Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 08:21
L'implantation des églises chrétiennes en Angola a engendré le phénomène de synchrétisme religieux typiquement africain. Refusant la parole des missionnaires trop impliqués dans le système d'oppression coloniale portugaise, les Angolais, par réflexe, rejetaient ces églises qui représentaient plutôt l'administration que la chose religeuse.
Opprimés physiquement, les Noirs ne digéraient plus les bonnes paroles qui contradisaient avec les paroles de la bible, le Livre de Dieu. Plutôt que de tout rejeter, ils préfèrent adopter l'image de Dieu-le-Père, en recherchant une église capable de refléter leur vision du Seigneur. La recherche des églises qui leur ressemblent sera à l'origine d'adoption de la parole biblique proche des réalités culturelles et spirituelles africaines.  Cette prise de conscience nationaliste et spirituelle sera aussi le début de l'apparition des révendications qui ira jusqu'à l'exigence de l'indépendance des pays noirs. Libération des esprits et de la terre des ancêtres.
Les églises protestantes qui s'installaient, étaient considérées par certains nationalistes comme qui pouvaient les aider dans leurs projets de libération des esprits et libérations nationales. Du moins, pour l'Angola. Or, à cette époque de la colonisation au début du siècle dernier, les églises protestantes anglo-saxonnes présentes en Angola, étaient aussi considérées comme une chasse-gardée de l'église catholique, à la faveur des Accords de Berlin de 1885, l'année de partage du continent en faveur des pays colonisateurs européens. Cette Conférence encourageait l'instauration de la libérté de l'évangelisation des missions : missionnaires protestants, anglais, suedois, et américains, vont dès lors s'installer au nord du pays sous domination portugaise. 
L'esprit d'alors voulait que l'homme africain s'immerge de la spiritualité judéo-chrétienne, donc, européenne.
A partir de 1885, les frontières douanières furent affranchies, mais aussi celles de la spiritualité chrétienne. Les missions baptistes furent les premiers parmi celles de confession protestante qui se sont établies dans la région nord de l'ancien royaume du Kongo.
En Angola, dès 1978, elles se sont installées dans la partie Nord et Est du pays. C'est-à-dire, de N'Gombé-Lutété à San Salvador (Mbanza Kongo), jusqu'en terre zombo à Kibokolo. Bien avant les Accord de Berlin.

Les rivalités des églises importées chrétiennes, entre les catholiques et les protestantes, vont pousser les Africains, singulièrment les Angolais, de choisir. Bien entendu, l'église catholique était la plus riche, et des moyens efficaces pour pénétrer à l'intérieur des terres africaines. Ainsi aux yeux des Bakongo d'Angola, les églises ouvraient grande leurs portes aux Noirs, et donc, plus proches d'eux, receptables à leurs révendications. En tout cas, plus ouvertes que les églises catholiques, qui leur tendaient plusieurs obstacles avant de les accepter en leurs seins.
Avec leur implantation, va naître le début d'un éveil du nationalisme africain. Les églises catholiques prônaient fortement l'assimilation aux valeurs occidentales et spirituelles de leur église. Suivis des répressions. Ce qui d'ailleurs va amener au départ des milliers d'Angolais qui vont fuir les exactions et autres brutalités coloniales, héritées de l'esclavage européen en terres africaines. Les Angolais rejetaient cette forme d'oppression des églises en complicité avec le pouvoir colonial portugais, afin d'assujettir mentalement les Noirs Africains.  Pour répondre à celles-ci, et montrer qu'ils n'étaient en rien favorable au paganisme dénigré par ces églises, les Angolais vont rechercher une église qui répondra au mieux à ces préjugés à l'égard des Noirs d'Afrique, qualifiés de...païens ! 
Ce qui caractérise l'Africain, c'est un être qui peut tout assimiler sans se renier profondement : un Noir Africain peut tout embrasser religieusement, un matin, il se reveille catholique, musulman, et demain, il devient protestant, juif, boudhiste, et être à l'aise à toutes ces "églises", sans complexe. En fait, le Noir Africain est profondément croyant, c'est-à-dire, il croit en Dieu-Tout-Puissant, sans exagérement le sacraliser. Il est le Dieu-bon, tout simplement. Il faut le craindre car c'est le fondement de l'équilibre moral du respect même de l'être humain, qui n'est pas un " animal".   C'était l'état d'esprit des coloniaux lorsqu'ils travaillaient en Afrique. 

