L'une des plus grandes démocraties en Europe, la Suisse, célèbre sa 716ème fête nationale, en ce jour du 1er août 2007. Un peu d'histoire helvétique.
La date du 1er août, est symbolique. Elle témoigne de l'unification des cantons qui formèrent ce qu'est devenue aujourd'hui la Suisse. En fait, la Confédération signifiait au départ l'aliance de 1291 entre les communautés paysannes des vallées des Alpes centrale qui réunissaient l'Uri, le Schwyz et l'Unterwald, d'où est née de la résistance à la domination colonialiste des Habsbourg et de l'organisation de défense des routes des cols. Le Gothard, pivot de la Confédération, est à l'origine du commerce helvétique succédant à l'économie purement forestière des trois cantons fondateurs. Ce grand axe routier, aboutissant à la plaque tournante lacustre du lac des Quatre-Cantons, permettra l'entrée de Lucerne, clef de l'Ouest, comme quatrième canton de la Confédération.
Cette alliance des Cantons paysans sera égalitaire et démocratique. Mais du pacte d'août 1291 va naître la guériella contre les baillis des Habsbourg et, de ces escarmourches montagnards, une légende édifiantes. Nous le verrons plus loin avec une personnalité légendaire comme Guillaume Tell.
En 1315, près du village de Morgaten, six cents vaillants soldats, armés d'arbalètes, de fléaux et de fourches, mirent en déroute onze mille chevaliers de l'empereur d'autriche. De cette date jusqu'à Napoléon, aucune troupe étrangère ne pénétrera dans les vallées de la Suisse primitive : cinq siècles.
Depuis, l'histoire de la Suisse est celle de la consolidation de la Confédération et de l'adjonction de Cantons nouveaux aux Cantons primitifs. Cette pelote de terres et d'hommes libres a été patiemment arrondie en 687 ans, du Pacte de 1291 à l'autonomie du Jura, devenu 23è canton en 1978.
Ces paysans liberés par eux-mêmes et les bourgeois des cités libres auraient mérités de vivre en paix à l'intérieur de leur territoire mis à l'abri des invasions. Pourtant la misère et les querelles religieuses engendrées par le monde féodal et chrétien ne permirent pas à la Confédération de demeurer démocratique et égalitaire. Les aristocraties locales, enrichies par le commerce des cols, voulurent gagner plus encore grâce à l'exploitation des classes les plus démunies. La misère, et parfois la famine, imposa le trafic des mercenaires.
La methode était simple : elle consistait à louer les pauvres aux gouvernements étrangers, au roi de France, à l'empereur d'Allemagne et au pape. Des confédérés engagés par Louis XI contre le Téméraire à Morat, à ceux de Novare, de Marignan et des Tuilleries, innombrables furent "les Suisses" morts en soldats, c'est-à-dire en "recevant leur solde, d'où leur nom", ou en "chômeurs armés". La longue histoire de ces enfants perdus eut un double et curieux dénouement au cours de la Révolution française.
Nul n'ignore le sacrifice des Suisses de Louis XVI le 10 août 1792. Il a nourri l'imagerie guerrière. On connaît moins l'aventure des Suisses mutinés à Nancy le 31 août 1790 dans le régiment genevois commandé par Lullin de Chateauvieux. Condamnés aux galères, quarante soldats enchaînés passant par Paris furent délivrés par la foule et absous par la Constituante. Leurs bonnets de bagne coiffèrent les Parisiens et devirent les bonnets phrygiens.
Marignan, où François 1er défit les Suisses au service du duc de Milan, ne mit pas fin à la puissance helvétique ni à l'emploi systématique des mercenaires. Ils mourront encore en 1527 au service de Clément VII en défendant les trésors de la papauté contre les bandes du connétable de Bourbon.
La décadence politiqe de la Confédération, protégée militairement par la simple réputation de ses rédoutables soldats, sera due aux querelles intérieures nées de la Réforme puis de la politique helvétique lors de la Révolution française et face aux ambitions napoléoniennes.
La Réforme suisse a été la plus spectaculaire et la plus durable. Cependant, au contraire de l'Allemagne, elle n'a pas été due à une nécessaire et urgente réforme des moeurs écclésiastiques. Moins dirigée contre le pouvoir central de la papauté et moins anti-monacale, elle fut l'oeuvre d'humanistes et d'un petit peuple citadin confronté au texte de la Bible imprimée. Zwingli, soldat-prêtre lié à Erasme, est sa figure de proue. Avec lui, la foi chrétienne retrouve la vertu de la Parole.
