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Peut-on parler du cinéma africain ? Ou des cinémas d’Afrique ? Puisque l’Afrique est multiple, parlons plutôt des cinémas africains. D’abord, faisons une rétrospective du cinéma de l’Afrique noire. Relativement de date récente, ce cinéma est encore jeune et aura encore et toujours besoin d’une certaine maturité et une évolution conséquente. L’Africain a toujours aimé l’image. Cette fascination s’est concrétisée avec l’arrivée de la cinématographie. Durant la colonisation on pouvait noter les projections publiques et en plein air, des films occidentaux par les missionnaires. Cette arrivée de l’image animée sera le premier contact du public africain avec cet art. Le cinéma, très bien accueilli, a dont toute sa place sur le continent africain. On peut le constater aussi avec la place qu’occupe cet autre instrument audiovisuel qu’est la télévision. À travers celle-ci le public africain veut se reconnaître, à défaut ou en plus de rêver. Le cinéma africain doit refléter les cultures d’Afrique. Ce cinéma-là qui doit servir à exprimer l’Afrique.
Partons un peu à la découverte de ce cinéma d’hier en Afrique francophone. Dans cette contrée linguistique, c’est un cinéaste sénégalais Sembene OUSMANE qui s’est lancé, dès 1962, dans le tournage d’un petit film d’essai, « BAROM SARRET ». Et, c’est le début d’un cinéma de fiction en Afrique noire. Auparavant les cinéastes africains ne tournaient que des films documentaires. Le reportage sur la vie des Africains à Paris donnera des films comme « Afrique sur Seine », de Mamadou SAAR, en 1955. Malgré les maigres moyens financiers et matériels, saluons le courage du cinéaste sénégalais, Sembene OUSMANE, qui après quelques balbutiements n’a pas été gagné par le découragement. Sa filmographie témoigne de son audace et de sa passion pour le septième art en Afrique. L’engagement de Sembene OUSMANE pour un cinéma authentiquement africain a permis l’éclosion d’un nouveau cinéma d’Afrique moderne, qui veut aussi être un cinéma de mémoire. Après s’être essayé dans l’écriture, le romancier Sembene OUSMANE (l’auteur d’une dizaine des romans), s’est résolument tourné vers l’image. Malgré les succès de ses livres. Pourtant c’est plutôt dans le cinéma que le réalisateur sénégalais connaîtra son plein épanouissement et un grand écho du public cinéphile africain.
Dès son premier court-métrage « BAROM SARET » (Le Bonhomme Charrette) en 1962, Sembene OUSMANE veut être cet observateur de la société sénégalaise. Ensuite, le film « NIAYE », (un court-métrage), sorti un an après, c’est-à-dire, en 1963. Son premier long métrage « La Noire de … » recevra le Prix Jean Vigo 1966. Tous les films qui suivront recevront des Prix : « Mandabi » (Prix spécial du jury à Venise en 1968) ; « EMITAI » (médaille d’argent Moscou 1971) ; « Xala » (Prix spécial du jury 1976) ; « CEDDO » (présenté au Festival de Canne en 1977) ; « Camp de Thiaroye » (Prix spécial du jury en Italie, Venise 1968) ; en 1992, il tourne « GUELWAAR », qui recevra un Prix à Venise, en 1993 ; et enfin, « MOOLAADE », son dernier film tourné en 2003, reçoit le Prix Un Certain Regard du Festival de Cannes 2004.
Sembene OUSMANE est né en 1923, à Ziguinchor, Sénégal. Il nous a quitté le 9 juin 2007. Son dernier film « MOOLAADE » est un plaidoyer contre l’excision des femmes en Afrique, plus singulièrement au Sénégal. Sembene OUSMANE restera l’un des meilleurs cinéastes de l’Afrique noire francophone, et un grand réalisateur, le plus intéressant de l’histoire du cinéma du continent noir. Nous lui avons consacré un article d’hommage lors de sa disparition.
Toujours au Sénégal, la réalisatrice Safi Faye nous a offert un beau portrait des paysans dans un village sénégalais. Son film « Lettre paysanne » (ou KADDU BEYKAT) aborde dès 1975, le problème majeur des économies du tiers monde soumises aux aléas d’une monoculture (produire plus pour acheter la même quantité de produits importés !). Comme ce cas de l’arachide produit au Sénégal. La réalisatrice Safi Faye profite dans ce film « KADDU BEYKAT » de nous montrer cette vraie Afrique dont on parle peu : la vie dans un village sérère : SALOUM FADIEL. On y voit la vie simple des villageois, leur réunion sous l’arbre à palabres, les discussions sur la sorcellerie qui sévit dans la société paysanne, les mariages traditionnelles, etc.
