A partir de ce lundi, je consacre toute la semaine aux Antilles, plus largement, dans toute la Caraïbe. Parce que cette région n'est pas que belle, n'est pas qu'ensoleillé, n'est pas musicales, n'est pas que l'endroit où les femmes sont les plus belles que nulle part au monde, là où faire l'amour est plus qu'un art, un savant dosage cullinaire, avec la saveur épicée des corps en sueur, l'odeur suave des délices papillaires salées, là ou le rhum est plus qu'aphrodisiaque mais plutôt médicinal, là où le panorama de la mer habite les caraïbéens, mais aussi, dans ces îles des Antilles, dans ces pays de la Caraïbe, dans ces "poussières d'îles", comme le disait le général De Gaulle, vivent des hommes et des femmes que l'histoire européenne a voulu les faire venir, mélanger, métisser, malgré leurs diverses origines, diverses régions. Pour l'avoir bien connues, ces terres sont véritablement belles. Je suis même devenu poète en découvrant les Antilles. Ma terre préférée. J'y ai connu des femmes et des hommes extraordinaires et intéressants. A la Martinique, j'ai découvert Aimé Césaire, Frantz Fanon. En Guadeloupe, j'ai lu Maryse Condé, Simone Schwartz-Bart, Ernest Pépin. Et puis, J'ai compris le monde et l'Europe en y vivant. Je ne pense pas exister des terres aussi belles, poétiques, attachantes. Là-bas, sont nés des Grands hommes de la littérature. Haïti reste mon île préférée malgré sa misère poétique. Pour évoquer un peu mon parcours, c'est en lisant les auteurs haïtiens que j'ai aimé l'Afrique. C'est en découvrant les Martiniquais et les Guadeloupéens que j'ai compris à quel point la vie est drôle. Un poète (qui n'a jamais écrit des poèmes), est plutôt un conteur-romancier. Jacques Stephen Alexis :
"J'ai toujours eu les pieds poudrés. Poudrés de rosée fraîches, poudrés des sentiers, poudrés par la farine des pluies, poudrés par les soleils de midi, poudrés des pollens de la rose des vents, poudrés par le perlimpinpin des soirs, poudrés par le sable des étoiles, mes pieds marchent sans cesse dans le chemin de la vie. Un matin au nombril à peine nubile, je trottais allégrement, sans souci, le nez en trompette, les oreilles en point d'interrogation, la bouche heureuse, les yeux presque fermés. Mes pieds poudreux m'amenèrent ce jour-là au sommet d'une haute montagne, pour sûr la plus haute montagne d'Haïti, cette infatigable montagneuse. Je vis une grotte devant moi. Fouille-au-pot comme je suis j'y pénétrai aussitôt."
' Romanceros aux étoiles ', collection L'Imaginaire, Editions Gallimard, Paris, reédition janvier 1988.