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Avant toute chose, parlez-nous de votre film "Born in Africa" sur Rido Bayonne.
Le titre exact du film est « Rido Bayonne, Born in Africa ». C’est un film qui date de 2007, en fait, et qui a déjà quelques festivals, notamment Fespaco, Amiens, Festival du film Panafricain, etc… Il met en scène, je dirais en lumière, la vie et la carrière d’un « grand Monsieur » avec la lettre « M » majuscule, car c’est ce qu’il vaut nettement de par son humilité toujours aussi déconcertante.
Pourquoi l'avoir choisi pour votre documentaire ? Et pourquoi ce titre ?
D’abord il faut savoir que je ne choisis pas mes « cibles » d’une façon hasardeuse. Bien que subjectif, il y a forcément une raison précise à ce choix, qui s’appuie essentiellement sur ce que ces cibles font, ce qu’elles représentent dans la société de par leurs œuvres et, surtout, leur exemplarité. Loin de moi l’idée de vouloir me faire passer pour un moraliste, j’ai un principe qui consiste à dire que tout ce que nous faisons puisse servir d’exemple dans la société, surtout auprès des jeunes. Et lorsqu’on a un homme, comme Rido Bayonne, qui a passé sa vie à former les autres, jusqu’à s’oublier ! je trouve que cela est d’une noblesse imparable, inégalable. Voilà pourquoi j’ai voulu mettre en lumière et son savoir-faire et son œuvre ; cela sans omettre, bien entendu, sa philosophie de la vie basée sur une spiritualité assumée. C’est ce qui le caractérise, avant tout, et il faut aussi souligner qu’il y a eu, entre nous, ce courant d’amitié qui a cohabité sans lequel j’aurais vraiment eu du mal à faire quelque chose sur cet immense Artiste. Car j’ai toujours été guidé par l’affectif, c’est un principe que je me suis forgé depuis que je fais ce métier : « il faut qu’il y ait une espèce d’aimant, sinon je ne pourrais approcher personne ! »
Pourquoi le titre du film ? « Born in Africa » est en fait l’un des titres qui composent son dernier album -« Douala-Brazza »-, en hommage à ces deux villes africaines dans lesquelles il avait vécu dans sa jeunesse. Et, comme il est réellement né en Afrique « coloniale », au Congo-Brazzaville, j’ai donc « kiffé » sur ce titre… En plus la chanson est vraiment belle. J’ai simplement dû ajouter les noms au titre de son œuvre et ça a donné le titre complet du film. Avec son autorisation, bien entendu.
Comment s’est déroulé le tournage, la préparation, la durée du film, et la production ?
Il n’a pas été facile, pour ma production, de faire accepter ce sujet. Personnellement, lorsqu’il m’arrivait de « quémander » certaines chaînes de ce pays, toutes tendances confondues, il y en a qui me répondaient que Rido n’était pas assez connu, en France, pour en faire un film…Encore moins d’une longueur de 90 minutes ! On me donnait alors quelques noms de « vedettes », que je ne citerai pas, ici, qui illustraient les personnages ou artistes sur lesquels il fallait faire un film. C’était leur choix. Or, beaucoup parmi ces musiciens, rares sont ceux qui pouvaient prétendre faire partie de l’« Ecole » de Rido Bayonne. Mais, c’est ainsi, le manque de lobby fait que nous récoltions de telles difficultés. Mais, finalement, le film a pu se faire grâce à l’appui de Pierre Watrin (France Ô du groupe Francetélévisions), qui avait jugé le projet viable pour sa chaîne. Je l’en remercie sincèrement d’avoir osé et fait le pari ; car un 90 minutes sur un artiste soit disant inconnu, il fallait vraiment le faire. Et je crois sincèrement que nous avons fait quelque chose de beau, car le film -ou plutôt Rido- ne laisse personne indifférent !
Vous avez eu des facilités pour sa distribution ?
En fait, il y a aussi une carence, de ce côté-là. Jusqu’à ce jour, c’est Grenade Productions, la maison productrice du film, qui en est le distributeur. Mais, jusqu’à preuve du contraire, ce film n’a pas encore eu l’opportunité de sillonner le monde. Et pourtant, ma productrice en est folle de joie et de satisfaction. C’est l’une de ses « chefs-d’œuvre », dit-elle ! Mais, soyons lucides : nous vivons dans un monde à la fois réel et, en même temps, virtuel. Et si cela peut intéresser un distributeur, nous sommes ouverts à toute proposition et prêts à étudier les modalités.
