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La publication de son petit livre « Indignez-vous ! » fut un véritable évènement médiatique. Jamais une telle petite brochure de quelques 28 pages, avait tant fait parler d'elle. Un livre étonnant. Ce fut un succès immédiat dans les librairies. Tout le monde l'avait acheté et voulait le lire.
Dans son livre, Stéphane Hessel, un nonagénaire à l'esprit vif, évoque les raisons de ses colères et son indignation, en scruttant le monde d'aujourd'hui face à ses crises provoquées par les hommes du pouvoir. Lui qui pensait en avoir fini avec les injustices d'hier, il note qu'on a des raisons de s'indigner dans le monde complexe d'aujourd'hui qui peuvent paraître moins nettes qu'au temps du nazisme.Le combat dela résistance doit se poursuivre. Avec ou sans lui.
Le motif de la résistance, c'est l'indignation, écrit-il.
Il note que les écarts entre les plus riches et les plus pauvrs n'ont jamais été aussi importants ; la course à l'argent, la compétition, autant encouragée.
Les égoïsmes et les profits atteignent les esprits avides. On privilégie l'intérêt personnel au détriment du partage. Un monde cruel est né avec la barbarie moderne.
Comment accepter un monde aussi injuste ? Les riches veulent toujours plus, quitte à écraser les plus faibles, sans état d'âme. On déplore l'état de la planète qui ne cesse de se dégrader par la folie des hommes. Quant à la société, en Occident, on se barricade, après avoir jouï du privilège d'aller ailleurs, piller sans vegogne, tuer sans impunité, détruire. Ramener les butins de guerre gagnée militairement. En un mot « coloniser des peuples sauvages ». Quand on sait ce que cache derrière ce mot, ce que cela signifie, on mesure leur arrogance. Aujourd'hui, l'Europe veut dresser une forterresse, se barricader contre cette « horde humaine qui veut nous envahir ». On oublie de ire les raisons de leurs situations de pauvres. Oubliant que ces gens-là ont longtemps été spolliés, dépouillés jusqu'au plus profond de leur âme ! La richesse de l'Occident a été fait avec le sang des pauvres et leurs biens volés. Créer, c'est résister. Résister, c'est créer. Créer quoi ? Un nouveau monde, pardi !
Que faire face à l'immigration, produit des aventures et des errances europennes d'hier. Produit des aventures outre-mers d'hier ? Des injustices entre pays devenus riches et qui veulent continuer à exploiter, sans vergogne, les pays au sous-sol riche en toute sorte de matières premières et vivrières ? On a fabriquer leur dépendance, laissant installer la misère et des mentalités inqualifiables. L'insolence étalée des richesses et des sociétés d'abondance a fini par créer des envieux qui rêvent d'un ailleur plus meilleur. La misère au Sud n'intéresse personne. La vie dans les pays pauvres n'émeut plus personne en Occident.
« Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes, est l'indifférence, dire ' je n'y peux rien, je me débrouille', en vous comportant ainsi, vous perdez l'une des composantes essentielles qui fait l'humain. Une des composantes indispensables : la faculté d'indignation et l'engagement qui en est la conséquence ». Regardez. Ceux qui tentent de venir en Europe trouvent les portes fermées. Circulez, y'a rien àvoir ! Allez ailleurs, pas chez nous !
Les immigrés sont humiliés. Eux qui ont déjà pris le risque de venir jusqu'ici, se retrouvent maltraités, et le traitement fait aux Sans-papiers reste révoltant. Ces gens immigrés ne cherchent qu'à survivre. Où est le droit de l'homme dont l'Occident se veut l'exemple de la valeur universelle ? On regarde avec indifférence le sort de ceux qui se jette à la mer pour tenter d'atteindre les Canaries, Gilbraltar et l'Espagne. On repousse ceux qui accostent à Lampedusa. Les motifs d'indignation sont si nombreux pour lui. Stéphane Hessel connaît le combat de la Résistance des opprimés, puisque lui-même un ancien de la Seconde guerre mondiale.
Fils d'immigré, Stéphane Hessel est né en Allemagne, à Berlin, en 1917, d'un père juif, Franz Hessel, et d'une mère également juive, Helen Grund.
Ils se sont installés en France, à Paris, dès 1924, avec leurs deux enfants : Ulrich et Stéphane Hessel. Ce dernier, tout comme son frère, naturalisés Français, ont fait leurs études primaires et supérieures à Paris.
En 1939, Stéphane Hessel entre à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, à Paris. C'est la guerre qui va brutalement interrompre ses études. Comme tout Français de son âge, il est mobilisé pour combattre l'ennemi-envahisseur allemand. La drôle de guerre le surprend, qui, dès mars 1941, il réjoint la France libre du général de Gaulle, à Londres. L'Angleterre devenant le pays de replis stratégique pour les résistants français. Une fois là-bas, Stéphane Hessel travaille au Bureau de Contre-espionnage, de Renseignement et d'Action (le fameux BCRA). Il débarque clandestinement en France en 1944, mais il est arrêté par la GESTAPO, sur dénonciation. Torturé, brutalisé, il est envoyé en Allemagne au camp de Buchenwald. Condamné à la pendaison par les nazis, à la veille, il parvient 'in extremis' à échanger son identité contre celle d'un autre Français décédé du typhus dans le camp. Sous son nouveau nom de « Michel Boitel » fraiseur de métier, il est transféré dans un autre camp de Rottleberode, à proximité de l'usine de train d'attérissage des bombardiers allemands, les célèbres 'Junker 52', pour finalement être versé dans le service comptabilité.
Il parvient à nouveau de s'évader mais très vite repris et déplacé au camp de Dora où sont fabriquées les V-1 et V-2. Ces fusées avec lesquelles les nazis espérent encore gagner la guerre.
