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Blog sur l'actualité des Antilles et du monde.

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Romancero haïtien du léopard (Conte et musique)

Conte inédit du léopard :

< Un beau matin, je me suis retrouvé criant, courant, piaffant, pleurant, riant. Jamais les pailles du soleil ne furent plus belles allumettes du Bengale. Je suis né à la vie.
Puis, les jours et les nuits, pas du temps qui s'enfuit, déambulèrent. Un pas d'ombre, un pas de clarté, ça fait des tâches sur l'âme des léopards que nous sommes ! 
Je suis resté tapi dans les chemins de la vie, faisant des cheveux aux poupées de mes rêves avec mes belles larmes.
Toutes les ronces de la route ont griffé ma face noire. J'ai recherché le compagnonnage de mes semblables et je suis resté seul.
Le léopard fut noble, en dépit de sa renommée. Chaque goutte de sang sera demain une fleur dans les jardins refleuris. Jamais le léopard ne pris un fétu qu'il n'ait partagé avec toute la création. 
Le léopard fut honnête. Il fit tout le peu de bien que l'ont peut offrir dans une vie de léopard. Il fut un animal de vérité, jamais il n'aurait pu supporter sa vie de léopard s'il n'avait menti une seconde à la vie dont il procède. La vérité n'est que la force qui fait germer le blé, éclore un oeuf de passereau, frissonner les petites herbes et marcher les saisons. Le léopard est un coeur ouvert.
Jamais le léopard ne s'abandonne. Dieu ! qu'il est épuisant de ne pas s'abandonner ! Vinrent les pluies, les secs, les soleils, les orages, les fleuves en crue, les séismes...Mais nul ne pourra jamais s'imaginer une vie de léopard en regardant l'olivette calme de ses yeux, le rire de ses moustaches, et sa bouche, cette joyeuse blessure. Rien ne fut épargné au léopard. Il est riche de tant d'alluvions amères qu'il a pu concevoir toute la douceur sécrète de la vie. Et le léopard ne s'abandonnera jamais.
Un jour sonneront les fanfares de la chasse au léopard. L'horizon ne sera qu'un envol de sagaies, le soleil fera une pluie de lancelots, les buissons et les broussailles inexorablement marcheront en cercles concentriques vers la bête sans un cri.  Les fourmis rouges sortiront de terre, les libellules vertes ricaneront de toutes leurs ailes papillotantes, l'air sera un nuage de molécules bleues, piquantes, brillantes, diamantées...Le ciel tirera ses rideaux sur tous les yeux collés au firmament clair des temps, tous les yeux de léopards morts. Alors viendra la déflagration. Droit au coeur. >
Ainsi contait Jacques-Stephen Alexis. L'un des plus grands écrivains, romanciers, poète et conteur de cette belle terre d'Haïti. 

