C'est à Jacques Toubon qu'on a confié cette mission de préparer et d'assurer la mise en oeuvre de cette initiative présidentielle de faire de "2010 : Année de l'Afrique".
Plusieurs pays fêtent la cinquantaire de leur indépendance. En 1960, 14 pays d'Afrique ex-colonies françaises accédaient à leur "indépendance". 50 ans plus tard, entre la France et l'Afrique francophone, les relations restent privilégiées, tout comme les liens sont toujours très forts. Et, selon les intérêts des uns et des autres. La France cultive encore ses rapports avec l'Afrique avec une certaine paternité, en tant qu'ancienne puissance coloniale.
Si certains pays continuent à rester fidèles à la politique africaine de la France, mise en place depuis ladite 'décolonisation', d'autres essayent péniblement de s'en affranchir, à leurs risques et périls politico-économiques.
Ce qui est évident, ni cette Afrique, moins encore la France, ne remettra en cause ce rapport privilégié, et encore de couper radicalement cette affectivité historique liée par la culture linguistique, dont les uns et les autres mesurent l'interdépendance. L'Histoire créée parfois des situations inexplicables, compréhensibles. La langue française a pénétrée mentalement les lettrés africains dont tous ont été fascinés par la puissance dépendantrice de celle-ci dans leur vie courante. Certains pays africains ont fait du français une langue d'intégration de leur propre développement.
La dépendance linguistique de la politique des pays africains fait surgir un tel décallage entre les plus instruits et la majorité de la population analphabétisée. Cette rupture culturelle fait maintenir des régimes parfois honnis au pouvoir.
Sous le général de Gaulle, même après les indépendances des années soixantes n'ont pas changé certaines pratiques politiques. Des réseaux crées à cet effet, faisaient mettre au pas certains "gouvernants africains", un peu trop "indépendants" par rapport à la ligne de la politique africaine dictée depuis Paris. Cette liberté a fait valser les régimes civils pour en installer parfois des militaires, inféodés par l'idéologie dominante. Longtemps, les "intellectuels progressistes africains" avaient dénoncés la "néocolonisation française" dans leurs pays respectifs. Cette Afrique de Papa, n'a pas permis de donner une image d'Afrique "en développement". On parlait alors du "retard" de l'Afrique sur le plan du dévelopement. Les pays africains subsahariens étaient généralement présentés comme des pays "très" pauvres. Alors même que leurs sols et sous-sols sont encore "très riches".
Les "réseaux Foccart" faisaient tout ce qui étaient en leur pouvoir pour maintenir, et infantiliser, ces gouvernements trop dépendants politiquement de la France. Ce "réseau" du nom de son mentor, Jacques Foccart, a tissé des liens et s'est développé dans tous les pays francophones en Afrique noire.
Le "réseau Foccart" avait cet avantage de bien "connaître" les dirigeants africains, dont la plupart avaient d'abord servi en France, occupés des postes administratifs, voire ministériels à Paris, voire encore, que la majorité était formée dans les écoles françaises, des diplômés français, et suivie des formations militaires dans les académies militaires en France. Certains avaient même servi dans l'armée, en tant que soldats ou officiers militaires français lors des guerres, ou des "opérations" militaires, un peu partout dans le monde, où les froces françaises étaient engagées.
Jacques Foccart avait les dossiers de tous ces gens-là, et savait où les toucher pour les déstabiliser, et les obliger à "coopérer" avec la politique de la France gaulliste. Souvent, ces Africains revenaient dans le droit chemin et suivaient fidélement les récommandations politiques dictées depuis Paris. Ces réseaux ont existé longtemps et n'était pas près à disparaître, survivant à la disparition du grand général Charles de Gaulle, et les différents gouvernements, de droite ou de gauche, qui se sont succédés par la suite. Continueraient-ils encore à sévir en Afrique ?
Quelques années plus tard, avec l'arrivée du président Nicolas Sarkozy, celui-ci clama tout haut, la "rupture". Plus question de continuer l'ancienne politique. La France et l'Afrique devront avoir des nouvelles relations basées sur le partenariat et le 'respect'. Cette politique volontariste du jeune nouveau président avait suscité parfois de l'espoir. Hélas, peu de temps plus tard, après ses voyages en Afrique, et surtout son "discours de Dakar", Nicolas Sarkozy apparu sous son vrai jour. Etait-ce un mépris, ou plutôt une méconnaissance de l'histoire de l'Afrique ? Cette maladresse a développé le sentiment anti-sarkozyste des Africains, un désamour entre la jeunesse africaine et le pouvoir français.
