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La photo jaunie de la statue du dictateur trône au-dessus du zinc du restaurant Cova Funda à Santa Comba Dao. La nostalgie de son régime, l'Estado Novo, est palpable, le culte de l'enfant du pays qui dirigea le Portugal d'une main de fer reste intact.
Accoudés au comptoir, les habitués ne cachent pas leur admiration pour celui qu'ils considèrent comme "l'homme politique le plus honnête qu'ait connu le Portugal". Antonio de Oliveira Salazar, décédé quatre ans avant la Révolution du 25 avril 1974, continue de hanter les esprits de sa ville natale.
"C'était un grand homme, rien à voir avec les corrompus qui nous gouvernent aujourd'hui", s'emporte José Manuel Gomes, 47 ans. "A l'époque on vivait mieux, tout le monde avait du travail", avance ce fonctionnaire qui n'a pourtant pas connu ces années sombres.
"Il faudrait une centaine de Salazar pour redresser le pays", renchérit Manuel Campos, 59 ans, restaurateur de meubles anciens. "C'était un dictateur, mais ce n'était pas Hitler ou Mussolini".
Les quelque 30.000 prisonniers politiques et la cinquantaine de dissidents tués semblent effacés de leur mémoire. Pour les adeptes de Salazar, c'était des "exactions de la PIDE", la police politique, qui échappaient au contrôle de l'homme fort.
Au fond de la salle, s'empilent un buste de Salazar, des photos de sa statue, qui fut décapitée après la Révolution, et des magazines et livres de l'Estado Novo, apportés au fil du temps par les clients. Un musée miniature à la gloire du dictateur.
Toque blanche vissée sur la tête, Helena Soares, 39 ans, la fille du propriétaire du restaurant, arbore un grand sourire: "C'est surtout sa personnalité qui fascine les gens. Cela ne les empêche pas de voter socialiste ou conservateur".
Et ce n'est guère le parti d'extrême droite PNR, très marginal au Portugal avec 0,2 à 0,3% des voix, qui risque de faire une percée à Santa Comba Dao, une petite commune de 11.500 habitants dans le centre du pays.
"Salazar, c'est un sujet qui divise la population, il y a les pro et les anti. Il fait partie de notre histoire", commente le socialiste Leonel Gouveia, élu maire de la commune en 2013.
Un Portugais sur cinq (19%) estime que la dictature avait plus de bons côtés que de mauvais, contre 17% il y a dix ans, selon une étude de l'Université de Lisbonne.
Article à SUIVRE : Le président angolais à Paris.