Le film a-t-il été vu à la télévision ? Quel a été l'accueil du public ?
Oui, il a déjà été diffusé par une ou deux fois, je crois, sur France ô, qui l’avait programmé en prime time ! Il l’a également été sur TV5MONDE, vers la zone Afrique et, je cois, aussi vers la zone Asie. Il m’est arrivé d’avoir l’opportunité de croiser quelques responsables des chaînes, qui ont eu à diffuser ce film… Leur accueil a toujours été sympathique et chaleureux. Sensiblement reconnaissant sur mon travail pour ne pas dire admiratif. Et un bon nombre des spectateurs qui l’ont vu à la télévision louent ses qualités narratives, musicales et techniques. D’une manière ou d’une autre, leurs déclarations font partie de la reconnaissance dont un auteur a forcément besoin. C’est incontestablement rassurant pour un auteur de savoir qu’il y a des gens qui s’émerveillent devant son œuvre. Devant sa création. C’est bon pour le moral, forcément.
Le film vient d'être projeté à Cannes. Quelle est votre impression de toucher un si large public en France ?
Oui, le film a été projeté à Cannes dans le cadre de l’association « Nord-Sud Développement », qui héberge également le Festival du film Panafricain. Justement, ce film n’est pas à sa première projection à Cannes. Il a déjà été sélectionné, il y a deux ans, dans ce festival. Mais c’était la première fois que j’y allais, qu’on y allait ensemble avec Rido, pour le défendre devant un public vraiment accueillant et chaleureux. C’est toujours beau de voir qu’une œuvre attire le public, qui vient y puiser « une connaissance en plus ». Et lorsqu’on suit le parcours de Rido, sa vie, sa carrière artistique, on ne peut qu’être saisi par l’émotion. C’est ce qui s’est passé au sortir de la salle. J’ai, pour la première fois, vu des larmes couler devant une de mes créations. Et comme c’est des larmes de joie, on peut alors imaginer ma satisfaction.
Vous êtes celui qui a fait redécouvrir Bayonne en France. Rido Bayonne est incontestablement un très grand musicien panafricain, au vu de son parcours. Mais il reste un Congolais d'origine. Vous l'avez en quelque contribué à sa résurrection. Qu'est-ce qu'il pense de votre film ?
Je pense que Rido Bayonne apprécie le travail que j’ai fait autour de lui et de son œuvre. C’est un monsieur tellement perfectionniste que jamais il ne laisserait passer une faille quelconque dans une œuvre dont il est mêlé ! Le fait d’avoir donné son accord pour la version finale du film est, pour moi, une preuve de sa satisfaction. Par ailleurs, il a une telle exigence dans l’utilisation de ses musiques, qu’il a tenu à être présent aux différentes séances du mixage du film. Heureusement, pour moi, parce que je reconnais que sa présence m’avait beaucoup apporté. Et cette présence au mixage illustre sa disponibilité tout au long de tournage. Il a coopéré à fond.
Rido Bayonne est d’origine congolaise (Maya Maya), mais il a pratiquement grandi en France… Et, d’ailleurs, comme il le clame lui-même, il a toujours été français d’origine puisqu’il est né au Congo-Brazzaville, alors colonie française ! Quant à sa résurrection, je ne sais pas si c’est moi qui l’ai ressuscité, mais une chose est sûre : contribuer au rayonnement artistique de Rido Bayonne, en France ou ailleurs, ne peut être que flatteur. L’homme est d’une telle immensité, d’une telle humilité, d’une telle grandeur qu’il faut l’affronter en profondeur pour arriver à extirper ce qui se cache au fond de lui. Il a des qualités humaines vraiment insoupçonnables. Forcément, il faut les mériter pour en bénéficier. Et quand il a dit oui à quelqu’un ou à quelque chose, chez lui le mot « fidélité » doit déterminer l’engagement de l’homme en amitié. Et c’est un adepte de « tout ou rien », tellement qu’il est entier.
Que fait-il actuellement ? Prépare-t-il un nouvel album ? Parlez-nous un peu de sa carrière ? Ses chansons ? Ses albums déjà sortis ? Le titre de morceau le plus en vue de sa carrière ?
