Pour son XIIè Sommet du début de l'année à Addis-Abéba, en Ethiopie, les chefs d'Etats de l'Union Africaine ont confié la présidence au Libyen Mouhammar el-Kadhafi. Ce dernier a donc succédé au Tanzanien Jakaya Kikwete à la présidente tournante ou rotative et régionale du continent.
L'idée de la création des Etats-Unis ne date pas d'aujourd'hui. Elle a toujours existé dans les esprits et vieille depuis les indépendances. D'où la naissance de l'Organisation de l'Unité Africaine, en 1963 et toujours dans la capitale éthiopienne. Avec des chefs d'Etat aux idées très Panafricanistes. Les échecs répétés de cette OUA, n'ont pas permis d'avancer dans cet idéal d'une création d'une union des Etats-Unis d'Afrique. Dans cette impossibilité, il fallait changer de stratégie. En 1999, les Africains ont dû refléchir sur une nouvelle structure, différente, et qui permettra au continent d'avancer et de poser les bases d'une création de ces Etats-Unis des pays Africains, par le biais d'une "Union Africaine". Le but est d'avancer dans cet idéal commun de tous les Africains, de former un seul bloc, une Afrique réunie dans une structure continentale.
Cette fois, tout semblait avancée. A Accra, pays du grand panafricaniste N'Krumah, tout le monde semblait être d'accord pour une telle création. Il est vrai que les grands panafricanistes ont définitivement quitté la scène politique mais néanmoins ils ont laissé intacts cet idéal d'unité. Des leaders charismatiques et panafricanistes comme les pères-fondateurs NKwamé N'krumah, Julius Nyeréré, Nasser, Mohammed V, Habib Bourguiba, Modibo Keïta, Kenneth Kaunda, et tant d'autres encore, qui ont tous essayé de suivre les traces du Congolais Patrice Lumumba et de l'Egyptien Gamal Abdel Nasser. Ce dernier, on l'oublie souvent, fut un des bâtisseur de l'unité africaine. Il avait cette capacité de ramener son pays dans la réalité géographique du continent, tout en oubliant pas son "panarabisme". Ils ont tous posé un jalon qui allait aboutir à la reprise de flambeau, par d'autres.
L'Afrique a, depuis, fait du chemin. Les difficultésn'ont pas manqué pour trouver un consensus, dans une Afrique imbriguée encore dans des alliances avec ses néocolonisateurs.
La conférence de l'Union Africaine à Syrte, en Libye, a servi de catalyseur pour redémarrer cette nouvelle institution pour toute l'Afrique. Une belle occasion pour permettre à tous de s'impliquer pleinement. Grâce aussi à la bonne volonté du guide libyen qui a mis les moyens financiers et matériels pour la tenue de cette ultime conférence.
L'Union Africaine a été créée en fait, en 2002, à Durban (Afrique du Sud). L'idée du départ était de créer une institution de même modèle que l'Union Européenne, mais avec des buts totalement différents. Il était question d'oeuvrer à la promotion de la démocratie, des droits de l'homme, bref, du développement de l'ensemble de tous les pays africains.
Si l'OUA, (organisation de l'union africaine, qui a échoué), prônait le respect de la souveraineté et la non-ingérence, à l'inverse l'Union Africaine se donne le droit d'ingérence dans certaines situations comme la guerre, les crimes de guerre, les coups d'Etat, (militaires ou civils), le non-respect des droits de l'homme ou le génocide.
Des tâches bien précises. Et pour donner des instruments éfficaces à cette institution, l'Union Africaine s'est dôtée d'organes de fonctionnement tels que, les "Conférences" (qui font réunir chaque année tous les chefs d'Etat du continent africain) ; ensuite, un "Conseil exécutif" (composé de ministres, et autres technocrates qui préparent la "conférence", et exécutent les décisions en assurant les suivis). Un "Président" coordonne la "Commission" de l'Union Africaine. Cette "Commission" est l'autorité exécutive et dispose d'un pouvoir d'initiative.
Il existe aussi un "Parlement Panafricain", qui a un rôle consultattif. Le "Conseil de Paix et de Sécurité" (composé de 15 Etats), est chargé du maintien de la stabilité, de la promotion préventive et de l'action humanitaire.