Autre Sénégalais intéressant : DJIBRIL DIOP MAMBETY. Il fut le premier à nous donner un film-citadin sur la jeunesse dakaroise, « TOUKI BAKI » en 1973. Il avait tourné auparavant « BADOU BOY », sur le même thème, en 1970. Le Sénégal nous a révélée d’autres cinéastes et d’autres films importants. Mais l’événement du septième art africain viendra de Ouagadougou, au Burkina Faso. En 1969, création d’un Festival Panafricain du cinéma de Ouagadougou, FESPACO. Grâce au Président Thomas Sankara, le cinéma africain aura au moins une vitrine internationale, avec ce rendez-vous presque bi-annuel. Le cinéma du continent, malgré ses maigres moyens peut enfin sortir du ghetto.
Le cinéma de l’Afrique francophone reste liée à la production cinématographique française. Sans l’aide de la France (Ministères des Affaires étrangères et culturels, CNC, ACCP, etc), certains films africains ne verraient même pas le jour. Il faut bien le reconnaître. Mais, hélas, en contrepartie, ces films soutenus par la France sont incapables de s’affranchir de cette tutelle, de peur de disparaître complètement. Résultat de cette dépendance, ces films sont très conventionnels. S’autocensurant sans cesse, le cinéma de l’Afrique francophone reste un cinéma de clichés et de bas-étages. Ils intéressent moins puisque la jeunesse africaine ne se reconnaît pas parfois par ces images-là. Peut-être qu’un jour ce cinéma-là osera briser ce mur de la censure imposée par les producteurs français. En s’autocensurant, les cinéastes africains creusent lentement la tombe du cinéma africain qui veut être en phase avec son époque.
Il faut reconnaître aussi que certains films tournés par des cinéastes français ‘africanophiles’, ou, ‘africanistes’, sont parfois bien meilleurs que les cinéastes africains eux-mêmes. Il a fallu des gens comme Jean Rouch pour nous faire voir cette réalité africaine que désormais les cinéastes africains, enfin, se mettent à réaliser.
Voyons un peu ces films de l’ethnologue-cinéaste Jean Rouch, (après son premier film « Petit à Petit »), il a réalisé le film « Cocorico ! Monsieur Poulet »). On y trouve de tout. Tourné au Niger, en 1974, ce long-métrage raconte les aventures d’un marchand ambulant de poulets, au volant de sa Deux-chevaux (2 CV) avec cet enseigne : « Cocorico ! Monsieur Poulet » ! Celui-ci quitte la ville de Niamey, la capitale, pour s’enfoncer dans la brousse, direction les villages nigériens, à la recherche de sa marchandise. En compagnie de trois amis, ils traversent les pistes poussiéreuses de la brousse africaine, et vont rencontrer une diablesse. Et c’est là, le début des aventures picaresques, et le film nous entraîne dans l’imaginaire et le réalisme. Nos trois compères trouveront bien leurs poulets mais revenir à Niamey pose problème : une épidémie ravage les poulaillers, aucune autre volaille ne peut être introduite. Alors, commence la contrebande illégale !.. Un film simple mais très bien inspiré.
Quittons un peu le Niger, pour regarder ce qui se fait au Pays des Hommes Intègres, le Burkina Faso. Dans ce pays, un réalisateur a dominé le cinéma, c’est IDRISSA OUEDRAOGO. Un réalisateur de talent qui nous a donné des films aussi intéressants comme « YAM DAABO » 1986, « YAABA » 1989, « TILAI » 1990, « SAMBA TRAORE » 1992, ou encore, « AFRIQUE, MON AFRIQUE ! » 1994 , et « KINI et ADAMS » 1997. D’autres films suivront, mais plutôt des courts-métrages et des documentaires. Idrissa Ouedraogo est né à BANFORA, Burkina Faso, le 21 janvier 1954. Ses films racontent souvent les problèmes de cette société villageoise africaine. Le film « YAABA » raconte la vie d’un enfant dans un petit village mossi et son amitié avec une vielle femme accusée à tort de sorcellerie par les villageois. Un très beau film, primé à Cannes et au FESPACO.