Soutenu par Oecolampade de Bâle, autre humaniste, son radicalisme l'opposera à Luther, mais ouvrira grande la porte de la Réforme calviniste. La prédication de l'Evangile retrouvé gagnait toutes les cités où circulait la Bible. Le coup d'arrêt vint des campagnes, des populations paysannes qu'aucun humanisme ne pouvait toucher.
Pour les rureaux des cantons primitifs, pour Schwyz surtout enrichi par les guerres, Zwingli était doublement satanique: par ses attaques contre les croyances admises et, surtout sans doute, par la dénonciation du service mercenaire faite par cet ancien soldat.
Pour ces hommes frustres, la redoutable question du salut se posait: si Rome s'était trompée, qu'allaient devenir les âmes confiées à Dieu par l'Eglise catholique ? Allait-on condamner l'au-delà et vouer les ancêtres à l'Enfer ?
Ainsi la recherched'un foi refléchie se heuretait aux intérêts matériels et à la scolastique. Seule la force pouvait trancher la querelle. Les citations n'avaient guère de chance face aux professionnelles de l'arbalète et de l'arquebuse. Les protestants furent vaincus et Zwingli tué en 1531. Un partage se fit entre le culte et la messe. Les zones d'influence resteront pratiquement inchangées: Bâle, Berne, Schaffhouse et Zürich aux hérétiques; Fribourg, Lucerne, Schwyz, Unterwarld, Uri et Zoug aux papistes. La Suisse alémanique, unitaire par la langue, était coupée en deux par la théologie.
Dans Genève, et dans le canton de Vaud habilement mais brutalement amené par Berne dans le giron protestant, Calvin va repenser la Réforme. Autre humaniste formé par la traduction du <De Clementia> de Sénèque, il aurait pu méditer sur cet aphorisme de son maître: "Pendant que nous sommes parmi les hommes, pratiquons l'humanit." Intellectuel sans tendresse, prédicateur parfait, théologien habile et théoricien rigoureux, il ouvrira aux huguenots la voie royale de la démocratie protestante, mais sera le bras séculier d'un contre-terrorisme peu chrétien, et surtout peu humaniste, et le fondateur spirituel du capitalisme bancaire genevois.
Dans la Confédération où s'affrontent mais cohabitent langues et religions, l'histoire passe, uniforme, sans laisser derrière elle s'installer de grands hommes exemplaires. Guillaume Tell est légendaire et chacun le sait. Nicolas de Flue (1412-1487), citoyen pratiquant les vertus civiles et domestiques, puis sage retiré du monde, enfin médiateur empêchant par sa seule influence la guerre entre Soleure et Fribourg, est avant tout un saint personnage. Les réformateurs sont grandis par la foi, non par la politique. Le peuple seul a droit de cité.
En Suisse, les personnalités ne manquent pas. Mais elles s'épanouissent souvent dans une anonyme place technique ou s'expatrient. Des exemples, il y en a. Ainsi le mercenaire calviniste François Lefort, intégre parmi les honnêtes, contribuera à la fortune de Pierre le Grand, gèrera les finances du tsar, deviendra amiral de sa flotte, vice-roi de Novgorod, et mourra sans un sou de côté. Ainsi Necker, auprès de Louis XVI, conseillera les aristocrates pour le placement de leurs capitaux à Genève ou à Londres, alors même que les Suisses lucernois s'apprêtaient à mourrir sur les marches des Tuilleries.
Des conflits à la fois idéologiques et économiques opposeront les cantons catholiques et protestants, et ces derniers à la maison de Savoie. Peu à peu, face aux seigneuries querelleuses, une classe nouvelle assume le destin des villes. Maîtresse du commerce et de l'artisanat devenant industrie, la bourgoisie est prête à la relève. Elle redécouvre avc prudence les principes égalitaires et démocratiques chers aux fondateurs des cantons forestiers. Confisqués par les familles patriciennes, ils ressurgissent avec Rousseau puis s'infiltrent avec les armées du Directoire et de Bonaparte. Structurée en un ensemble de vingt-deux cantons-Etats par le Pacte fédéral de 1815, la Suisse connaîtra un cycle de tentations libérales étoufées par le conservatisme toujours rennaissant.
Avant de triompher avec la Constitution de 1848, la démocratie va être mise à rude épreuve lors de la guerre dite de Sonderbund. L'Etat suisse échappera de justesse à une sécession mortelle. Ce conflit sera le dernier affrontement entre cantons catholiques conservateurs (Schwyz, Uri, Unterwald, Zoug, Lucerne, Fribourg et le Valais), fondateurs du pouvoir fédéral où les radicaux anticléricaux ont la majorité. Le général Dufour, chef pacifique des services de la topographie, fut plus un médiateur qu'un guerrier. En deux mois il réduisit l'insurrection presque sans effusion de sang. Les jésuites paieront cette aventure politico-religieuse par leur expulsion de Suisse. La Confédération recimentée y gagnera une constitution fédérative.
