritage vient d'Afrique noire. Ce sont les esclaves qui l'ont transposé dans cette île de la Caraïbe. Danser le "laghia', c'est une façon de bouger en mimant un mouvement de combat des lutteurs. Et, c'est à la Martinique que l'on pratique le plus cette danse-lutte http://youtu.be/Rl4CEEse_fI  .

Ce qui est trés vraisemblable à bien regarder cette danse, c'est sa ressemblance avec la 'capoeira', popularisée au Brésil, dont les origines sont angolaises. http://youtu.be/Hsk2P4pyYBk

On verra plus loin pourquoi les Angolais pratiquaient cette danse et sa signification exacte.

On sait aujoourd'hui, que le 'ladjia' a incontestablement des origines africaines. Les esclaves emmenés là-bas ont su préserver leurs cultures, tant sur le plan traditionnel que musical. Même si avec les diverses etnies mélangées dans ces îles, certaines pratiques cultures demerent et ont été modifiées pour donner une autre coloration locale, très antillaise.

 

Bien sûr que les anciens esclaves ont pu préserver des acquis culturells ancestraux et les perpétuer pour des générations futures. Récupérées, les traditions et pratiques culturelles sont restées intactes et très africaines.Que ce soit en Haïti, en Guadeloupe et en Martinique, pour ne parler que des 'possessions françaises' dans cette partie des îles caribéennes.

La musique, comme la danse, sont des éléments essentiels de la vie des afro-antillais. Ils ont réussi à se les réapproprier.

Au grand bonheur des générations suivantes à la recherche de cette matrice culturelle qui fonde la personnalité des individus,  Dépossédés culturellement, il fallait revenir au fondement culturel des origines. Et, elles sont bien entendu africaines.

 

Pour se faire, il s'agissait donc de se rémémorer des sons, des rythmes, des danses, sans oublier des croyances et autres mythologies d'antan. La richesse culturelle est essentielle pour sa diaspora aux Amériques, après le drame de l'esclavage. Arrachés brutalement, confondus, maltraités et abusés, les esclaves Noirs d'Afrique transportés dans ces lieux, ces terres lointaines pour travailler dans les plantations de la canne à sucre, coton, café, et autres travaux pénibles, il fallait sauvegarder ce que l'on pouvait sauver comme cultures et traditions d'origine pour tenir le coup, supporter cette condition d'esclaves des Blancs négriers européens. "Ces Africains abandonnés là-bas", disait quelqu'un.

 

En Guadeoupe, tout comme en Martinique, ou encore en Haïti, les Noirs venus d'Afrique ont réinventé la musique, en utilisant des instruments comme le tam-tam, les tambours, le ti-bois, le lambis, la calebasse, pour enfanter des rythmes musicaux d'inspiration des origines continentales africaines.

L'Afrique demeure très présente, consciement ou inconsciement, dans la mémoire de tous. Pour rapprocher de l'Afrique, il fallait célébrer ces héritages ancestraux par le biais de la musique. Les joueurs de tambours 'gwo-ka', de 'limbo', ou 'bélè',

http://youtu.be/UtG2uLDEUUI  entrent parfois en transe en jouant sur leurs instruments. Les rythmes africains enfouis ressortent des battements de mains, frappangt sur les tam-tams et en chantant. Ces gestes se retrouvent pour les chanteurs et musiciens de 'chouval-bwa', en Martinique. http://youtu.be/P8thAhXhHvs

La langue créole, née de cette douleur de la rencontre brutale entre l'Afrique et l'Europe, est devenu le ciment dans le parler entre afro-caribéens. On invente, on crée, on réinvente. La musique antillaise en est une illustration de ce métissage culturel.

C'est donc la musique qui accompagne la danse, La musique d'inspiration africaine se caractérise par le dialogue entre le chanteur et les choristes, par l'importance du roulement des tambours, les battements de mains et enfin, la prédominance du rythme sur la mélodie. Le chanteur lance le cri et le chant, "Répondé ! " ; et le choeur reprend la mélodie. De même pour le conteur lorsqu'il lance : "Eééééé...cric ? Eéééé..crac ! ; Yé misticric....? Yééééé misticrac ! Est-ce que la cour dort ?