Le film, très remarquable, reste « SAMBA TRAORE ». C’est l’histoire de Samba qui, après avoir participé à un hold-up d’une station-service en ville, retourne dans son village, où il épouse Saratou, et devient père d’un beau bébé. Il ouvre le bar dont il rêvait depuis longtemps, aide tout le monde, sa famille, des amis, mais à la fin, recherché par la police, son passé va le rattraper. C’est un des meilleurs films africains à voir et revoir ! Dommage que ces films furent péjorativement qualifiés de « cinéma-village ». Ce qui n’enlève en rien la qualité artistique des films d’Idrissa Ouedraogo, ni sa part d’un gardien de la tradition africaine par l’image, ni son sens d’observation et d’analyse de la société africaine. D’ailleurs, son pays, le Burkina Faso, est l’un des grands pays du cinéma en Afrique francophone. Plusieurs films y sont réalisés et produits. Il existe au Burkina Faso une réelle politique par l’encouragement du cinéma africain en général. Profitons pour saluer le réalisateur burkinabé, Guy Désiré Yaméogo, pour son dernier film « L’homme qui n’arrivait pas à mourir » sorti en 2007.
Dans cette partie d’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso n’est pas le seul dans la production cinématographique. La Côte d’Ivoire, pays voisin, est aussi un pays qui s’intéresse au cinéma. Même si aujourd’hui, la tendance est au théâtre, comme un peu partout en Afrique. D’ailleurs, ce pays nous a donné des très bons cinéastes, à l’instar de Désiré Ecaré (Visages des femmes), ou Roger Gnoan M’Bala (ABLAKON, A nom du Christ), mais aussi et surtout, du plus grand, sinon de meilleur de ce pays, le grand réalisateur et génial, Henri DUPARC. Né en 1942, en Guinée-Conakry, il est aussi cinéaste ivoirien de cœur. Son premier long-métrage date des années 70, « ABUSUAN » (1971) et « HERBES SAUVAGE » 1977. Par la suite, il avait fondé sa propre maison de production de films : ‘ FOCALE 13’.
Il faudrait attendre jusqu’en 1983 pour que le grand public découvre le réalisateur Henri Duparc, avec son célèbre film « Bal Poussière ». Un excellent film qui a été bien accueilli et apprécié, primé un peu partout. C’est l’histoire d’un polygame qui a cinq femmes et en épouse une sixième plus jeune. Le ton du film, son humour, ont été les recettes de cet excellent film. Pour la première fois, l’histoire de la dénonciation de la polygamie en Afrique était montré sous forme d’un humour grinçant. Une satire populaire dont les spectateurs africains se sont reconnus. On avait jamais vu un tel film de cette qualité là dans le cinéma africain. Les acteurs sont formidablement bien dirigés par le metteur en scène Henri Duparc. Il a brisé les tabous et a montré certains travers de la société traditionnelle africaine.
Ce film est aussi un tournant de sa carrière. Tous ses films suivant auront cette empreinte d’humour : « Le sixième doigt », « Rue Princesse », « Couleur Café » et le dernier film, « Caramel », tous ont gardé le même ton et la même verve teintée d’humour hilarant. Des beaux sujets très bien inspirés. Tous ont été récompensés à juste titre lors des Festivals. A sa disparition, en 2006, nous lui avons aussi rendu un hommage, pour l’ensemble de sa carrière et surtout pour ses oeuvres, très utiles pour le cinéma d’avenir en Afrique.
On peut dire, qu’actuellement, les cinéastes africains se battent afin que survive le cinéma du continent. Sa reconnaissance dépend de sa visibilité. Or dans certains Festivals, les films africains sont cruellement absents. Le FESPACO, dans ce sens, est donc très utile, et restera encore pour longtemps la vraie vitrine du cinéma du continent noir.
Certains réalisateurs se soucient aussi du cinéma du Sud. A l’exemple du Franco-Algérien Rachid Bouchareb, (le réalisateur du film ‘Indigènes’), et qui avait auparavant tourné « Little Senegal ». Un superbe film qui raconte l’histoire d’un personnage, Alioune, un guide à la Maison des Esclaves de l’île de Goré, passionné par l’Histoire de son peuple, qui décide de partir en Amérique, à New-York, à la recherche des descendants de ses ancêtres, déportés comme esclaves, il y a deux siècles. D’autres réalisateurs se sont penchés aussi au passé de l’histoire africaine. Mais c’est l’Algérie qui les intéresse, à cause de l’histoire coloniale et surtout la guerre d’Algérie. Les Anciens d’Algérie y consacrent livres et films pour en parler.