Rido Bayonne est un musicien qui ne court pratiquement pas après des albums, bien que cela fasse partie de la carrière d’un musicien, surtout de sa trempe. Depuis qu’il fait de la musique, je pense qu’il n’en a pas plus de 5 ! Et ce, malgré sa déjà longue carrière. La raison principale, je pense que c’est dû à cette manie qu’il a à s’occuper d’abord des autres. Des expériences à en couper le souffle et à faire pâlir nombre de ses pairs ; en un mot, à faire des jaloux. Tenez, au début des années 70, en 1972 précisément, alors à Lyon, il a été cofondateur d’un groupe de Rock ou Jazz-Rock -Les Spheroë- avec lequel il a fait notamment l’Olympia de l’époque. Ils étaient au nombre de quatre, comme les Beatles ! Ensemble, ils avaient enregistré quelques 45 tours, avant que chacun d’eux continue une carrière solo. C’est le cas de Rido Bayonne. Son dernier album date de 2008, mais attend toujours une sortie officielle à Paris. D’ailleurs, une bonne partie des chansons, qui composent cet album, font partie du film « Rido Bayonne, Born in Africa ». Justement, parmi les chansons-phares de cet album, figure celle intitulée « Born in Africa », que j’aime beaucoup de par son swing, sa musicalité, sa mélodie. Personne ne pourra rester assis, à l’entendre sur scène ou sur CD ! Et, dans un des albums précédents, j’ai un bijou, que j’aime énormément. Il s’intitule « Gueule de Black » ! Ben, ouais, c’est aussi du Rido, ça. Et puis, il y en a bien d’autres… De très belles comme « Tonton Rido » !!!
Autant son tout dernier album, dont on entend beaucoup de titres dans le film, s’intitule « Duala-Brazza », celui qu’il prépare actuellement portera également un titre évocateur : « Paris-Ouaga » ! Ben… ça aussi c’est du Rido, quoi. Des hommages… L’homme a un sens inouï de se « moquer » de lui-même ou de nous tous. L’un de ses albums s’intitule tout simplement : « Gueule de Black ».
Retourne-t-il souvent dans son pays, le Congo-Brazzaville ?
Oui, tous les deux ans pratiquement. Même s’il est vrai qu’il lui a fallu attendre plusieurs années, avant de fouler encore le sol de son continent natal. Ceci lui a d’ailleurs fait beaucoup de bien car ses désormais fréquents séjours en Afrique lui ont permis de retrouver ses racines, donc de se retrouver réellement en tant qu’individu. Depuis il n’arrête pas de former des musiciens des pays où il se rend régulièrement : Congo Maya Maya, Cameroun, Burkina Faso, etc… Tiens, au moment où on réalise cette interview, Rido Bayonne est dans l’avion pour le Congo !
Peut-on dire qu'il reste le dernier des dinosaures de la musique congolaise d'hier et moderne d'aujourd'hui ? Comment le définiriez-vous ?
Disons que Rido fait partie de ceux qui, de leur vivant, sont qualifiés de « monument » ! De par leur carrière, leur générosité, leur humilité, leur savoir-faire, bref leur exemplarité dans la société. Et ce, sans pour autant oublier leur sens poussé de pédagogie qui leur permet d’encadrer les jeunes et/ou moins jeunes. Car, au sein de l’« école » de Rido, toutes les catégories sont représentées : enfants, jeunes et adultes. Et il éprouve le même plaisir à transmettre à ses élèves son savoir. « Gratuitement », souligne-t-il ; « l’Art ne doit pas se payer », précise encore cet homme qui puise son inspiration et sa force créatrice dans les rencontres avec les uns et les autres. D’ailleurs tous ses musiciens l’appellent « Tonton ». Alors que, lui, il les appelle affectueusement « mes enfants » !
Je pense que le terme « dinosaure » conviendrait peu sur la personne de Rido. Il y a beaucoup plus anciens que lui, et qui sont encore en activité, si l’on veut parler de l’âge biologique. Rido Bayonne est encore jeune, puisqu’il vient à peine de passer le cap de soixante ans. Et il reste vif dans son esprit et dans ses initiatives. Toujours à l’affût de quelque chose… Je connais beaucoup mieux l’homme depuis que j’ai fait ce film sur lui et sur sa carrière. C’est un homme infatigable, au vu de ses multiples créations. Il faut être fier de l’avoir avec soi, parce que « Rido Bayonne is the best » !