Le "Conseil Economique, (l'ECOSOCC, Conseil économique, social et culturel), est aussi un organe consultatif.
Une "Cour de Justice", "Une Cour africaine des droits de l'homme et des peuples" ; des "Comités techniques specialisés", et enfin, les "Trois institutions financières".
Il faut préciser aussi que l'Union Africaine est actuellement composée de 53 pays. Une Afrique contradictoire, avec des pays dirigés par des "dictateurs" (souvent soutenus par les pays occidentaux : Etats-Unis et Union Européenne), et des pays dits "modérés", et toujours soutenus par les mêmes puissances extérieures.
L'image de cette Afrique-là est bizarement constratée. Cahin et cahan, le continent poursuit sa marche vers l'évolution et le progrès, la démocratie, et pourquoi pas un jour vers le véritable respect des droits des Africains à vivre libre et jouïr de son bien-être naturel. (Le respect des droits de l'homme n'existant pas au même degré selon les pays).
Pour évoquer un peu la conception politique en Afrique, disons pour simplifier que les Africains ont encore à apprendre la politique et la démocratie, et en un mot, la tolérance. En Afrique, faire de la politique est souvent dangereux. Pour les profiteurs, la politique est un sport pratiqué par les non-sportifs. En clair, une pratique pour s'enrichir. Les "bien-mal-acquis" ont terni l'image de la politique et des politiciens du continent. Des corrompus, ou des plus riches face aux plus pauvres. Un système bien entretenu qui regresse l'Afrique et l'empêche d'atteindre la matûrité et le respect des autres. C'est ainsi qu'on a des chefs d'Etat qui confondent "sevir" le pays, et non pas "se servir" pour son propre confort et de son clan, ou petit cercle d'amis courtisants. Des "irresponsables", qui, normalement, ne devraient même pas occuper ce poste en vu d'un pays. Confondre son pays et son bien personnel est un des attitudes courantes en Afrique. Sans une bonne gérance et des règles efficaces, nous risquons d'avoir ces mêmes "bourreaux du peuple" au sommet des Etats sur le continent. Garder le pouvoir, s'y maintenir, et prétendre être "élu" par son peuple, c'est condamner l'Afrique pendant des années encore.
C'est pour cela que des structures mises en place doivent acquérir plus de moyens juridiques et de contrôles.
Les choses commencent à bouger. Elles bougent et les Africains ont pris conscience des abus de leurs chefs.
Peut-être assistons-nous aux dernières bêtises de ceux qui s'accrochent encore au pouvoir. Des erreurs que l'Union Africaine existante doit tenter de combattre, l'enrayer. C'est possible, avec la bonne volonté de tous.
Faut-il le dire encore, que l'Union Africaine doit être un instrument utile pour les Africains et les amis de l'Afrique.
Il y a encore des grands chantiers à poursuivre, en attendant la création de ces Etats-Unis d'Afrique. L'instauration d'une autorité politique et morale pour le continent, et qui assurera quelque chose qui ressemblerait à une autorité respectable qui fera craindre les petits dictateurs, et les futurs faux-prophètes profiteurs, toujours beaux parleurs...
En attendant l'installation d'un gouvernement central pour cette fédération des Etats-Unis d'Afrique. Une autorité continentale capable d'infléchir les dictateurs coriaces qui s'accrochent comme des sangsues sur le roc Afrique.
Oui, en attendant tout cela, on doit se contenter de ce 12è Sommet de l'Union Africaine, en Ethiopie, qui a réuni vingt des cinquante-trois présidents du continent.
Plusieurs dossiers ont été passés au crible : les événèments qui se déroulent à Madagascar, la situation en RDCongo, le Darfour (Soudan), la Somalie (sans Etat), le Sahara-occidental (toujours occupé), les coups d'Etat
en Guinée-Conakry, (ou encore en Mauritanie), les rebelles touaregs au Mali, la Côte d'Ivoire (pacifié mais encore fagile à l'approche des élections présidentielles, sans oublier tant d'autres, ( entr'autres, ce qui se passe au Zimbabwé, malgré la prestation de serment du premier ministre et la personnalité du président Robert Mubagé).
Tant de choses encore,à règler).