Durant des années, un homme se bat aussi pour donner plus d’échos aux cinémas d’Afrique, singulièrement aussi, du cinéma d’Afrique du Nord. Il s’appelle Ferid Boughedir, et il est Tunisien. Ferid Boughedir est lui-même cinéaste, réalisateur de nombreux films. Né à Hamma Lif, en Tunisie, Ferid Boughedir est aussi un excellent critique de cinéma. Son film le plus célèbre reste « Halfaouine, l’enfant des terrasses », primés dans des Festivals dans le monde entier. Même certains n’ont vu ce film que pour son dépaysement. Ferid Boughedir, lui, défend tout simplement le cinéma : < Il est très facile de réaliser des films exotiques destinés à l’Occident, mais pour nous, le véritable test consiste à savoir si notre public local se reconnaîtra dans un film.>, dit-il. Cette observation est tout aussi valable pour le cinéma d’Afrique noire que celui de l’Afrique du Nord. Mais qu’est donc devenu le complexe moderne de Gamarth, près de Tunis ? La Tunisie peut pourtant s’enorgueillir d’organiser le Festival de Films de Carthage, qui attire tous les cinémas d’Afrique.
Au Nord du continent africain, culturellement arabisant, on préfère parfois se focaliser de montrer le monde musulman. La tendance actuelle, ce sont des films américains et français. Télévisions satellitaires obligent. Quelques auteurs essayent pourtant de sortir d’un cinéma calqué ‘arabe’, ou trop ‘occidentalisé’.
Ceux des jeunes de la génération d’après les indépendances mettent l’accent sur leurs conditions sociales en France et leur culture de métissage. C’est parfois un cinéma bâtard, sans étiquette, impossible de classer dans une telle ou telle catégorie, ou un registre quelconque. Le cinéma du Maghreb y gagnerait surtout s’il montrait son originalité dans la réalité socio-économique dans les pays du Nord de l’Afrique. Pas du folklore ni de l’exotisme voyeur, (du genre danseuse du ventre nu, ou thé à la menthe). Encore une fois, c’est en Algérie que l’on retrouve cet attachement culturel. De toutes les façons, le cinéma maghrebin tire sa source de son passé, certes, mais aussi de cette histoire tumultueuse entre la France et les pays Nord-Africains. Des films comme « Chronique des Années des Braise », de Lakhdar Hamina, ou, « La Rose des Sables », de Rachid Benhadj, sont tout à fait remarquables. La guerre coloniale en Algérie continue d’alimenter le cinéma algérien. Les cinéastes algériens (qu’ils soient un ancien colonial, ou les pieds-noirs), n’hésitent plus de nous montrer ce passé obscur de cette sale guerre d’Algérie d’avant l’indépendance.
On peut observer aussi, qu’en Tunisie, cette période coloniale n’a pas totalement disparue dans la mémoire collective des Tunisiens. « Au pays de Tarani » de Ferid Boughedir, « L’Aube et les Fellagas », « Le Rebelle », de Omar Khlifi, « Soleil des Hyènes », de Ridha Behi, ou encore, « Sejnane », d’Abdelatif Ben Ammar, qui en sont même des illustrations de ces films axés sur l’Histoire.
A noter que le pays des Pharaons a toujours été un Grand pays au nord du continent africain.
Le cas du cinéma égyptien est très intéressant. Ce pays a donné des très bons films, produits des bonnes musiques, qui ont tous connus un rayonnement dans les pays arabes au Proche et Moyen-Orient. Plusieurs cinéastes et acteurs sont venus se former aux studios de films en Egypte. La grande chanteuse Oum Kalsoum, ou la célèbre actrice et danseuse Samia Gamal, (qu’on a admiré dans le film français de Jacques Becker « Ali Baba et les 40 voleurs », avec dans le rôle principal le souriant Fernandel), sont toutes les deux venues de cette Egypte culturelle. La culture égyptienne a d’ailleurs toujours influencé les pays du Maghreb, (Maroc, Algérie et Tunisie). Dans ces pays Nord-Africains, on écoute encore souvent de la musique arabe égyptienne, et on regarde des films d’amour égyptiens. Des nonms des acteurs de jadis, comme Farid al-Atrache, Muhammad Abd-al-Wahhab, Layla Murad, Omar Sharif, Souad Hosni ou encore Ismaïl Yasni, restent encore dans les mémoires. Tout comme les films des réalisateurs égyptiens, Mohamed Khan, Yousri Nasrallah, et surtout Youssef Chahine. Ce dernier a été longtemps le préféré avec ses films qui sont des belles peinture de la société et de la culture arabe. Les films égyptiens continent à être appréciés au même titre que d’autres films comme « Dunia » de la réalisatrice libanaise Jocelyne Saab, un film plein de poésie, de danse orientale mais aussi avec des thèmes aussi durs et prenants. Les films égypto-libanais ont nourris la culture maghrebine sur plusieurs aspects. Nous avons pu le vérifier sur place dans ces trois pays du Maghreb.
