Le droit d'ingérence, chère à Bernard Kouchner, l'actuel ministre des affaires étrangères, va-t-il encore une fois s'appliquer en Afrique ? En République Démocratique du Congo, la guerre a repris de plus belle ces derniers jours. La rebellion a fait fuir l'armée gouvernementale, et s'apprête à réconquérir les villes stratégiques de l'Est du pays. Elle s'arrête pour l'heure aux portes de la ville de Goma. Ouvrant un corridor humanitaire pour faire évacuer les civils fuyant les zones de combat. L'inéfficacité du gouvernement central à Kinshasa, et surtout celle de la MONUC (Mission de l'Onu au Congo), ont conduit à l'intensification de cette guerre et à l'avantage des rebelles.
Dirigés par le général déchu, Laurent Nkunda, les forces rebelles du CNDP ont profité de l'occasion pour montrer leurs forces et leur détermination face à cette pagaille.
La débandade de soldats du président Laurent Kabila démontre bien de l'incapacité des hommes au pouvoir en RDcongo. Pour les patriotes Congolais, c'est l'humiliation, la honte, pour leur si grand pays. Pour un peuple si fier, c'est un affront que la rebellion fait à ce pays. Un pays déchiré et en proie à ses vieux démons des divisions, d'incapacité de s'autogérer. Il faut un homme de poigne pour règler cette situation de guerre. Mais où sont donc passés tous ces Congolais dont on sait que la solution ne pourra venir que des Congolais entre eux. Les responsables politiques congolais ont-ils les moyens pour mettre fin au défi d'un Laurent Nkunda bien armé ?
Un vide politique se ressent à la tête du pouvoir légal de Kinshasa. Une démission patriotique manifeste, par manque de volonté politique conséquent. Comment interprêter cette situation de guerre dans un pays qui a un gouvernement et une armée ? Comment expliquer qu'une poignée d'individus, des bandits de grand chemin, des voleurs et pilleurs de matières premières, se permettent à faire la loi avec des armes, en toute impunité, jusqu'en constituer une véritable armée et chasser l'autorité d'un pouvoir légal ? On parle de soutiens du Rwanda et autres pays frontaliers complices. Mais quel est ce petit pays, le Rwanda, qui trouve les moyens de déstabiliser toute une grande région de l'Est de la République démocratique du Congo ! C'est incompréhensible. Intolérable. Un problème que le pays devrait règler, et voici qu'encore une fois, ce sont les étrangers qui vont calmer la situation.
Le spectacle désolant d'une armée congolaise en déroute, fuyant, battant en retraite devant une poignée de rebelles surarmés et déterminés, est affligeant. Les forces congolaises du FARDC, les forces gouvernementales, ne faisant pas le poids devant les troupes rebelles. Laurent Nkunda et ses troupes récupéraient les armes abandonnées par leurs ennemis, et les pourchassant jusque dans la brousse. Les rebelles victorieux ont même annoncés qu'ils s'arrêtaient, pour le moment, aux portes de la ville provinciale et principale de Goma.
Même si la MONUC prétend avoir intervenue pour stopper la progression des troupes du CNDP, les Congolais ne croient plus en la mission de cette ONU en RDCongo. A voir la population prendre la route, les blindés immobiles des Nations Unies, des Casques Blueues regardant passer cette foule démunie, la question nous taraude toujours : que fait-elle dans cette partie de l'Afrique en trouble ? Et la communauté internationale qui ne réagit toujours pas ? Il a fallu cette démonstration de force de Laurent Nkunda, chassant les soldats de Kabila, faisant jeter des milliers de civils dans les routes, pour qu'enfin quelque chose bouge !
L'ONU qui essaye de saisir un Conseil de sécurité pour s'occuper du cas de la RDCongo. La Belgique, l'ancien pays colonisateur, a dépêché Louis Michel, pour se rendre sur place au Congo, et essayer de faire quelque chose.
La France, à son tour, a réagi. Saisisant l'Union Européenne pour voir si l'Europe ne pouvait pas envoyer une armée sur place. On parle de protéger les populations. La France est prête. On parle d'une opération humanitaire... Elle propose de mettre à la disposition de la Monuc des troupes françaises, sous mandat de l'Onu, mais sous l'appelation des "Forces européennes". Une façon de signifier l'inéfficacité des troupes onusiennes sur place, composée surtout des Indous. Les Européens parlent d'intervenir pour des raisons humanitaires dans cette région des Grands-Lacs de triste mémoire. Le monde se rappelle encore du génocide rwandais et aux bras croisés de la communauté internationale qui a laissé faire un tel désastre humain.
La réalité est que, plusieurs éléments justifient le chaos en RDCongo : la région-est du pays est riche en minérais, et fait l'objet de plusieurs trafics ; le Rwanda s'intéresse à cette partie pour traquer les Hutus génocidaires des FDLR ; l'Ouganda garde un oeil gourmand sur la richesse minière de cette région, tout comme la Tanzanie. Et lorsque l'on sait que ces pays, (surtout le Rwanda), sont aidés par les Etats-Unis, on comprendra aussi pourquoi les Américains se sont infiltrés dans ces pays. La France a une revanche à prendre au Rwanda. (Le président Kagamé n'a pas hésité d'extraire son pays du giron francophone pour le placer sous l'orbite anglophone !). Le Rwanda continue à soupçonner les ex-rebelles Hutu rwandais, des FDLR, de combattre aux côtés des FARDC, et le gouvenerment congolais de les soutenir. De son côté, la RDCongo dénonce le Rwanda qui soutient les rebelles de Laurent Nkunda, un Tutsi comme Paul Kagamé, d'encourager une guerre pour déstabiliser la RDCongo.
De part et d'autre, on fait l'inoncence, évoquant des malentendus pour minimiser la crise entre les deux pays.
Le Rwanda a fait le premier pas, en dépêchant à Kinshasa, sa Ministre des affaires étrangères, Madame Rosemary Muzemi-Nali, de rencontrer le président Joseph Kabila et les autorités de ce pays. C'est dire que l'heure est grâve et l'urgence est là. Si la France, la Belgique, l'Union européenne, l'ONU, bref si tout le monde se mobilise, il faudrait bien que tout cela débouche à quelque chose qui resseblerait à la paix dans ce pays. On aurait aussi aimé que les Congolais reprennent les choses en mains. Hélas, par manque de moyens, la RDC a encore besoin des pays étrangers pour règler son sort. Va-t-elle un jour retrouver la paix ? Si la volonté politique est là, peut-être.
Pendant ce temps, Laurent Nkunda parle de nouer le dialogue avec le gouvernement congolais.