Les travaux forcés obligatoires ont poussé les Angolais à fuir, quitter leurs terres et aller chercher refuges ailleurs. En arrivant au Congo-Belge, les Angolais ont voulu retrouver leurs pratiques et coutumes. Ils fréquentaient des églises chrétiennes, mais l'existence d'une église sécrète, le kimbaguisme, d'un certain "prophète noir", Simon Kimbangu, séduit la plupart des croyants chrétiens, qui vont retrouver dans cette église authentiquement "africaine mais d'inspiration chrétienne", une aisance dans leur pratique religieuse. Leur foi restant intacte, tout comme leur acceptation de la parole de la  "Bible des Chrétiens". Jésus-Christ est le fils de Dieu. Celui qui s'est sacrifié pour tous les hommes de la Terre, d'après le Nouveau Testament de la Bible de chrétiens.
Ce message va envoûter un Angolais, Simao Toko, qui fréquentait les églises du Christ au Congo. L'église de Simon Kimbangu attirait des milliers de fidéles Bakongos. Du Congo-Belge et de l'Angola-portugaise. Tous ceux qui pratiquaient encore leur religion, tout en gardant la foi chrétienne. L'église kimbanguiste prenait de l'ampleur dans la société congolaise, reveillant cette foi, avec cette différence fondamentale d'insérer la  culture africaine dans la pratique religieuse. Mais le pays étant sous domination coloniale, les fidèles ne se contentaient plus de parler que de Dieu et de la Bible, ils se posaient aussi des questions sur leurs conditions de Noirs Congolais  sur leur terre colonisée.
Evidemment, les autorités ne voudront plus tolérer l'existence de cette église parallèle. En 1921, Simon Kimbangu, le prophète noir de cette église kimbanguiste sera arrêté et jeté en prison. Tandis que son église entrée dans la clandestinité va continuer d'exister sans lui. 
Les exilés Angolais vont s'en inspirer et c'est Simao Toko qui va fonder son église, et le "tokoïsme" est né. Cet homme de l'église est dénoncé en 1949 par les missionnaires baptistes, qui suivaient son action religieuse, et surtout ses prêches qui viraient souvent sur le plan politique, parlant de la libération des Noirs et de la terre d'Angola. 
Le 10 janvier 1949, Simao Toko est arrêté par les autorités belges du Congo, ainsi que beaucoup d'autres Angolais de son église, puis livrés ensuite aux autorités portugaises de l'Angola.  Ils sont accusés de "pratiquer les rites d'une doctrine mystico-religieuse hiérarchisée qui prône l'arrivée d'un ordre nouveau, qui, sous le règne du nouveau Christ "noir" mettrait fin aux autorités et pouvoirs actuels, pour prendre leur place et faire règner la juste".  Et, le prophète annoncé pour sauver cette terre angolaise n'est rien d'autre que Simao Toko, le fondateur de l'église tokoïste.
Qui est donc, cet Angolais annonciateur de la libération prochaine de la terre noire de l'occupation portugaise ?

Simao Toko est né dans un village appellé "Kisadi Kiloango", au Nord de l'Angola. Après avoir vécu et fréquenté une école de missionnaires baptisés, à Kibokolo, il est envoyé en 1933, à Luanda, d'où il s'inscrit au lycée Salvador Correa.
Rebelle de naissance, surtout contre toute sorte d'autorité, encore moins contre l'enseignement colonial, "qui ne lui servait à rien", disait-il, et qui "ne servait pas la cause des Noirs, à cause de l'Histoire comme le présentait cet enseignement qui ignorait totalement le passé angolais", ajoutait-il pour justifier son comportement contestataire.
Il va d'ailleurs quiiter ce lycée après avoir tout de même acquit une certaine éducation et une formation, et retourne au Nord du pays, dans la province de Uige, à Kibokolo, sa région d'origine. C'est là-bas qu'il va enseigner dès 1938, dans les écoles de la mission protestante de Kibokolo et de Bembe.