Quittons le Maghreb pour descendre au sud du Sahara. Juste tout près, au Mali. Là-bas, le pays fait aussi son cinéma, mais d’un autre genre. L’un des réalisateurs prestigieux reste Souleymane Cissé. Il avait reçu le Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes en 1987, pour son film « Yeelen » (La lumière). Un des rares et premier cinéaste Africain à être primé pour la première fois dans ce genre d’important festival en France. Souleymane Cissé est né en 1940. à Bamako, au Mali. Il est l’auteur d’une dizaine de films, dont les plus importants sont :
Den Muso (1975) ; Baara (1978) ; Finye (1982) ; Yeelen (1987) ; Waati (1995).
Deux films sont à distingués :
« YEELEN », (La Lumière), raconte le chemin initiatique que prend un enfant africain pour devenir adulte. Le film avait séduit les jurés qui y ont trouvé des rares qualités cinématographiques pour un film africain.
« BAARA », c’est l’histoire de Balla Diarra, qui gagne sa vie comme porteur ; et de Balla Traoré, un jeune ingénieur pour lequel il a transporté des colis, et le fait embaucher dans l’usine où il travaille. La place est stable mais les conditions de travail sont extrêmement dures. Le PDG de l’usine se moque de ses employés. L’ingénieur, révolté par l’attitude de son patron, décide d’organiser une réunion avec les ouvriers pour faire valoir leurs droits.
Mais le PDG le fait aussitôt enlever puis assassiner.
Le film « Baara » a remporté le Tanit d’Argent au Festival de Carthage en Tunisie, et le Grand Prix ‘ETALON DE YENNENGA’ du Festival Panafricain de Cinéma de Ouagadougou, en 1979.
D’autres films suivront, témoignant le talent de ce réalisateur Malien. En 1995, il avait tourné le film « Waati » (Le Temps), qui retrace l’histoire d’une fillette noire en Afrique du Sud, du temps de l’apartheid qui sévissait dans ce pays.
Depuis 1997, Souleymane Cissé préside l’UCECAO (Union des Créateurs et Entrepreneurs du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest).
En 2007, Souleymane Cissé a reçu le Prix Henri-Langlois de Vincennes, pour sa carrière.
Tout près du Mali, c’est la Mauritanie. Là-bas, le réalisateur Franco-Mauritanien, Abderrahamane Sissako, nous dévoile son cinéma. Il a réalisé le film-documentaire sur l’Angola, « ROSTOV-LUANDA », sur un ancien guérillero de la guerre de libération angolaise, qu’il avait rencontré seize ans plus tôt à Moscou (Russie). Un film-reportage sur le souvenir de cet Angolais de retour dans son pays natal.
Le réalisateur malien est aussi l’auteur des films « Heremakono » (En attendant le bonheur), film tiré d’un livre de Maryse Condé ; et surtout, Abderrahamane Sissako est le cinéaste du film « BAMAKO », qui a reçu le Grand Prix du Public des Rencontres du Cinéma ParisCinéma. Ce film, « Bamako » est en fait, un procès sur la Mondialisation et ses conséquences en Afrique. Un de ses meilleurs films engagés. Une fiction très réaliste.
Après l’Afrique de l’Ouest, voyons ce qui se passe au Tchad. Un petit halte nous fait rencontrer le réalisateur tchadien le plus en vue, Mahamat-Saleh Haroun. Deux de ses films connus sont : « Abouna » et « Bye Bye Africa ».
