Blog sur l'actualité des Antilles et du monde.
Dans l'avion qui m'emmenait vers l'Afrique australe, en Angola, j'emportai un livre pour occuper le trajet de mon voyage. Luanda, la capitale angolaise et son aéroport 4 fevereiro se situait à plus de huit milles kilomètres de vol. C'est un roman de l'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, paru en 2010, aux Editions Gallimard, intitulé "Demain j'aurai vingt ans" (réédité cette année en livre de poche, collection Folio, avec une préface de J.M.G.Le Clézio, Editions Gallimard, février 2012, 314 pages.), qui couvrira ce long voyage tropical. Un merveilleux petit roman, très agréable à lire. Il faut le dire : J'adore la musique. Assis dans mon fauteuil, les deux écouteurs dans les oreilles, j'écoutai du 'koudourou', la musique angolaise toujours en vogue.http://www.youtube.com/watch?v=f9adsqmTIQE
Las d'entendre ces trépidements, fort agréables, certes, mais je voulais retrouver du calme. M'évader par la lecture en voyageant réellement au dessus du continent. J'observai les paysages des nuages qui défilaient sous nos yeux. Je l'arrêtai pour me consacrer dans la lecture de ce livre d'Alain Mabanckou. Que du bonheur retrouvé, de l'humour saccadé, tout ce qui fait du bien. J'adore les belles histoires et l'auteur me fait vivre cette ambiance nostalgique du Congo-Brazza. http://www.youtube.com/watch?v=bVzSBxrxaRM ; http://www.youtube.com/watch?v=xVHk13HA4zU&feature=related
Je suis fidèle à cet auteur qui me faisait hurler de rire dans son incroyable roman "Verre Cassé" (Ed.Seuil, 2005). Avec "Demain j'aurai vingt ans" (Ed.Gallimard, j'ai retrouuvé le même verve d'humour qui me fit pouffer de rire, provoquant une conversation avec ma voisine d'à côté. Je ne vous dirais pas comment cela s'est terminé mais revenons au récit de cet auteur très talentueux. De quoi parle-t-on dans ce livre ? L'auteur évoque son enfance dans son pays natal et d'origine, le Congo-Brazzaville. En la romançant.
Michel est un petit garçon d'une dizaine d'années. Il vit chez chez ses parents à Pointe Noire, la ville portuaire, capitale économique du Congo d'en face. C'est une enfance merveilleuse et insouciante. Comme tous les enfants de son âge, le jeune Michel apprend la vie, faite de tendresses familiales, des petits copains du quartier, et d'une petite copine qu'ilaimait bien. Mais par-dessus tout, il y a Mama Pauline, sa mère ; son père adoptif Roger, réceptionniste à l'Hôtel Victory, qui lui donnera le goût de la lecture, son oncle René, richard de gauche,opportunément communiste, l'ami Lounès, dont la soeur Caroline finira par devenir sa petite amie d'enfance, les gens du quartier,(commerçants, vendeurs à la sauvette, cordonniers, coiffeurs, des Libanais, Indiens, Sénégalais ou Maliens, des Ouestafs, etc). Tout ce beau monde qui forme le cadre animé de son joyeux enfance. Sans oublier l'ambiance des buvettes du quartier, la musique congolaise, (la rumba de deux rives du fleuve congo, la mode vestimentaire de l'époque de ces années 70).
http://www.youtube.com/watch?v=KoP4V_mmywU&feature=related ; http://www.youtube.com/watch?v=XV7rDCBcnOQ&feature=related ; http://www.youtube.com/watch?v=epGNihlW03M&feature=related
Derrière cette fausse joie apparente, il y a l'humour qui aide à tenir, à redonner effectivement la joie de vivre, ou survivre. Au détour d'une page, et au fil de pages, des personnages pittoresques, fantasques. Des véritables phénomènes de la vie en Afrique centrale. Oui, le pays a vécu son époque du communiste à la congolaise avec le camarade-président le commandant Marien N'Gouabi et son parti PCT. Le petit Michel vit tout cela. Il va à l'école et retrouve le carcan familial, et surtout, sa mère Mama Pauline. La douleur et le chagrin ne sont pourtant pas loin. Comme ce père bigame, deux femmes, dont l'une, sa propre mère de Michel, et l'autre mère, qui a sept enfants et qui habite là-bas, de l'autre côté du quartier de la ville. Michel est fils unique. Alors, dans l'impossibilité d'en avoir un autre enfant, on recours aux fétiches et au féticheur qui n'a rien trouvé de mieux que d'accabler le petit Michel, soupçonné d'être le malheur de la stérilité de sa mère ! En réalité, le féticheur et ses feuillages ou autres breuvages à ingurgiter par la pauvre femme n'étaient que des Ce ne sont pas des remèdes qui donnent la grossessse. Pour l'escroc, c'est le coupable idéal, le petit sorcier qui bloque sa maternité !
Bref, le roman, en dévoile d'autres choses encore. Soudain, la voix de l'hôtesse envahit l'avion : "Nous arrivons à Luanda, les passagers sont priés de...", le temps de préparer mes bagages et sortir de cet avion pour retrouver l'Angola. Alain Mabanckou a accompagné mon voyage.Je n'ai pas vu le temps passé. Ouf ! je respire l'air de l'Afrique.
http://www.youtube.com/watch?v=EIilYwhrNsU&feature=related ; http://www.youtube.com/watch?v=FgOYA65q3Q0
Qui est cet auteur congolais ? Alain mabanckou est né à Pointe-Noire, en République du Congo, le 24 février 1966. Après ses études primaires et secondaires dans sa ville natale, le baccalauréat en Lettres et Philosophie en poche, il quitte Pointe-Noire pour la capitale Brazzaville, où il obtient une bourse après son diplôme de droit privé à l'Université Marien-Ngouabi, il s'evole pour la France et s'inscrit à l'Université Paris-Dauphine pour préparer un diplôme d'études approfondies. Plus tard, il travailla pour le Groupe Suez-Lyonnaise des Eaux. Dix ans durant, avant de se tourner vers la littérature, en publiant des receuils de poèmes, mais s'illustrera dans les romans. Le premier, "Bleu-Blanc-Rouge",
ensuite, "Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix", African Psycho", vint enfin la bombe de ses écrits, avec le roman le plus réussi de sa carrière d'écrivain, "Verre Cassé", puis "Mémoires de porc-épic", "Black Bazar" et enfin, ce roman que je viens de lire, " Demain j'aurai vingt ans". http://www.youtube.com/watch?v=lhO6--DXY0E&feature=related
Se tournant vers les essais, "Lettre à Jimmy", "L'Europe depuis l'Afrique", et cette année 2012, "Le sanglot de l'homme noir".
La littérature congolaise ne cesse de produire des grands écrivains. On n'oublie pas les aînés comme Tchicaya U'Tamsi, Henri Lopès, Sony labou Tansi, Emmanuel Dongala, J.B. Tati-Loutard, et tant d'autres grands dans les lettres du pays, avec Alain Mabanckou, c'est d'un nouveau genre dans l'écriture des nouveaux romans africains où, comme jadis, les Ferdinand Oyono, Mongo Beti, Yambo Ouolonguem, Ahmadou Kourouma, la prose africaine ne fait pas que distraire et faire rire mais derrière l'humour, le véritable message reste comment faire refléchir le lecteur et le pousser à être l'acteur de sa propre vie? Pour cela, Alain Mabanckou a réussi et peut le dire : Mission accomplie.