Noooooon !...La cour ne dort pas ! Tim-tim ? Bois sec ! Abobo ? Biiiiaaa ! Ce jeu de question-réponse a but but de maintenir en éveil  l'assistance. Le rhum, ou ti-punch,  entre dans la danse pour donner plus d'ambiance. On boit un coup sec ! Un décollage le matin, un attéritage le soir. Et quelques féroces. Sans oublier le fameux bois-bandé. Toujours dans la bonne humeur. Mais, gare aux abus !

 

Ce que l'Afrique a aussi légué aux Antilles, c'est la tradition orale, avec ses contes et légendes, sans oublier bien entendu la chanson.

Déconsidérée hier, la culture afro-antillaise prend sa revanche aujourd'hui. On la révendique et on veut la valoriser. Valablement. Ce qui était une honte hier pour certains Antillais, devient aujourd'hui une révendication, un instrument de résistance et de combat contre la culture dominante européenne (française). Les jeunes Antillais de la nouvelle génération veulent à tout prix reprendre é leur compte cet héritage africain. Par la musique et la danse. Dont, le "Ladjia".

Des groupes folkloriques voient le jour aux Antilles, comme en France métropolitaine. Des vieilles musiques d'antan ressortent de l'anonymat. Le 'gwo-ka' guadeloupéen. Le 'bélè' martiniquais. C'est avec joie qu'on reécoute Anzala :

http://www.dailymotion.com/video/xaq59i_anzala-ka-24h-2009_music  ou Eugène Mona :  http://youtu.be/d3nuXhPCA74

Sans oublier les autres qu'on ne peut pas tous les citer. http://youtu.be/ZtNKSJwkFSw ; http://youtu.be/CX6ZlEd6us4 ;

 

Revenons au folklore antillais.Certaines pratiques sont restées très ancestrales. Par exemple, le 'Vaudou' en Haïti, qui a des origines béninoises, tandis qu'aux Antilles françaises (Martinique, Guadeloupe), le folklore "Kongo" ressurgit de l'ombre. Lorsqu'on écoute la musique de "gwo-ka", ou la pratique du "ladjia", on ne peut ne pas faire ce lien avec la culture de l'ancien Royaume Kongo, dont l'Angola est le berceau (Mbanza Kongo, capitale de l'ancien royaume du même nom se trouve en Angola). Avant l'arrivée des Blancs européens, les Noirs d'Afrique savaient jouer de la musique, danser, faire la fête traditionnelle. Pendant ces festivités, tout le monde se montrait inventif. Des villages entiers célébraient différentes fêtes ou cérémonies en hommages aux aïeux. Le culte des ancêstres a toujours été fort. On célébrait des divinités. Des cérémonies civiles se transformaient en une véritable fête de convivialité entre les gens. Que ce soit pour le mariage, la naissance ou le retrait de deuil. C'est surtout pour le mariage que chaque clan se montrait plus créateur.

 

Tôt le matin, un homme, tam-tam accroché sur lui, déambule à travers les villages pour annoncer un événement. Le roulement de tambour attirait l'attention et il criait l'objet de son fameux tour de piste de villages en villages et le lieu de la cérémonie. On se réunissait en plein milieu du village, Ou à la grande place, sous le grand arbre (baobab) ou sous l'arbre à palabres. Très rapidement la place sera pris d'assaut par la foule. Les badauds sortent des cases ou maisons pour ce rendez-vous le jour dite. Les villageois accourent de partout en attendant l'appel, et tout s'anime. Des joueurs de tam-tams, cornes de bouc, xylophones, sanza, calebasses, tous sont présents avec l'orchestre. La foule forme un cercle. On reprend les chansons, en scandant, ou en battant les mains. Le tam-tam maintient le rythme. Le chanteur incite la foule de reprendre en choeur. On sait que tout le monde est là pour une fête des fiançailles (ou de mariage). D'un côté les familles. De part et d'autre, des jeunes filles et des jeunes garçons forment un rang, et bien disciplinés. Mais ce sont les filles qui sont à l'honneur. Elles doivent choisir leur futur époux, après un spectacle de danse-lutte. Deux personnes doivent s'affronter en public. Le but de la compétition est que le gagnant trouvera une fiançée, selon ses prestations de danse et de lutte traditionnelle. D'abord, les deux doivent montrer leur talent de danseur et des gestuels. Ils vont mimer, feindre se battre sans se donner des coups de poings ou des pieds. Si l'on ne peut pas leur accorder des points gagnant (ce qui arrive souvent, puisque le spectacle doit être plus percutant, une combat de lutteur s'ensuivra, et celui qui jettera l'autre par terre qui remportera la compétition). Ce qui demande beaucoup d'habilité, d'endurance et beaucoup de force. Un homme doit avoir la force pour assurer la défense de son épouse. Selon la tradition. Etre fort, vigoureux, viril, sont les traits qui attirent la gente féminine. La musique ouvre le premier bal de danseurs (capoeira), puis l'affrontement physique se déroulera sous le roulement des tambours pour accentuer la bagarre. Cette lutte s'achève parfois par des blessures. Mais, rarement. Le but est de donner du spectacle au public présent, les exciter en suivant le combat entre les deux jeunes gens.