Affecté à la compagnie disciplinaire, il s'évade encore une fois et cette fois pour de bon ; les troupes alliées se rapprochenet de Dora.
Enfin, Stéphane Hessel retrouve Paris, sa femme Viria (la mère de ses trois enfants : 2 garçons et une fille).
Fin de la guerre en 1945. L'année suivante, dans une France qui a retrouvé la paix, Stéphane Hessel trouve du travail, après avoir réussi le concours d'entrée au Ministère des Affaires étrangères. Devenu diplômate, il occupe son premier poste à l'ONU, en tant que Secrétaire de Cabinet, rejoignant la Commission chargée d'élaborer ce qui sera la « Déclaration universelle des Droits de l'homme ». Celle-ci est adoptée le 10 décembre 1948 à Paris, (au Palais Chaillot). Diplômate français, Stéphane Hessel travaille au siège des Nations Unies à New-York.
Une occasion pour lui de défendre des valeurs humanistes qu'il a toujours cru. Il défendra bec et ongle les droits de peuples dans le monde. Pendant la guerre d'Algérie, il milite en faveur de l'indépendance algérienne.
Beaucoup plus tard, en 1977, le président Valéry Giscard d'Estaing lui propose le poste d'ambassadeur de France auprès des Nations Unies à Genève, en Suisse.
Homme profondément de gauche, il adhère au parti socialiste français. Il soutient François Mitterrand aux élections présidentielles de 1981. Quatorze ans plus tard, la droite revient au pouvoir en France. Stéphane Hessel s'indigne de l'élection de Jacques Chirac.
Le regard contemporain qu'il porte au monde reste lucide. Il est vrai que d'importants progrès ont été fais depuis 1948 : la décolonisation, la fin de l'apartheid, la déstruction de l'empire soviétique, la chute du Mur de Berlin. Par contre, les dix premières années du XXIè sicècle ont été une période de recul. « Je l'explique en partie par la présidence de George W.Bush, le 11 septembre, et les conséquences désastreuses qu'en ont tirées les Etats-Unis, comme l'intervention en Irak. Nous avons eu cette crise économique mais nous n'en avons pas davantage initié une nouvelle politique de développement. De même, le sommet de Copenhague contre le réchauffement climatique n'a pas permis d'engager uen véritable politique pour la préservation de la planète. Nous sommes à un seuil , entre les horreurs de la première décennie et les possibilités des décennies suivantes. Mais il faut espérer, il faut toujours espérer. La décennie précédente, celle des années 1990, avait été source de grands progrès. Les Nations unies ont su convoquer des conférences comme celles de Rio de Janeiro(Brésil) sur l'environnement, en 1992 ; celle de Pékin(Chine) sur les femmes, en 1995 ; en septembre 2000, à l'initiative du secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, les 191 pays membres ont adopté la déclaration sur les 'Huit objectifs du millénaire pour le développement', par laquelle ils s'engagent notamment à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici 2015. Mon grand regret, c'est que ni Barack Obama ni l'Union européenne ne se soient encore manifestés avec ce qui devrait être leur apport pour une phase constructive, s'appuyant sur les valeurs fondamentales ».
Dans son livre, il porte son indignation à son comble avec ce qui se passe au Proche et Moyen-Orient, en Palestine. « Ce conflit est la source même d'une indignation, écrit-il. Il faut absolument lire le rapport Richard Goldstone de septembre 2009 sur Gaza, dans lequel ce juge sud-africain, juif, qui se dit même sioniste, accuse l'armée israëlienne d'avoir commisdes 'actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crime contre l'humanité' pendant l'opration 'Plomb durci' qui a duré trois semaines. Je suis moi-même retourné à Gaza, en 2009, où j'ai pu entrer avec ma femme grâce à nos passeports diplomatiques afin d'étudier de visu ce que ce rapport disait. Les gens qui nous accompagnaient n'ont pas été autorisés à pénétrer dans la bande de Gaza. Là et en Cisjordanie(...)où plus de trois millions de Palestiniens chassés de leurs terres par Israël attendant un retour de plus en plus problématique. Quant à Gaza, c'est une prison à ciel ouvert pour un million et demi de Palestiniens.Une prison où ils s'organisent pour survivre. Plus encore que les déstructions matérielles comme celle de l'hôpital du Croissant Rouge par 'Plomb durci', c'est le comportement des Gazaouis, leur patriotisme, leur amour de la mer et des plages, leur constante préoccupation du bien-être de leurs enfants, innombrables et rieurs, qui hantent notre mémoire.(...) Je partage les conclusions du juge sud-africain. Que des Juifs puissent perpétuer eux-mêmes des crimes de guerre, c'est insupportable. Hélas, l'histoire donne peu d'exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire »: (pages 17-18, Stéphane Hessel dans son livre « Indignez-vous ! », Indigènes Editions, janvier 2011).
La politique actuelle menée par le président Nicolas Sarkozy a aussi de quoi l'indigner. Il la juge mauvaise et ne se prive pas de le dire, le repéter.
Retraité, Stéphane Hessel continue son combat contre les injustices, et s'indigne encore à 93 ans. Peut-être verra-t-il un de ses rêves se réaliser en septembre 2011 si l'Etat Palestinien voit le jour, comme il se précise de plus en plus ces jours-ci. Ce sera l'aboutissement d'un combat politique, de sa résistance de témoigner sans concession et s'indigner haut et fort. Ce qui est sûr, ce vieil homme très respectable mérite effectivement le respect dû à son rang. Même si le monde ne changera peut-être pas comme il aurait souhaité, du moins, son engagement et sa contribution auraient été plus que nécessaires et qu'il aurait contribué, à sa manière, à l'évolution de notre monde.