La neutralité suisse s'apparente à l'Esprit de Genève, qui est la médiation et l'humanisme. Les Suisses ont sillonné l'Europe, durant des siècles, les armes à la main. Beaucoup de ses soldats sont morts au combat étranger; d'autres, surtout les officiers, se sont enrichis par le butin; certains, comme Zwingli, sont retournés chez eux profondément choqués par les horreurs de la guerre. La notion d'arbitrage hantait depuis longtemps nombre d'esprits en Suisse. Précurseur de l'abolitionisme en matière de peine de mort, le comte Jean-Jacques de Sellon fonde en 1830, à Genève, une Société de la Paix. Elle est l'ancêtre de la Société des Nations, et de l'Organisation des Nations Unies. La Suisse a toujours compté nombre de philanthropes. Parmi eux, Henri Dunant est exemplaire. C'est lui le fondateur de la Croix-Rouge.
La Suisse neutre, c'est aussi cette neutralité, alliée du libre-échange, de la circulation des monnaies et du secret bancaire, qui a fait de la Suisse un coffre-fort inexpugnable. Mais les banques, sociétés d'affaires, n'ont pas à pratiquer le secours mutuel. Comme partout dans le monde, les banques sont aveugles en matière morale.
Les reproches adressées au monde bancaire suisse sont-ils d'autant plus violents que la société helvétique peut être justement fière de l'honnêteté foncière de ses citoyens ?
Avant de clore cette partie historique de la Suisse, revenons en arrière pour dire que le pays ne manque pas non plus de personnalités légendaires qui ont forgé le mental helvétique. Guillaume Tell est un grand personnage de cette légende. Le personnage de cet homme est le symbole du paysan traqué par le bailli autrichien.
En état de légitime défense, il abat Gessler d'une flèche afin de conserver sa dignité et sa famille, sa terre et sa liberté. Gessler était un administrateur,(le bailli) des cantons d'Uri et de Schwyz. Un jour d'automne 1307 il fit dresser sur la place d'Altdorf une perche coiffée de son chapeau aux couleurs de l'Autriche. Chaque passant devait plier le genou en hommage à l'empereur et à son représentant Gessler. Guillaume Tell, citoyen de Bürglen et excellent tireur à l'arbalète, vint un jour à Altdorf avec son fils et refuse de s'incliner devant le chapeau ! Gessler, furieux, connaissant son talent, obligea Guillaume Tell à viser une pomme placée sur la tête de son fils Walter. Guillaume Tell contraint d'obéir, choisit deux flèches, plaça l'une dans son carquois, l'autre à son arbalète et se prépara à tirer après une courte prière. La flèche partit et atteignit la pomme en plein coeur. Gessler admira ce coup de maître mais voulu savoir pourquoi Tell avait placé une seconde flèche dans son carquois. Il répondit : " C'est une coutume des tireurs d'ici. Cette autre flèche vous était estinée si j'avais touché mon fils et je n'aurais sûrement pas manqué mon but."
Pâle de rage, Gessler fit saisir Guillaume Tell et l'enchaîna sur son bateau afin de l'enfermer dans son chateau de Küssnacht. Une violente tempête s'élèva alors sur le lac. Les Autrichiens ne sachant où ni comment diriger leur bateau relâchèrent les liens de Guillaume Tell et lui ordonnèrent de les conduire en lieu sûr. C'est qu'il fit. Mais tout à coup, d'un bond prodigieux, il sauta de la barque sur un rocher plate (la Tellsplate) et s'enfuit dans les bois jusqu'aux environs de Küssnacht. Il attendit Gessler dans un chemin creux et le tua.
Tous les Suisses se reconnaissent dans le courage de ce Guillaume Tell qui entra dans la légende.
Malgré leurs diversités culturelles, surtout régionales et linguistiques, les Suisses cultivent un nationalisme et un patriotisme qui peuvent surprendre. "Y en a point comme nous !", disent-ils. Ils votent sur tout. Ils disent "oui" lorsqu'il faut dire "non", et inversement. Têtus mais parfois maléables, l'esprit suisse l'emporte souvent lors des décisions collectives. Pays multiculturels, aujourd'hui, un Suisse sur deux a des racines (ou d'origines) étrangères. Cette situation binationaliste n'enlève en rien un attachement à l'helvétie. Le drapeau rouge à la croix balnche prend tout son sens en ce jour du 1er août qui sera célèbrée dans tous les cantons, partout dans le pays.