Les deux lutteurs se jaugent, miment, pour se faire impressionner, Ils se mesurent du regard fermé. Les bras se lèvent, se balancent. L'un, lance un coup de pied circulaire et tournoie sur lui-même. L'autre, esquive. Avec des mouvements bien coordonnés, chorégraphiques. Avec des gestes saccadés. Admirables. Ne se touchent pas encore. C'est la beauté des

 gestes qui compte. Les filles crient leur joie. Scandant leur admiration, leur préférence. Les choses se corsent lorsqu'ils vont se donner des coups. L'effroi se lit sur les visages des filles. Ce spectacle existe encore aujourd'hui en Angola.

Cette pratique a été préservée et ramenés par des esclaves Kongo (nég'Congo, aux Antilles françaises).

A la Martinique, on pratique le même spectacle appelé "ladjia" (ou 'laghia'). Cette danse-lutte devient atractive et fait désormais partie du patrimoine martiniquais.

 

De l'Angola http://youtu.be/pHPs7Py4Nx4 aux Antilles françaises.

 

 

C'est aussi sous forme de la danse et rythme "bélè", que les danseurs et musiciens exécutent leurs mouvements, avec plusieurs formes de variances de styles.

 

Les Antilles perpétuent de plus en plus cet héritage culturel africain. Les grands défenseurs de la culture créole ne manquent pas. On peut citer le plus grand défenseur de la culture martiniquaise, l'écrivain-poète Aimé Césaire,

http://archives.tsr.ch/player/personnalite-cesaire  ;  la cinéaste Euzhan Palcy,

http://www.inversalis-productions.eu/blog/2011/05/rue-cases-negres-a-cannes-classics/  ; et tant d'autres encore.

http://www.dailymotion.com/video/xf9eu7_interview-michelle-maillet_news  ;  http://youtu.be/fa94aPTU-Vc

 

 

A la Guadeloupe, il y a bien sûr, l'écrivaine Maryse Condé, (l'auteure des deux tomes magistraux "SEGOU"),

http://culturebox.france3.fr/all/27796/maryse-conde-grand-prix-du-roman-metis-avec-en-attendant-la-montee-des-eaux#/all/27796/maryse-conde-grand-prix-du-roman-metis-avec-en-attendant-la-montee-des-eaux ;

http://www.africansuccess.org/visuFicheAilleurs.php?lang=fr&id=984 ; Simone Swartz-Barth, Gisèle Pineau http://youtu.be/fvFbJlD2JK0  Daniel Maximin, ou Simone Swsrtz-Bart, pour ne citer que les plus connus.

 

 

Sur le plan musical, il existe un foisonnement des meilleurs artistes allant des anciens à Dédé Sant-Prix http://youtu.be/kTnr-65R0uc ; http://youtu.be/l-Ctax3Cb54 ; http://youtu.be/l-Ctax3Cb54 , ainsi qu'aux plus jeunes musiciens  actuels, dont la liste s'allogent de plus en plus pour les nommer tous.

http://youtu.be/J-yBhB3aHE4 ; http://youtu.be/yKDcP4gqFoo ; http://youtu.be/J-yBhB3aHE4 ;

 

Les musiciens ou chanteurs de la musique traditionnelle sont les véritables garants de la culture antillaise et son folklore.

http://youtu.be/reZCnVNkneE  La jeune génération devrait tout faire pour perpétuer et sauvegarder cet héritage musical dont le "ladjia" est l'une de ses composantes. L'univers culturel afro-caribéen ou créole, doit préserver ses acquis. Car, comme on dit en créole : Ou sav' sa ou ke kité, ou pa save sa ka jwen ! Mamaille, tchimbé rèd' pa molli !  

Par alain serbin - Publié dans : actualités
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