Son long métrage “ BYE BYE AFRICA” , relate l’histoire d’un homme qui retourne dans son pays, le Tchad, à la suite du décès de sa mère. Une réflexion sur les préjugés, des illusions perdues et des rêves brisés.
Il existe aussi d’autres réalisateurs Tchadiens, comme Issa Serge Coelo (Tartina City), Mahamat-Salet Haroun (Daratt), ou encore Edouard Sailly, Oumar Idriss, Zara Yacoub, Haïkal Zakaria, Bénélim Djimadoumbaye, etc…
A l’Est du continent, l’Ethiopie dont le cinéma est aussi enbryionnaire. On peut citer ce réalisateur éthiopien, Haïlé Gerima, et son film tout récent, «TEZA », et qui ont si bien représentés l’Afrique cette année, à la Mostra 2008 de Venise, en Italie.
L’Afrique centrale n’est pas en reste dans ce domaine du septième art. L’année 2009, sera célébré au Bénin une grande fête du cinéma. Le Bénin organise sa 7è édition du Festival international du Film à Ouidah. Du 6 au 11 juin, la ville accueillira ce Grand Festival international du film sur le continent. Un rendez-vous à ne pas manquer pour les cinéphiles.
Au Cameroun, l’éveil du cinéma date surtout des années soixante-dix. Un cinéma fait par et pour les Camerounais, comme le dirait Rigobert Tanwa Estu. Le Festival de Cinéma de Yaoundé en juin 2008, initié par Bassek Ba Kobhio, a permis au public de redécouvrir les films camerounais.
Le film « Confidences », réalisé par Cyrille Masso, avait étonné les cinéphiles du pays, par la qualité artistique du film. Un exemple encourageant pour ce cinéma camerounais. Le pays peut s’en enorgueillir d’avoir des cinéastes plein de talents : Dikongué Pipa, (Muna moto) ; Jude Ntsimenkou, (Une vie brisée) ; Jean-Pierre Bekolo, (Quartier Mozart) et (Les Saignantes) ; Daniel Kamwa ; Jean-Marie Teno, (Bikoutsi Water Blues) ; Urbain Dia Takam, (L’appât du gain) ; Jean-Claude Tchuilen, (Suicides) ; Arthur Si Bita, (Les Coopérants) ; Osvalde Lewat, (Une affaire des Nègres) ; et tant d’autres encore…
Ici aussi le développement des scènes théâtrales prend des proportions heureuses pour les amateurs de cet art de plus en plus filmé et vendu en forme des DVD. Les Kinois en raffolent.
Oui, en République Démocratique du Congo, tout le monde connaisse les acteurs des pièces de théâtre, qui sont devenus des « vedettes », au même titre que les acteurs de films ou des artistes-musiciens reconnus. Pourtant, le cinéma a pris un bon départ. Il suffit de se rappeler du film de Ngangura Mwenze, « La vie est belle », avec toute une pléiade de vedettes-musiciens. En tête d’affiche, l’acteur principal de ce film fut l’idole des jeunes de cette époque de la sortie de ce film en septembre 1987, le chanteur ‘Papa Wemba’ ! Il était entouré par Pépé Kallé, Emoro, le groupe Empire Bakuba, etc… Le film a connu un grand succès à Kinshasa et auprès de la ‘diaspora zaïroise’ de l’époque, en Belgique et en France.
« La vie est belle » fut présenté au 4è Festival International du Film Francophone à Namur, en Belgique.
La République Démocratique du Congo est une véritable pépinière d’acteurs aux talents multiples. Comme sa musique, très appréciée à l’étranger, tant en Afrique qu’ailleurs, ce pays a la chance de disposer d’un public des cinéphiles. La ville de Kinshasa, la capitale, est un bouillonnement culturel, très imaginatif. Les Congolais adorent le cinéma et la musique. Leur musique, surtout. Et dans le domaine du septième art, ce ne sont pas des créateurs qui manquent. Il existe des réalisateurs très débrouillards et talentueux . Les Balufu Bakupa Kanyinda, Monique Phoba ou Zeka Laplaine, ils sont tous là pour témoigner de la vivacité culturelle du pays dans le domaine du cinéma. Si l’on ajoute un grand cinéaste haïtien, Raoul Peck (qui a grandi à Kinshasa, parle le lingala et connaît très bien la culture congolaise), on peut dire que le Congo n’a pas à envier les autres pays avancés dans ce domaine. Il y manque juste les moyens matériels et financiers. Signalons que le film « Lumumba » de Raoul Peck existe en DVD et continue à remplir la filmothèque des cinéphiles.