Voici la Suisse en bref, et quelques dates et événements importants du pays :
La Suisse est un pays de 41.293 km2, avec une population de près de 8 millions d'habitants. Sa capitale est Berne. Ses villes principales sont : Zürich, Genève, Bâle, Lucerne, Lugano, Saint-Gall, Lausanne, Fribourg, Neuchâtel, Davos, Saint-Moritz. Les quatre langues officielles sont : l'allemand, le français, l'italien et le romanche.
La Suisse est un Etat fédéral de 23 cantons. Chaque canton a une souveraineté interne et une constitution. Sa Constitution fédérale date de 1874. Le siège du gouvernement se trouve à Berne. L'Assemblée fédérale (ou le parlement), formée du conseil national (élu pour 4 ans), du conseil des Etats (élu par les cantons), est l'autorité suprême et élit l'exécutif, le conseil fédéral.
Le président de la Confédération (Chef de l'Etat) est élu pour un mandat d'une année. Un comité de Sept Sages (Conseillers fédéraux) dirigent, gouvernent, et se relayent à la présidence, par un système de rotation annuelle, après votation.
La Suisse dans l'histoire :
58 avant J.C. Battus à Bibracles, les Helvètes se réinstallent dans les Alpes.
47 après J.C. Ouverture de la route du Grand Saint-Bernard.
260. Invasions alamanes.
443. Invasions burgondes.
1191. Fondation de Berne.
1225. Ouverture de la route du Saint-Gothard.
1240. Schwyz obient l'immédiateté impériale.
1291. Pacte d'alliance entre les cantons d'Uri, de Schwyz et de Nidwald.
1315. Victoire des Confédérés à Morgaten : renouvellement de l'alliance.
1387. Réunion du premier Landsgemeinde de Glaris.
1460. Fondation de l'Université de Bâle.
1515. Défaite des Suisses à Marignan : début de la politique de la neutralité.
1523. Les 67 thèses de Zwingli : début de la Réforme à Zürich.
1536. Calvin introduit la Réforme à Genève.
1545-63. Contre-Réforme.
1685. Révocation de l'Edit de Nantes; les Huguenots affluent en Suisse.
1755. Fondation de la première banque à Zürich.
1798-1803. Etat unitaire de la République Helvétique.
1802. Premier grand hôtel : les <Trois-Rois> de Bâle.
1815. Congrès de Vienne : reconnaissance de la neutralité suisse.
1823. Premier bateau à vapeur sur le Léman.
1842. Première traversée Chamonix-Zermatt à pied par les glaciers.
1847. Guerre du Sonderbund. Première voie ferrée Zürich-Baden.
1848. Constitution fédéfrale. Berne ville fédérale.
1852. Premier hôtel de montagne : le <Monte-Rosa> à Zermatt.
1854. Fondation de l'Ecole Polytechnique fédérale à Zürich.
1855. Première du mont Rose, sommet de la Suisse.
1863. Fondation de la Croix-Rouge, du Club Alpin Suisse et construction du premier refuge de haute montagne.
1865. Conquête et catastrophe du Cervin.
1877. Première crémaillère au Rigi.
1894. Raid à ski de Davos Arosa (Conan Doyle).
1902. Etatisation des chemins de fer : CFF (Chemin de Fer Fédéral)
1904. Fondation de la Fédération Suisse de Ski.
1905. Premier concours de ski à Glaris.
1906. Percement du Simplon, plus long tunnel.
1907. Construction du premier téléphérique à Grindelwald.
1912. Inauguration du chemin de fer du Jungfraujoch.
1913. Premier survol des Alpes de Berne à Sion et Milan.
1920. La Suisse entre dans la Société des Nations.
1928. Deuxième Jeux Olympiques à Saint-Moritz.
1931. Première de la face nord du Cervin.
1938. Concert de Toscanini à Lucerne : prélude au Festival. Première de la face nord de l'Eiger.
1940. Le général Guisan fait prêter serment à ses officiers de défendre la Suisse.
1948. Cinquièmes Jeux Olympiques à Saint-Moritz.
1960. Les CFF entièrement électrifiés.
1971. Les femmes obtiennent le droit de vote sur le plan fédéral.
1978. Création du canton du Jura par votation fédérale.
1980. Ouverture du tunnel routier du Saint-Gothard.
1999. La Suisse prône l'ouverture et premier pays apprécié à l'étranger.
2006. 46.711 étrangers deviennent Suisses. Malgré le discours xénophobe d'extrêmistes.
2007. 21% d'étrangers vivent en Suisse qui ne fait toujours pas partie de l'Union Européenne.
2007. Micheline Calmy-Rey (PS) président de la Confédération helvétique.
C'est elle qui inaugure la 716ème fête nationale du 1er Août sur la plaine du Grütli.