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Pour comprendre la fin de la présence coloniale portugaise en Angola, il faudrait remonter à cette date du 25 avril 1974, et ce qui s'est passé au Portugal, et qui a eu des répercussions dans les colonies d'Afrique à cette date-là.
Auparavant, c'est-à-dire une année plus tôt, sur le terrain, l'armée coloniale portugaise commençait à essuyer des revers militaires face aux nationalistes angolais de plus en plus déterminés d'intensifier la lutte armée pour réclamer l'indépendance. Partout en Afrique lusophone, dans tous les pays sous-domination coloniale portugaise, les combattants intensifiaient la résistance contre la présence du colonisateur portugais. Les peuples africains dénonçaient la brutalité coloniale et soutenaient la lutte armée. Les hostilités grandissantes, le Portugal commençait à ressentir les effets. En Angola, la comptabilité macabre dans les zones civiles campagnardes, ne donnait plus une bonne image de cette armée coloniale portugaise.
Durant l'année 1973, les indépendantises, ou les armées de libération angolaise ne laissaient aucun répit aux occupants. Une guérilla nationaliste s'étendait dans tous les fronts partout en Angola. Le FNLA (Front national de libération de l'Angola) attaquait au Nord. Le MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola) attaquait au centre et dans la capitale. Enfin, l'Unita s'attaquait du front sud du pays. L'armée coloniale portugaise était pris en ténaille. Les sabotages empêchaient toute progression de cette armée portugaise. Cette année-là, les indépendantistes ont mis hors de combats 900 soldats portugais ; détruis 31 véhicules de combats ; plusieurs hélicoptères abattus, des ponts détruits pour empêcher la progression portugaise dans les zones occupées par les nationalistes angolais. Des avions n'osaient plus s'avenurier n'importe où, surtout pas dans les zones de combats. Des armes et des munitions sont interceptées, sinon récupérées après d'âpres batailles. En gros, la guerre causait des pertes importantes, tant en hommes qu'en matériels, du côté portugais. Comme par exemple, dans la province de Moxico, à l'est de l'Angola, un avion chasseur-bombardier du type PV2 de l'armée portugaise, une prestige de la flotte aérienne, est abattue, alourdissant encore de plus en plus des pertes. Dans ce contexte de l'état de guerre, le moral des troupes tombait de plus en plus bas. On notait des désertions des soldats portugais qui quittaient le terrain de combat pour fuir ailleurs, abandonnant armes et
matériels. Ce qui inquiéta le gouvernement de Lisbonne, au Portugal.
Le budget pour le maintient de cette guerre coloniale devenait de plus en plus lourd et insupportable. Cela se chiffrait à pus de 75 milliards d'escudos (l'ancienne monnaie nationale au Portugal). La Métropole avait du mal de supporter ses colonies et ses sujets expartriés en Afrique. Pour la seule Angola, cette somme atteignait 33 millions de livres sterlings. Autrement dit, les Portugais, toute la population, l'opinion, tout comme le moral des troupes de soldats, tous commençaient à se lasser de cette sale guerre coloniale. Les efforts générés pour la porsuite de la guerre, va trouver des échos négatifs chez tous les Portugais. La société portugaise commence dès lors à souffrir de la crise dûe à cette guerre pour le maintien des pays colonisés d'outre-mer.