Les membres devront se déterminer sur des points précis : le Plan adopté, avec un montant de 635 millions de dollars qui va peut-être être financé, et par qui ? Va-t-on finalement mettre en place ce Gouvernement Fédéral, qui divise encore les Membres ? Le point positif est que l'Union Africain existe et là tout le monde est d'accord et souhaite sa continuation et son existence.
L'Union Africaine reste présidée par l'actuel Président de la Commisssion ( Jean Ping), et ce jusqu'en 2012, pour faire place ensuite à un Exécutif continental en 2016. L'année d'après, c'est-à-dire en 2017, les membres de l'Union Africaine pourront jeter les bases des "Etats-Unis d'Afrique".
Dans la foulée, ls Chefs d'Etat présents à ce Sommet d'addis-Abéba, ont élu un nouveau Président de l'Union Africaine, en la personne du président libyen, Mouhammar Kadhafi, et ce pour un mandat d'une année. Le temps de l'exercice 2009.
Ce choix a laissé scéptique certains, surtout en Europe, alors que les Africains l'on accepté. Depuis quelques années le Libyen fait beaucoup pour le continent africain. Il s'est investi là où ont déserté ceux même qui le critique. On sait très bien que l'homme n'est pas à un coup près pour sa propre posture politique. On n'oublie pas non plus, qui est Kadhafi. Dans la vie, le passé restera toujours en arrière, et qu'il faut toujours regarder devant soi.
C'est étonnant de noter que si le colonel Kadhafi est vomi ailleurs, en Afrique noire, il apparaît, par son action, comme un bon "panafricain" nouvelle version, si pas un "Héros", en prenant certaines initiatives pour l'ensemble du continent, alors que certains présidents sont tellement influencés par leurs mentors qu'ils préfèrent la division à l'union entre Africains. Alors, que peut faire le bouillant Kadhafi ? Se contenter de distribuer son pétrodollars ou plutôt oeuvrer efficacement pour son continent. (N'oubliez pas que le jeu consiste à diviser pour règner, créer des confusions comme par exemple, dire que le Nord de l'Afrique ce n'est pas le vrai Afrique, l'Egypte ne faisait pas partie du continent africain et se situait plus en Orient avec les pays arabes qu'avec les Africains, que le Maroc n'a pu retrouver l'Union Africaine, tout en restant "africain" lorgnant ailleurs, c'est qui est suicidaire, et d'autres bêtises du même accabit, ou du même ordre. Kadhafi a commis des bêtises, on le sait. Mais l'homme s'est tourné vers l'Afrique ces dernières années et c'est cela qui est important. Alors que l'Egypte et le Maroc continuent à se détacher et à bouder au lieu de réjoindre la grande famille africaine. Ils finiront pas revenir à l'Afrique, par la nature des choses. Nous n'en doutons pas. Pour revenir à Kadhafi, l'homme est immensement riche, avec son pétrole et ses pétroles-dollars. Pour l'heure, il a les moyens financiers de son influence sur les pays africains. Il peut accélérer et efficacement dynamiser les projets de l'Afrique. A condition qu'il suit les mouvements et l'évolution du temps et de notre époque. On peut tout lui reprocher, sauf cette détermination d'avoir ce qu'il veut. Hier détesté par l'Occident, aujourd'hui, il est fréquentable (comme l'a décidé les Occidentaux qui pensent diriger éternellement le monde). Pour l'Afrique, Kadhafi pense accélérer le forcing et est prêt pour cela.