Jacques-Stephen Alexis est né aux Gonaïves (Haïti), le 22 avril 1922. Son père Stephen Alexis fut diplômate et écrivain. La famille de son père s'est illustrée dans le mouvement libéral haïtien. Son arrière grand-père Mesmin Alexis, fut mêlé aux agitations politiques de la fin du dix-neuvième siècle, et mourut fusillé en 1880, en compagnie de son fils aîné. Son second fils, également condamné à mort, échappa de justesse au peloton d'exécution. Il portait le même nom de Mesmin Alexis et on le retrouvera plus tard exerçant le métier de notaire aux Gonaïves. Il épousa Rosanna Jean-Philippe Daut, qui dit-on, descendait de Dessalines, le compagnon d'armes de Toussaint Louverture, le grand résistant, qui libéra Haïti, après avoir dirigea la première guérilla victorieuse au sud de Rio Grande. Et de mariage de Mesmin et Rosanna naquit Stephen Alexis, le père du romancier Jacques-Stephen Alexis, le 29 novembre 1889.  Par sa mère, Lydia Nunèz, J.-S. Alexis a aussi des origines dominicaines. 
En 1926, Jacques-Stephen Alexis suit son père Stephen Alexis, qui vient d'être nommé diplômate, à Paris, en France. Il entreprend ses études primaires et seconaires dans la capitale française, au Collège Stanislas de Paris. Quatre ans plus tard, la famille retourne en Haïti. Là-bas, il reprend les études au Collège Saint-Louis-de-Gonzague. Plus tard, il s'inscrit à la Faculté de Médecine. A partir de 1940, le pays est en proie à des agitations politiques. Le président Elie Lescot dirige l'île de Haïti d'une main de fer. Avec quelques camarades, J.-S. Alexis fondent une revue culturelle intitulée "La Ruche". Véritable courant littéraire pour tout le pays. Il se distingue par ses écrits et par le ton de ses articles. Son fameux article "Lettre aux hommes vieux", étonna plus d'un. Il s'en prenait en fait, aux hommes politiques de son pays, incapables d'imagination pour redonner un nouveau souffle politique et idéologique à Haïti. Il s'agissait, pour Alexis, de la sénilité des hommes qui nient le progrès de l'histoire. Cette prise de position lui coûtera cher. A la fin de 1946, Jacques-Stephen et quelques étudiants haïtiens, dont René Depestre, décident de prendre le chemin de l'exil. Son doctorat en médecine en poche, Jacques-Stephen Alexis retourne en France, pour se spécialiser en médecine neurologique, et il est interne libre à l'hôpital de la Salpêtrière. Il se marie avec une Française, qui lui donnera sa première fille Florence Alexis en 1951. En 1953, en tant que membre de l'International Communiste, il participe aux activités des Jeunesses communistes et de de la cellule du XXè arrondissement de Paris. A ce titre, il dirige une délégation haïtienne au Festival de la Jeunesse à Bucarest. Contacté par les Chinois, il est invité d'effectuer un voyage au pays du Soleil Levant, à Pekin, et rencontre le président chinois Mao Tsé Tung, et les autres grands dirigeants politiques du PCC. En 1955, il retourne en Haïti et il est aussitôt inquiété par le gouvernement pour ses sympathies communistes. Son nom figure sur la liste noire de son pays, très surveillé par le service d'espionnage et la CIA américaine. Tout cela pour avoir simplement affiché ses idées de gauche. Nous étions alors à l'époque de la guerre froide et de la lutte anticommuniste déclenchée par les Américains. Plusieurs leaders noirs seront d'ailleurs assassinés. Néanmoins, Jacques-Stephen Alexis n'ignorant pas le danger qu'il courait, s'impliquait de plus en plus en se lançant dans les grands débats qui agitent dans son pays d'Haïti. 
En Haïti la situation politique s'agite. Après Lescot, une junte militaire l'ayant déstitué, viendra le temps du président Dumarsais Estimé, (élu le 6 décembre 1950), de Louis Déjoie, de Daniel Fignolé, Magloire,avant que ne prenne le pouvoir par la force, le plus sanguinaire des présidents haïtiens, le docteur François Duvalier, chef des milices et autres bandits ou truands assassins. 
Revanant à Paris, Alexis profite de son séjour pour nouer des contacts et fréquenter surtout les milieux littéraires.
Il commence la rédaction d'un grand roman qu'il publie en 1955 aux Editions Gallimard, sous le titre de "Comère Général Soleil". Salué comme l'avénèment littéraire de cette année-là.   
En 1956, il est invité de participer au Premier Congrès des écrivains noirs, à la Sorbonne. Il viendra faire un discours pour défendre la culture haïtienne. Mondialement connu et reconnu comme un grand écrivain, son livre est lu partout dans le monde et traduit. A sa sortie le roman "Compère Général Soleil" a connu un énorme succès immédiat, et la critique française le compare aux oeuvres de Miguel Angel Asturias, Alejo Carpentier et Aimé Césaire. L'écrivain français Marcel Arland propose le roman d'Alexis "Compère Général Soleil" pour le Prix Goncourt. On reconnait à Jacques-Stephen Alexis le grand talent littéraire d'un Grand romancier, et tout le monde dit qu'il a écrit là le plus beau, le plus grand, le plus intéressant des romans publiés jusque-là, et qu'il sera difficile à surpasser. Seul Jacques Roumain, cet autre grand écrivain haïtien avait auparavant écrit un très beau livre, ce roman contemporain "Gouverneur de la Rosée". Aragon encourage sa carrière littéraire. Jean-Paul Sartre, L.-S. Senghor, Aimé Césaire, Michel Leiris, sont parmi les intellectuels qu'il côtoie dans la mouvement de cette revue "Présence Africaine" du sénégalais Alioune Diop. Il fréquente aussi des écrivains latino-américains comme Pablo Neruda, Nicolas Guillèn ou le brésilien Jorge Amado. 
Après son premier roman, "Compère Général Soleil", en 1955, Jacques-Stephen Alexis a aussi publié d'autres romans, "Les arbres musiciens" (1957), "L'Espace d'un cillement" (1959), et un recueil des contes haïtiens "Romancero aux étoiles" (1960). 
La littérature s'est honoré de ce grand romancier qu'était Jacques-Stephen Alexis. Avec René Depestre, Gérard Bloncourt, et les autres, ils ont ouvert la voie à cette littérature haïtienne au monde. En 1959, il a de nouveau participé au XXXè Congrès à Moscou, invité par l'Union des Ecrivains Soviétiques. Il fait un détour par la Chine où on le fête, et où il se passionne pour le théâtre populaire.
A son retour en Haïti, force est de constater que la situation économico-politique ne cesse de se dégrader sous le régime de président-dictateur François Duvalier. 
 Le 22 septembre 1957, Duvalier est président et tient le pays après une élection fanchement frauduleuse puisqu'il avait réussi à mettre en place un appareil qui lui fera sortir gagnant dans les urnes. Farouchement opposé à sa politique, Jacques-Stephen Alexis n'a pas menagé des efforts pour le combattre. Le dictateur Duvalier fera tout pour l'éliminer. En 1959 déjà, il avait dit : Se redresser ou périr.
Le 2 Juin 1960, alors qu'il se trouvait à Pétionville, sous surveillance des Macoutes, il décide d'écrire au Président de la République pour dénoncer ses méthodes :   <Monsieur le Président,     Dans quelque pays civilisé qu'il me plairait de vivre, je crois pouvoir dire que je serais accueilli à bras ouverts ; ce n'est un secret pour personne. Mais mes morts dorment dans cette terre ; ce sol est rouge du sang de générations d'hommes qui portent mon nom ; je descends par deux fois, en lignée directe, de l'homme qui fonda cette patrie, aussi j'ai décidé de vivre ici et peut-être d'y mourir.Sur ma promotion de vingt deux médecins, dix-neuf vivent en terre étrangère. Moi, je reste, en dépit des offres qui m'ont été et me sont faites. Dans bien des pays bien plus agréables que celui-ci, dans bien des pays où je serais plus estimé et honoré que je ne le suis en Haïti, il me serait fait un pont d'or, si je consentais à y résider. Je reste néanmoins. Ce n'est certainement pas par une vaine forfanterie que ma lettre commence ainsi, Monsieur le Président, mais je tiens à savoir si je suis ou non indésirable dans mon pays. Je n'ai jamais, Dieu merci, prêté attention aux petits inconvénients de la vie en Haïti, -(certaines filatures trop ostensibles, maintes tracasseries, si ce n'est les dérisoires avanies qui sont le fait des nouveaux messiers de tous les pays sous-développés. Il est néanmoins naturel que je veuille être fixé sur l'essentiel. (...)>
Et signé par le Docteur Jacques S. Alexis ; 2, rue Aubran (route de Ste- Thérèse) Pétionville - Haïti.
Quittant son pays pour tous ces problèmes, J.-S. Alexis retourne en Europe. 
En avril 1961, revenant de Cuba, avec quelques-uns de ses camarades (ils sont quatre), ils se lancent dans une expédition clandestine vers Haïti, avec un seul but : renverser le régime dictatorial du président François Duvalier.
A leur débarquement dans un petit bateau, ils sont capturés, arrêtés par les soldats du dictateur "macoutiste", dans la région du Môle-Saint-Nicolas. Ses compagnons sont lâchement torturés et assassinés.
Jacques-Stephen Alexis est transporté à Fort-Dimanche et il subira une cruelle torture avant d'être tué par ses bourreaux. Il est assassiné.
Cet homme amoureux de la vie, des femmes, de ses enfants, de sa famille. Celui-là même qui chantait si bien poétiquement le soleil d'Haïti dans ses livres, est assassiné. 
Non, Jacques-Stephen Alexis n'est pas mort car il restera le soleil lumineux de toutes les beautés, de tout l'amour de la vie sur terre. Pour des siècles présents et à venir. Alors, peuple haïtien, chantez ce compère parti très tôt, à fleur de son âge le plus fécond ! Haïti-compas ! 