Observant les désertions au sein de l'armée, le gouvernement présidé par Caetano, (le remplaçant en 1968, du dictateur portugais, et fasciste, le président Antonio Salazar), veut intensifier la guerre dans les colonies, alors que les caisses de l'Etat portugais se vidaient. Alors, le 25 avril 1974, l'armée décide autrement. Ce jour-là, une junte militaire dirigée par le général Spinola prend le pouvoir, pour mettre fin au régime salazariste incarné par le président Caetano; et inaugure ce qu'on appellera plus tard, "la revolution des oeillets". Généraux et colonels de l'armée s'associant pour renverser le gouverement fasciste. Le général Antonio Spinola est donc ce général, figure de proue d'une solution viable pour la bourgeoisie portugaise, auteur d'un ouvrage important, " Le Portugal et son avenir", dans lequel Spinola propose d'autres solutions aux problèmes coloniaux. Pour lui, les pays coloniaux d'Afrique outre-mer, ont le droit de réclamer leur liberté. Il y préconise même une "autonomie" pour l'Angola, et les autres pays lusitano-africains. Pour un militaire de carrière comme lui,homme d'expérience des guerres, (ancien combattant aux côtés du général Franco d'Espagne, en 1936, et des troupes allemandes sur le front, à Stalingrad), il sait d'expérience qu'une guerre coloniale ou d'occupation ne se gagne jamais par les armes, encore moins sur le terrain de bataille. Stratégiquement, il faut toujours privilégier le dialogue ou la diplomatie. Pour Spinola, libérer l'Angola, signifie aussi limiter cette décolonisation dans la brutalité, mais plutôt une libération dans un cadre d'une sorte de "fédération", tout en préservant les intérêts portugais, et par delà, impérialistes, donc de l'Occident chrétien. Mais au cours des négociations avec les nationalistes angolais et les autres pays d'Afrique lusophone, qui auront lieu le 28 août, à Alger, le Portugal est contraint d'admettre le droit des Angolais de réclamer ou d'exiger leur indépendance immédiate et totale. Pour l'Angola,Spinola et Mobutu trouvent une vicieuse solution étonnante.
Leur rencontre a lieu, le 15 septembre, dans l'île de Sal (sur l'Archipel du Cap-Vert). C'est tout simplement inacceptable cette solution que le MPLA qualifie de "néocolonisation de l'Angola". C'est plutôt le 22 novembre de la même année à Kinshasa, singulièrement avec le représentant portugais, un certain socialiste, Mario Soarès, qui réussira à mettre à table les représentants des trois mouvements indépendantistes angolais, le MPLA, l'UNITA et le FNLA. Les partis politiques nationalistes ont tous un points commus : Non à la partition de l'Angola. L'enclave de Cabinda (à la base des tractations politico-stratégiques), restera bel et bien Angolais, et faisant partie intégrante de l'Angola. Comme le stipule l'intégrité territorial de l'Angola depuis le partage de l'Afrique selon la Conférence de Berlin en 1885. ( Pour la petite histoire, cet enclave regorge du pétrole, dont la France convoite et encourage un mouvement dont elle a créée de toutes pièces,le FLEC, le Front de libération de l'Enclave de Cabinda, et dont le siège se trouverait à Brazzaville, au Congo ex-français).
Plus tard, le 15 janvier 1975, à Alvor, au Portugal, avec la signature de ces Accords dits d'Alvor, qui reconnaissent l'intégrité géographique de l'Angola, et surtout préconisent la formation d'un gouvernement de transition, composé de trois principaux mouvements de libération angolaise. L'armée portugaise devrait quitter l'Angola, dès le 1er octobre, pour achever cette évacuation le 29 février 1976, mettant définitivement fin à cinq siècles de colonisation portugaise. Les nationalistes angolais auront raison de ne pas balkaniser leur pays. Cette intransigeance honorera l'histoire de ces trois mouvements, réprésentés par le MPLA, le FNLA et l'UNITA. Dès leur retour en Angola, les divergeances vont surgir pour la réconquête du pouvoir. Un rapport de force va s'installer entre les trois partis politiques. C'est le MPLA qui se montre le plus déterminé pur occuper les terrains et s'emparer du pouvoir au détriment des deux autres, à savoir le FNLA de Holden Roberto, et l'UNITA de Jonas Savimbi.
Le 11 novembre 1975, l'indépendance de l'Angola est officialement proclamée à Luanda, par le MPLA, en présence des représentants portugais. C'est Agostinho Neto, le leader du MPLA, qui devient le premier président de cette nouvelle République Populaire d'Angola. L'ancienne puissance coloniale, le Portugal, sera obligé de prendre acte de cette réalité, en accordant l'indépendance au peuple angolais. Et ce, malgré les troubles et les mécontentements de deux autres mouvements indépendantistes, qui seront d'ailleurs chassés de la capitale du pays. Une guerre civile éclate partout dans le pays entre le MPLA et ses deux ennemis du FNLA et de l'UNITA.