Il fallait réviser tout cela. Corriger les erreurs. Revoir certains paramètres pour revoir comment la France pourrait encore montrer sa générosité à l'égard de l'Afrique francophone. Le gouvernement français veut manifestement moderniser à nouveau ses rapports avec les pays africains. Constatant cette "nouvelle Afrique en marche, et surtout l'intérêt que le continent suscite aux autres puissances actuellement très actives sur le continent, le président Nicolas Sarkozy a pris heureusement cette initiative de faire de "2010, l'Année de l'Afrique".Il va confier cette mission à Jacques Toubon. On dit en France, qu'il connaît bien l'Afrique. Qu'il a aussi des amis Africains. Alors, que sait-il de l'Afrique ?
Jacques Toubon est né à Nice, le 29 juin 1941. C'est un homme qui a déjà une longue carrière politique, et fut ministre dans différents gouvernements. Proche de Jacques Chirac, un temps, il fut ignorer par le nouveau pouvoir, avant de s'intéresser à lui, et le faire revenir pour lui confier cette importante et délicate mission.
L'initiative est belle, alléchante, et semble l'intéresser puisqu'il a accepté cette mission de la célébration de l'Afrique en France. Une façon de corriger l'image de cette Afrique noire souvent moquée à cause de son incapacité de réjoindre les grandes nations développées. Mettant en avant la pauvreté, pour les Français moyens, les Africains sont demeurés les mêmes, avant et après les indépendances. Des gens qu'il faut toujours aider et s'en occuper. Comme des grands enfants. L'idéologie coloniale, comme on le voit, n'a pas fait évoluer les mentalités, ni l'image de cette Afrique arriérée.
On ne peut étonner que le racisme fait son lit avec ce type d'imaginaire. Avec cette politique désastreuse de renvois systématiques des "Noirs d'Afrique" dans leus pays d'origine, à chaque décision qui vise les "immigrés sans-papiers".
On est même arrivé à parler "d'identité nationale", dévelopement les vieux réflexes irrationnels du racisme et de la xénophobie, qui ont fait monter des partis comme le "Front National" de Le Pen (père, filles et consorts). Les dérapages ne viennent plus que des extrêmistes de droite. Tous les politiciens insoupçonnables ont maintenant leur discours racistes, pour "exister" politiquement. Aujourd'hui en France, lorsqu'on parle d'immigration, on regarde tout de suite les "Noirs" d'Afrique. La communauté la plus fragile et la plus visible à pointer du doigt.
Est-ce que Jacques Toubon est-il l'homme de la situation ? Pour les uns, il symbolise du moins ce lien profond entre les Africains et les Français. Aura-t-il des coudées franches pour combattre les conservateurs à l'esprit encore colonial?
Si cette initiative généreuse de la France sarkozyste à l'égard de l'Afrique réussisse, c'est toute la France qui en sortira grandie. Car la dignité des Africains et de continent est à ce prix. Dès sa nommination, Jacques Toubon est allé en Afrique, rencontré les chefs d'Etat et les Africains afin de présenter ce projet. Beaucoup d'Africains ont applaudi l'initiative de la France de faire de l'année qui commence, l'Année de l'Afrique. Un honneur rarement consacré dans ce grand pays d'Europe, la France, et dont les liens avec l'Afrique restent très forts, malgré quelques malentendus. Il est clair que la "rupture" prônée par l'actuel président reste à être visite dans les actes de la France par rapport à l'Afrique francophone. Des efforts dans ce sens sont plus ou moins palpables mais il reste que ceux-ci soient les plus visibles.
On suivra avec beaucoup d'attention comment la France va commémorer cette année de l'Afrique, et surtout comment les Français manifesteront leur intérêt face à cet événement. C'est de cela que l'on mesurera l'impact et la place de l'Afrique actuelle dans cette France qui souhaite présenter une nouvelle image à ses amis d'Afrique francophone.