Deux pays d’Afrique australe sont aussi à considérer : il s’agit de l’Angola et de l’Afrique du Sud. En ce qui concerne l’Angola, le pays n’est qu’à ses débuts après des années de troubles qui ont freiné l’éveil cinématographique du pays. Aujourd’hui, l’Etat encourage les artistes et le cinéma angolais. La télévision d’Etat, TPA (Télévisao Publica de Angola), finance certains films des cinéastes angolais. On peut aisément citer en exemple, cet excellent film totalement angolais, et entièrement tourné par des acteurs de ce pays : « Assaltos em Luanda ». Un grand film qui parle de la jeunesse Luandaise, la vie dans la capitale, les deux protagonistes qui se débrouillent comme ils peuvent,commettent quelques bêtises, gaspillent de l’argent, rencontrent des jolies filles dans les boîtes de nuit, ou dancing de Luanda-by-night ! Tout cela tourné magnifiquement et d’une rare qualité technique.
Et comme la plupart des réalisateurs angolais ont eu leur formation à l’étranger, notamment au Portugal, en France, mais surtout au Brésil, c’est bien ce dernier pays qui encourage et parraine les films de ce pays. La télévision inonde les téléspectateurs des téléfilms et séries brésiliennes (Telenovelas). Le ministère de la culture encourage la télévision de montrer des films angolais ou des séries angolaises. Le pays reste aussi très ouvert aux autres œuvres cinématographiques. Parmi les réalisateurs, on peut citer Maria Joao Ganga et son film « Na Cidade Vazia » ; Zézé Gamboa, « Un Héros » ; Sarah Maldoror, « Sambizanga », un film tiré de la nouvelle du grand écrivain angolais Luandino Vieira ; Dom Pedro, pour son excellent film « PACO », sur la situation de guerre en Angola. Tourné au Burkina Faso, qui a activement participé à la concrétisation du film du cinéaste angolais, Dom Pedro ; et enfin, Ruy Duarte de Carvalho, pour son film « Le Messager des îles », pour ne citer que ces quelques films angolais très importants. Il y a eu plusieurs films ces dernières années, dont nous reviendrons dans un autre article spécial sur le CINEMA EN ANGOLA. Nous verrons aussi ce qui se produit dans les pays lusophones comme la Guinée-Bissao, le Cap-Vert, le Mozambique ou le Sao-Tomé et Principe. On oubliera pas un clin d’œil sur le Brésil.
Le pays d’Angola est encore jeune dans le domaine du cinéma mais progresse à pas de géants. On peut le dire sans crainte, l’Angola est un pays prometteur pour le cinéma du continent.
Pour conclure, disons que ce panorama a permis de voir ce qui se passe dans les pays francophones. Un constat, le cinéma progresse. Les gouvernements africains devront s’y impliquer davantage pour aider le cinéma africain de rayonner au même titre que le cinéma indien, par exemple. Un pays comme l’Afrique du Sud nous a étonné par les réalisations qui se font là-bas. C’est en Afrique anglophone que peut partir ce sursaut du cinéma du continent.
L’Afrique du Sud, le Nigeria, le Ghana, la Tanzanie, l’Ouganda ou le Kenya, sont des véritables pépinières du cinéma. Les pays d’Afrique anglophone se différencient des pays francophones par l’approche qu’ils ont du cinéma. Calqués sur le modèle anglo-saxons, ces pays font un cinéma-à-grand spectacle. Ils y mettent les moyens financiers. L’Afrique du Sud ne cache pas ses ambitions de faire du cinéma commercial. Quitte à faire minimiser la qualité artistique. D’inspiration américaine, les films sud-africains vont dans le sens de la violence des images. Cela choque la sensibilité africaine certainement, mais ils ont le mérite de pénétrer les pays comme les Etats-Unis, le Canada, l’Australie ou la Nouvelle-Zelande.
Certains de leurs films seront mal compris dans le reste de l’Afrique francophone. Pour terminer, disons que le cinéma africain doit être exportable et exploitable. Pour ce faire, les cinéastes africains et les gouvernement des pays africains doivent investir et prendre des risques financièrement. Ils n’ont pas le choix. La seule façon de faire exister ce cinéma.
Prochain article : PERSPECTIVES POUR UN REEL CINEMA EN AFRIQUE.