Mais l'homme est parfois "fantasque", aux yeux de l'Occidental (ou de l'Occidentalisé Africain). Comme on l'a vu lors de son arrivée à la Conférence d'Addis-Abéba, en compagnie de 7 Sages rois traditionnels africains, en tenue folflorique, lui-même habillé en tenue traditionnelle de chez lui, en Libye. Deux camps se sont formés : ceux qui adoraient son sens théâtral du spectacle, et ceux qui détestaient cette exhibition tapageuse du Guide de la révolution libyenne. Avec toujours se sens de se distinguer des autres chefs d'Etat africains. Auparavant, avant cette conférence, le président libyen avait convié dans son pays, à Benghazi, tous les chefs traditionnels d'Afrique noire, qu'il a invité et reçu pompeusement, le 28 août 2008. Il fut auto-sacré lui même "roi traditionnel". Ils étaient venus de tous les coins d'Afrique subsaharienne : du Tchad, de la Côte d'Ivoire, du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, de la RDCongo, du Bénin, du Mali, de Burkina Faso, etc... Lui, le bédouin, se sent proche de cette Afrique traditionnelle-là. Ce qui l'honore culturellement. Alors que certains Africains refusent cette racine, aussi folklorique qu'elle peut l'être ou paraître. Admiré, adulé, Kadhafi ne laisse personne indifférent. Comme ici en Ethiopie. Il a invité ces sept chefs traditionnels de venir assister à une si importante Conférence continentale. Il sera d'ailleurs très bien élu par les Chefs d'Etat Africain pour devenir le "Président de l'Union Africaine 2009". A la tête de l'Afrique, Kadhafi a vu son charisme prendre le dessus. Intronisé par les chefs traditionnels de l'Afrique culturelle profonde, le Guide Libyen élu par ses pairs, devient le "président de l'Afrique", et s'autoproclame "roi des rois traditionnels d'Afrique". Titre qu'il veut désormais qu'on l'attribue et qu'on le désigne. L'aspect folkolorique de la chose ne doit pas cacher l'enjeu de sa présence à la tête de l'Afrique. Ce titre peut faire sourire, en Occident, mais en Afrique le respect des traditions ne prête pas à s'en moquer....!
C'est vrai que Kadhafi a des idées sur l'Afrique idéale. On sait qu'il n'a pas quew d'admirateurs, encore moins que des véritables "amis". Son "panafricanisme" tardif reste un soupçon. Ce qui est sûr, le Guide libyen est souvent un idéaliste déçu. L'échec de l'UMA (Union de Maghreb Arabe) l'a rendu amère. Une organisation qui devrait unifier les cinq pays nord-africain du Maghreb, et qui fissurer pour des intérêts égoïstes, et par des trahisons et par des hypocrisies des pays dits arabes. Kadhafi ne croit plus à l'unité des Arabes. Leurs chefs sont souvent des "corrompus", des vendus et traitres à la cause arabe. Incapables d'instaurer un "panmaghrebisme" et encore moins un "panarabisme". L'UMA (regroupant le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye et la Maritanie), a fait mettre à jour, les différences, les compétitions, les rivalités, et les alliances sècrètes, qui ont conduit à la méfiance entre les arabisants d'Afrique, (et qui ne sont pas du tout des "Arabes", au sens propre du terme. Plutôt des "arabisants turco-arabes et indoeuropeéns"). Ce qui prouve leurs limites à mettre en place une "unité arabe" ou le "panarabisme" cher à Gamal Abdel Nasser, le colonel egyptien qui rêvait de l'unité des Arabes et avait compris leurs limites d'actions. Trop d'antagonisme, trop de protectionnisme. Kadhafi a compris tout cela et n'en veut plus et n'y croit pas du tout à leurs discours d'unité arabe. Lui, son truc maintenant, c'est l'Afrique. Un créneau à prendre, si l'on se sent du continent africain. Proche de cette Afrique. Comme lui. Son crédo actuel, c'est l'Afrique ! L'Union Africaine est un projet qui peut aboutir à la création des Etats-Unis d'Afrique, dans son sens le plus large, englobant le Nord, le Sud, le Centre, l'Est et l'Ouest. Donc, y compris les pays "arabes" du Nord de l'Afrique. Il y croit ferme. Il est persuadé qu'on y arrivera un jour et qu'il faut s'y mettre à travailler dès aujourd'hui. Kadhafi veut mettre tout son poids, son argent, son talent.
Faut-il encore douter de la sincérité de Kadhafi sur ce "Panafricanisme" affiché ? L'homme est habitué à des coups de théâtre qu'il serait sage d'être prudent et d'entendre. On doit le juger à la fin de son mandat en tant que Président de l'Union Africaine. On verra bien que peut-il faire de l'Afrique ?
Les critiques gratuites sont un peu trop sectaristes. Une mauvaise foi. On connaît le personnage et l'on n'a le droit de bénéficier d'un état de doute à son égard mais pas de le rejeter totalement. La sagesse nous apprend que seul un imbecile qui ne change pas d'avis. On verra si Kadhafi sera capable de bien gérer les affaires africaines et de bien défendre les intérêts du continent.