Il avait de l'humour et faisait rire toute la France et le monde entier connaît ses chansons. Henri Salvador est né à Cayenne, en Guyanne. Ses parents sont d'origine guadeloupéenne. Il est mort un mercredi matin du 13 février 2008. Il allait avoir ses...91 ans, ce 17 juillet 2008. Mais il nous a quitté bien avant, tirant ses révérences du music- hall qu'il aimait tant. Plus de 3000 titres de chansons, d'inombrables albums, des succès et de moins bons, l'homme savait jouer de la scène et suivre son époque. Tant il a traversé plus d'époques et des modes. La joie de vivre pouvait qualifier sa vie. Il s'amusait et riait de la vie qui passe.
Mais l'homme cachait un drame : il était Noir. Jamais il ne le disait jusqu'à la sortie de son livre unique autobiographique, "Attention Ma Vie", paru aux Editions J.C.Lattès, Paris 1994, 314 pages.
Dans ce livre, à la page 47, au chapître <Un petit nègre dans Paris>, il avoue avoir souffert du racisme. A son arrivée à la gare Saint-Lazare, il raconte sa découverte de la capitale française, métropolitaine. Puis le regard des blancs : " Tu as vu ? Un petit nègre ! " lui désignait-on. "J'arrivais dans un pays aux cheveux gris, où, sinitre réalité, tout était sale et obscur.", écrivit-il dans son livre(p.48). " Un détail m'avertit que ma vie en France ne serait pas plus tout à fait ce qu'elle était en Guyane." (49). En Guyane la couleur de peau n'était pas si important visiblement, tout était mélangé. De cette remarque de ce gamin, pour être un futur con ordinaire, et qui semblait assez gentil, son regard panoramique dans la rue, lui a fait tout de suite comprendre : "Tous les gens sans exception, étaient blancs, j'étais le seul négrillon sur la place."(page 50). "Tu t'y habitueras, mon fils", lui rassura sa mère. " Elle n'avait pas tort, je m'y suis fait, mais avec beaucoup de difficultés. La France d'alors, sans connaître la cruauté criminelle du racisme américain, vivait néanmoins dans une ségrégation tacite, bien hypocrite, enrôbée dans les manières de la politesse latine. Les Noirs ne se faisaient pas tabasser par des KKK (Klu Klux Klan, une organisation raciste et criminelle aux Etats-unis), du quartier parisien, on ne les brûlait pas pour se réchauffer les soirs d'hiver, mais on leur refusait d'accéder à un statut social" (p.51). Henri Salvador de poursuivre : "Ils devaient se contenter de vivre et de baiser entre eux et quand on leur adressait la parole, c'était pour s'en moquer gentiment, comme on le fait devant les primates dont on est surpris qu'ils aient une gestuelle humaine. Le racisme à la française roulait donc plus volontiers dans les ' Y a bon Banania' que dans les agressions plus violentes et physiques. Il s'en tenait à des interpellations du style :
- Salut, négro !
- ça va, blanchette ?" (page 51).
Ses parents avaient loué un appartement au 81 de la rue Monge. Henri Salvador devra alors affronter les adversités qu'il prévoyait. Il va d'abord prendre conscience de son identité et surtout utiliser une arme assez rédoutable : l'humour ! Puis la musique. Ses succès ? Y en a tellement : Syracuse, Zorro est arrivé, Une chanson douce, Faut rigoler, Chagrin d'amour, Maladie d'amour, Ma Doudou, Dans mon île, A la Guadeloupe, Blues du dentiste, Le Temps des Cons, Twist S.N.C.F., Monsieur Boum Boum, Mon pote le blues, Juanita Banana, Le travail c'est la santé, Le lion est mort ce soir, etc...jusqu'au dernier succès de la fin de sa vie, "Jardin d'hiver", avec une très belle mélodie et sa voix qui n'a pas perdue de son charme même à 90 ans !!!
Il avait conquis tous les publics : des jeunes et des moins jeunes. Salut, Monsieur Henri !
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