Blog sur l'actualité des Antilles et du monde.
J'avais beaucoup aimé son roman " Verre Cassé"(Editions du Seuil, 2005), et j'attendai avec beaucoup de réserves le prochain roman de cet écrivain franco-congolais. Autant le dire tout de suite, " Mémoires de porc-épic", Prix Renaudot 2006, ne m'avait pas du tout convaincu. C'est dire que je me réservai de lire son nouveau roman
" Black Bazar", en prenant mes gants. Alain Mabanckou est un écrivain, mieux, un excellent romancier. Je dirai même un bon conteur africain. Il a l'art de capter ses lecteurs. Ce qui montre bien qu'il est un Grand écrivain.
Il sait raconté des belles histoires, des beaux fables. Le tout avec un humour dont il a le secret. Je le connais personnellement et nous avons eu l'occasion d'échanger quelques mots dans les salons littéraires. Je garde encore le souvenir de quelques photos que nous avons partagés ensemble. J'ai une admiration pour lui.
Je connais aussi son pays, le Congo-Brazzaville, que j'ai aimé lors de mon séjour là-bas.
Dans " Verre Cassé", il m'a semblé retrouver l'ambiance congolaise, un pays que j'aime bien, la saveur de la langue lingala, l'odeur obsédante du pays, et des femmes de là-bas, des histoires inoubliables de ce Congo-Brazzaville. Je garde encore des amis Congolais, et une partie de ma famille qui y vive.
Alain Mabanckou est né à Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville, le 24 février 1966. Il a passé toute son enfance dans cette ville natale et côtière, grand port important et capitale économique du pays. Là où il va commencer ses études primaires et secondaires, jusqu'à l'obtention de son baccalauréat en philosophie et Lettres classiques. Ensuite, c'est dans la capitale Brazzaville qu'il poursuivra ses études universitaires et obtenir son diplôme en Droit.
Arrivé en France, il s'inscrit à l'Université de Paris-Dauphine IX, où il va décrocher un DEA en droit des affaires.
Il travaille un temps à " La Lyonnaise des Eaux" (aujourd'hui, la Suez).
Amoureux de la littérature, passionné de lecture, il découvre sa vocation d'écrivain en publiant son premier roman aux Editions Présence Africaine, " Bleu, Blanc, Rouge" (1998). Et qui marque son attachement dans son pays d'adoption, la France. Naturalisé Français, Alain Mabanckou tente une nouvelle aventure en allant enseigner la littérature francophone aux Etats-Unis. Mais l'écriture reste une passion pour lui. Viendront d'autres romans : " Et Dieu seul sait comment je dors" (2001), chez les mêmes Editeurs Présence Africaine. " Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix " aux Editions Serpent à Plumes. Et enfin, " Verre cassé" paraît aux Editions du Seuil, en 2005. Un très bon roman qui reçoit des Prix Littéraires. L'année suivante, son succès est couronné avec la parution du Prix Renaudot 2006, pour son roman " Mémoires de porc-épic" (Ed. du Seuil).
Il faudra attendra le début de l'année 2009 pour retrouver un nouveau grand roman d'Alain Mabanckou, "Black Bazar". Un passionnant livre qui a la même veine que "Verre cassé". Mais cette fois l'auteur garde l'humour qui a fait son succès. Un roman à la verve étourdissante, endiablée, et très mûr. Derrière l'humour, Alain Mabanckou distille ses refléxions sur ce monde contemporain, et surtout il jette un regard sans complaisance sur cette société parisienne, sur le milieu de la communauté noire de Paris. Un regard corrosif, sans concession, loin des convenances. Ce qui réhausse l'auteur pour son attachement des valeurs morales africaines.
Alors, qui se cache derrière le personnage de son roman "Black Bazar", et qu'il a surnommé " Le Fessologue" ?
Lui-même ? En tout cas, la trame sent l'autobiographie de l'auteur lui-même.
Le "Fessogue" se croit beau mais cela n'empêche pas que sa compagne le quitte pour un laid, petit, limite analphabète, et de surcroit, joueur de tam-tam africain à Paris. Sa compagne, " Couleur d'origine", qui n'a pas resisté au charme 'sauvage' authentiquement noir africain... Loin de ces "intellectuels négro-africain et mal blanchi". La jalousie du Fessologue se décharge en quelques pages du roman... A lire, avec déléctation !
Lui qui se voyait le plus beau du specimen, grand, toujours bien habillé à la mode, mais jeté comme un mal-propre par une femme noire née en France, à la recherche des sensations sauvages de ses origines africaines.
"Black Bazar" est un de ces romans qui marquera cette littérature africaine, avec Alain Mabanckou, un grand écrivain, et l'un des meilleurs voix de cette nouvelle lettre francophone venue de l'Afrique sud-saharienne.