Sous pretexte qu'il veut se marier et à la recherche de l'argent pour payer la dot de son mariage, Simao Toko part travailler à l'étranger, au Congo-Belge, afin de réunir assez d'argent, se fiancer et se marier.
Dans la capitale congolaise, Léopoldville (aujourd'hui, Kinshasa), il devient le chef de choeur de la mission baptiste dont la majorité des fidéles qui venaitt là, sont des Angolais exilés résidant dans cette cité de Léopoldville.
Vers 1946, il prend connaissance de la "Kitaswala", le "Watch Tower", cette précepte kimbanguiste qui mélangeait la pratique religieuse et la connaissance d'autres éléments pris aux religions traditionnelles africaines, de l'animisme.
Comme dans la plupart des mouvements messianiques en Afrique, Simao Toko va lui aussi fonder une église et une doctrine, le  "tokoïsme", fondé surtout sur les textes de l'Ancien Testament, notamment sur ceux qui présentent une possible transposition directe en rapport avec un futur "meilleur pour la race noire et la liberté finale", lit-on dans ce fascicule de l'église de Simao Toko. Ce dernier adopte ces preceptes de la "kitawala", qui pour lui, sera une meilleure façon de résoudre leurs problèmes angolais, notamment la libération du pays, et une plus grande autonomie sur le plan économique et solcial. Il met en place le fondement des son église, de plus en plus grandissante, le "Tokoïsme".
Malgré l'arrêstation du leader, Simao Toko, par les autorités coloniales portugaises, l'Eglise "Simao Toko" continuera à fonctionner, s'éparpillant un peu partout dans tout le pays, avec une importante implantation dans le Nord de l'Angola, de Maquéla do Zombo à Luanda, puis il conquit le Sud du pays. Simao Toko devient le "Prophète" de son église.
Dans ses prêches religieuses, Simao Toko attirait un nombre impressionnant des fidèles qui venaient de partout et de si loin. Cette foule qui inquiétait toujours le pouvoir colonial à Luanda. Etant donné aussi que cette église tokoïste appellait à la résistance pacifique contre la présence portugaise. Contre les travaux forcés que l'église Simao Toko condamnait avec virulence. Elle dénonçait les Portugais qui obligeaient les Angolais à effectuer les travaux forcés dans les plantations et autres travaux domestiques. Les révendications devinrent de plus en plus publiques, de plus en plus ouvertes. Les adeptes de l'église de Toko vont subir les repressions de la police coloniale portugaise. Certains sont arrêtés et envoyés en prisons un peu partout. L'église est interdit sur tout le territoire. Les fidèles rentrent dans la clandestinité pour pouvoir continuer leurs pratiques réligieuses et prier pour la libération de l'Angola. Ils étaient considérés et confondus avec ce que le pouvoir portugais appellait les "terroristes de l'UPA" (Union des populations Angolaises) dont Simao Toko incarnait le leadership spirituel.  Ces "dangereux terroristes et agitateurs nègres" faisaient trembler les Portugais d'Angolais dont les mouvements indépendantistes se montraient aussi de plus en plus très actifs sur les terrains. Ce sont eux qui donneront une impulsion sur les soulevements du 4 février, à Luanda, et surtout la rebellion du 15 mars 1961, au Nord de l'Angola, avec des tueuries et massacres terrifiantes des Noirs.
Le processus de la libération était déjà entamée et plus rien ne pouvait plus arrêter la bonne marche vers la lutte victorieuse et l'indépendance totale de l'Angola.
L'église de Simao Toko est considérée comme un secte, par les missionnaires des autres églises, et hier, par le pouvoir colonial portugais. Simao Toko reste le "prophète de la libération de l'esprit". Aujourd'hui encore, l'église tokoïste est considérée comme celle qui a aussi participée à la lutte nationale. Le pays a obtenu son indépendance le 11 novembre 1975, et l'église est toujours là, bien présente, auprès de la population chrétienne. Le tokoïsme est aujourd'hui une église du messianisme annonciateur typiquement africaine.
Par alain serbin - Publié dans : actualités
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