http://www.youtube.com/watch?v=nQakeDq9No4
http://www.youtube.com/watch?v=Hsf1t3R5eF8
http://www.youtube.com/watch?v=50EHdc4BsbM
http://www.youtube.com/watch?v=62yiSLd70JA
http://www.youtube.com/watch?v=3we6HTzMYx8
http://www.youtube.com/watch?v=fobxIKCKudY
http://www.youtube.com/watch?v=SLJimzUA8-w
http://www.youtube.com/watch?v=s1aOKpL3C0I
http://www.youtube.com/watch?v=Qwxj4uFDJxs
http://www.youtube.com/watch?v=_ssXoOxG8EY
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L
A la lecture de cet hommage, je ne peux m'empêcher de citer Nietzsche : <br /> < Ici j'étais assis, à attendre<br /> Attendre - mais à n'attendre rien,<br /> par delà le bien et le mal, à savourer <br /> tantôt la lumière, tantôt l'ombre,<br /> N'étant moi-même tout entier que jeu,<br /> Que lac, que midi, que temps sans but.<br /> Lorsque soudain, amie! un se fit deux<br /> -Et Zarathoustra passa auprès de moi...><br /> <br /> Telle fut mon île d'Haïti !
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M
Qui sont les nouveaux auteurs de ce pays ? Je reconnais la valeur de cet auteur que vous venez de nous présenter.
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S
L'adoption des enfants haïtiens tournent au scandale assimilé à l'esclavage. Quelques 2000 enfants de l'île quittent le pays pour la France, ou le Canada et d'autres pays européens. L'UNICEF dénonce certaines méthodes gouvernementales locales et étrangères qui profitent de la misère des familles haïtiennes pour prétendre adopter des jeunes enfants. Ce trafic légal officiel est scandaleux !Que font les ONG pour lutter contre cette forme d'esclavage moderne ?
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