Le 26è Salon du Livre de Paris s'est ouvert le 14 mars, avec comme pays invité, Israël. L'Etat hébreu né en 1948, qui fête le 60è anniversaire de sa fondation. Pour cette occasion, trente-neuf écrivains israëliens ont été invités par le Centre national du Livre et le Ministère français des Affaires Etrangères.
Le jeudi 13 mars, c'est le président d'Israël, Shimon Perez. en visite officielle en France, qui est venu en personne pour inaugurer l'ouverture de ce Salon du Livre de Paris, à la Porte de Versailles.
Cette invitation a provoqué la fureur des plusieurs pays arabes et musulmans qui ont vivement critiqué le choix de l'Etat hébreu comme invité d'honneur. Du coup, la politique a pris le dessus sur la littérature. Le Liban, l'un des fers de lance de la Francophonie dans le monde arabe, l'Arabie Saoudite, l'Iran, mais aussi l'Union des écrivains palestiniens, des éditeurs algériens, marocains ou egyptiens, ont appelés à boycotter le Salon, pour protester contre la politique de l'Etat d'Israël envers les Arabes Palestiniens. Certains ajoutent même que Israël n'est pas un pays comme un autre. Dans le contexte actuel de la crise au Proche-Orient, il fallait réagir pour attirer l'attention de l'opinion internationale sur ce qui se passe là-bas. Et qu'il fallait aussi utiliser tous les moyens possibles pour passer ce message. Que l'Etat d'Israël a une politique injuste dans les Territoires Palestiniens en repliquant par des moyens disproportionnés, pour répondre aux roquettes du Hamas, qui d'ailleurs ne causent pas des morts si ce n'est que des dégâts matériels. Les bouclages des frontières, les assassinats ciblés, les tueuries massives des populations civiles à Gaza, la construction des murs, les implantations des 'colonies' en Cisjordanie, tout cela, ne sont pas dignes d'un pays démocratique. La réaction palestinienne n'est qu'une manifestation contre la présence des occupants israëliens et surtout une forme de résistance, par manque de moyens pour les Arabes, contrairement à l'Etat d'Israël qui bénéficie des aides américaines (3 milliards sont versés annuellement versés par les Etats-Unis), et la haute technologie. Sans oublier le soutien des pays occidentaux.
Pour d'autres, les pays qui boycottent ce Salon prennent en otage la littérature. Faut-il dissocier la politique et la littérature ? C'est tout le débat actuellement.
En tout cas, ce Salon a démontré les limites parfois qu'il faut franchir, pour faire avancer le dialogue entre les deux peuples. D'autant plus que les écrivains Israëliens qui sont présents dans ce Salon, sont souvent très critiques à l'égard de leur gouvernement israëlien, dirigé actuellement par Ehud Olmerd. Ils disent que les mentalités doivent aussi évoluées, tout comme les idées. L'écrivain israëlien Amos Oz, dit franchement que, "ceux qui appelent au boycottage ne s'opposent pas à la politique d'Israël mais en fait, à son existence".
De l'autre côté d'Israël, les arguments me manquent pas non plus. Et ce sont des voix discordantes qui se font aussi entendre, comme le poète israëlien Aaron Shabtaï, l'un des plus éminents poètes du pays, et reconnu dans le monde entier pour sa valeur, et qui déclare sans ambage : "Je ne pense pas qu'un Etat qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre les civils, mérite d'être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anti-culturel !" Le problème, entend-on, c'est que l'Etat d'Israël n'est pas un Etat comme un autre, dans le contexte politique actuel. Il faudrait qu'un jour ou l'autre, tout le monde s'accorde à reconnaître l'absurdité de cette situation qui ne peut plus continuer comme cela des années durant encore. La reconnaissance de l'autre est essentielle d'un côté comme de l'autre, entre Juifs Israëliens et Arabes Palestiniens. C'est l'unique solution : deux Etats vivant côte à côte dans la paix, et qui sait, peut-être même qu'un jour ils formeront une Confédération de deux pays, pour la survie de ces deux peuples.