Les Portugais commencent à fuir, ou à quitter l'Angola en pleine guerre fraticide. Qui durera des années, détruisant toutes les infrastructures et ruinant l'économie. Le MPLA se battait sur les deux fronts, au Nord et au Sud du pays. Les Portugais quittèrent un pays dévasté, laissant l'Angola à son triste sort. Le peuple ne sera pas épargné non plus.
Entretemps, au Portugal, si le général Antonio Spinola et les officiers militaires qui ont pris le pouvoir avec ce qu'on appelle la "Révolution des Oeillets", ils vont s'opposer aux politiciens civils, surtout de la gauche portugaise, avec une telle force que le général Spinola est contraint de démissionner et de s'exiler dès 1975 au Brésil. Il ne reviendra qu'en 1981, pour être promu "Maréchal" de l'armée.
Parlons alors un peu de ce Portugal, l'ancien pays colonisateur de l'Angola et des autres pays afro-lusitaniens.
Pays d'Europe, sur l'Atlantique, le Portugal a une superficie de 92.000 km2. (Comparativement à l'Angola, qui est un grand pays de 1.246.7000 km2, soit 14 fois plus grand que le Portugal, presque trois frois plus grand que la France, et cinq fois la Grande-Bretagne).
Le Portugal a une population de près de 12.000.000 d'habitants. Lisbonne en est la capitale et un grand port maritime. Les villes principales du pays sont : Porto, Coïmbra, Braga, Setubàl, Estoril, Viseu, Portalègre, Bragança, Vila Real, Guarda, Castelo Banco, Elvas, Beja, Algarve, Faro, Làgos, Portimaò, Santarém, Fatima, Leiria, Nazaré, Tomar, Batalha, et tant d'autres villes importantes portugaises. Le Portugal est un pays chargé d'histoires.
Il y a six siècles, la puissante coronne du Portugal se partageait, avec d'autres puissances, une grande partie d'un monde que les découvertes de leurs navigateurs, leurs missionnaires, leurs armées, ont fait les renommées des autres civilisations (notamment arabe et romain), les navigateurs portugais sont partis de par le monde, à la conquête justement du monde, notamment du continent africain, entre autres, s'arrêtant dès 1482, en Angola.
Sans remonter encore plus loin, vers la préhistoire, c'est-à-dire, avec les Phéniciens qui fondèrent des comptoirs commerciaux, suivis de Carthaginois, qui restèrent maîtres de la côte jusqu'à l'arrivée des Romains au IIIè siècle avant Jésus-Christ, qui détruisirent Carthage pour s'emparer des colonies carthagenois en Espagne, avant de créer deux cents ans plus tard, la province de Lisbonne, et que les Barbares viendront plonger le chaos dans toute la péninsule ibérique. Passant outre les guerres des religions, ce que l'on peut dire, c'est que le Portugal est l'héritage de tous ces brassages et conquêtes. Et lorsque viendra le temps de découvertes des terres nouvelles, le Portugal deviendra l'un des premiers pionniers en Europe. Parmi les motivations qui poussèrent les Portugais à la recherche vers d'autres cieux, il y avait aussi cette envie d'évasion, certes, mais plus encore, celle de répandre la "civilisation" chez les peuples primitifs, et surtout l'extension de leur langue portugaise chez ces nouveaux peuples exotiques, au-delà des mers. Le tout, avec la bénédiction du pouvoir royal du Portugal. Derrière toute cette ambition, l'évangélisation du message de la Bible auprès des paganistes très accrochés à leurs cultures païennes. Cette idée farfelue avait séduit tous les Européens qui se sont sentis investis de réaliser cette mission messianique et biblique, à travers le monde. La langue servant la compréhension pour tous. Ainsi, des pays autres que le Portugal, comme le Brésil, le Timor, Goa, Macao, l'Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, les îles du Cap-Vert, et l'île de Sao Tomé e Principe, ont tous opté en commun pour l'usage de cette langue portugaise.
Aujourd'hui encore, la communauté lusophone s'accroche comme un sangsue, ou un rocher, dans l'utilisation de la langue de Camoès. Qui est Camoès ? Luis Vaz de Camoès est un poète portugais, né à Lisbonne en 1524, et mort en 1580. Grand Poète, il maniait la langue portugaise comme aucun autre ne l'a fait auparavant. Auteur des poèmes lyriques, dans la pure tradition médiévale, ou pastorale, des sonnets inspirés de la Renaissance italienne, et de l'épopée nationale des "Lusiades" (1572). Pour pimenter un peu encore la petite anecdote de cet homme, disons que son livre poétique avait dévoilé toute sa facette avec un long poème épique, "Os Lusiadas", d'un monument lyrique extraordinaire. Il y contait des mythologies et exploits des découvreurs portugais.
Issue d'une famille artistocratique pauvre, Luis Camoès connut une vie disons, mouvementée. Aventurier, poète, il fut banni de Lisbonne en 1547, pour avoir, dit-on, écritun poème d'amour à une dame courtisée par le roi Jean III. Il quitte le Portugal et s'aventura dans une armée étrangère, où il perdit un oeil dans un duel. Miséreux. quelques amis compatissant se cotisèrent pour lui payer son retour au Portugal, en 1570. Ses oeuvres poétiques séduisirent le roi, qui, doté d'une pension sur ordonnance royale, il n'en mourut pas moins dans la pauvreté, de la peste, en 1580. Son géne ne fut reconnu qu'après sa mort. Comme toujours le cas.
Malgré qu'il et perdu toutes ses colonies, le Portugal resta néanmoins un pays actif au sein de cette Europe naissante, accusant parfois trop de retard sur le plan de développement économique. En 1986, le Portugal devint, beaucoup plus tard, Membre de l'Union Européenne. Son implication dans cette édification de l'Union, lui vaut une certaine considération, puisqu'en 2004, c'est un Portugais, José Manuel Barroso, qui préside la Commission européenne. Le pays, avec les aides des pays riches de l'Union européenne, et quelques contributions, s'est hissé au rang des pays respectables, et rattraper son retard. Le Portugal ne sera plus à la traîne de l'Europe mais bien avec les pays d'Europe. Sa qualité de membre actif lui a permis de trouver sa vraie place, et retrouver un développement économique inéspéré. Aujourd'hui, plusieurs traités européens sont signés à Lisbonne.
Le 2è Sommet Union européenne-Afrique s'est tenu du 8 au 9 décembre, à Lisbonne, au Portugal, avec la participation des représentants de 53 pays africains et de 27 pays européens.
D'ailleurs, la diplomatie portugaise reste très active au sein de cette Union européenne, dans ses rapports avec les pays d'Afrique. Plusieurs pays africains entretiennent d'excellents rapports avec le Portugal. Ce dernier développe une coopération assez conséquente avec l'Afrique. A l'exemple de l'Angola, où les Portugais font un remarquable retour. En fait de son passé colonial, le Portugal plaide pour un dialogue et des échanges avec les pays d'Afrique. Pour les Portugais, le futur de l'Europe passera forcément avec une étroite collaboration avec l'Afrique. Le gouvernement portugais, à travers sa diplomatie, s'active de plus en plus pour intensifier cet esprit de partenariat afin de garantir ses intérêts commerciaux et ceux de l'Europe. A travers ses liens, le Portugal développe des liens avec les pays de langue portugaise. Le développement du PALOP (Pays Africains de Langue Portugaise), qui se réunissent même jusqu'au délà de ce pré-carré, tous les lusophones du monde se retrouvent dans cet esprit de l'organisation du PALOP. Un atout pour le Portugal. En 1996, ce pays a favorisé la naissance d'une Communauté des Pays de Langue Portugaise, (CPLP), regroupant, outre le Portugal, mais aussi des pays comme l'Angola, le Brésil, le Timor-Est, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Sao-Tomé et Principe.
On observe le retour dans ces pays de plus en plus des Portugais. Cette réalité se manifeste en Angola, dont beaucoup de Portugais y sont natifs. Mais l'ère du colonialisme et du néo-colonialisme est dépassée. Les Angolais le disent et le manifestent en diversifiant les partenaires économiques pour ne plus retomber dans cette dépendance avec le Portugal.