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Nous vous proposons trois livres divers pour vous détendre. Le premier, est un roman qui évoque le passé angolais et la mort étrange et suspecte du premier président de ce pays, à peine sorti de l'indépendance. Il s'intitule " L'amour humain" (Editions de Seuil, petite collection de poche-Points, 2007). Le deuxième, c'est aussi un roman dont la trame qui se déroule à Paris. Le troisième, c'est un essai de deux auteurs Français, Alain Dugrand et Frédéric Laurent. Les deux auteurs se sont penchés sur le passé allemand sous le nazisme, et d'évoquer la vie de "Willy Münzenberg, artiste en révolution (1889-1940)", un livre paru aux Editions Fayard en 2008.
C'est un gros bouquin de 633 pages !
Commençons par le premier, " L'amour humain ", du Russe André Makine, un roman qui parle de l'Angola. L'auteur a voulu nous conter la vie d'un combattant angolais, de l'armée du MPLA, capturé par les rebelles de l'UNITA, en compagnie de deux instructeurs soviétiques, tous les trois prisonniers et enfermés dans une case du village du Nord de l'Angola. Du fond de la case où ils sont retenus prisonniers, les deux Russes assistent au viol d'une femme qui cache une poignée de diamants dans sa bouche. Derrière eux, à demi-mort, gît un révolutionnaire angolais...
L'histoire commence donc en 1979, avec des flash-back. L'Angola vit là sa guerre la plus meurtrière, commencée depuis le mois d'août 1975, à la veille de l'indépendance du pays (obtenue le 11 novembre de la même année). Les trois mouvements indépendantistes se disputent le pouvoir. En fait, selon les accords d'Alvor, signés au Portugal, par l'ancien colonisateur portugais, entre le MPLA, le FNLA et l'UNITA, et devraient former un Gouvernement de transition tout en se partageant le pouvoir. Hélas, une mésentente les a confrontée jusqu'à reprendre des armes pour une guerre civile entre les trois mouvements nationalistes. Le départ précipité des anciens colons a été l'élément déclencheur de la guerre en Angola. Le jour de l'indépendance, le 11 novembre 1975, c'est Agostinho Neto qui deviet Président de la République Populaire de l'Angola, et le MPLA victorieux s'installe dans la capitale, et proclame unilatéralement la fin de la colonisation en Angola. Les deux autres rivaux, UNITA et FNLA, sont chassés de la capitale. Le FNLA s'exile au Congo-Kinshasa, tandis que l'UNITA entre dans la guérilla en se campant dans la brousse en provinces. La guerre civile fera rage entre l'armée du nouveau gouvernement du MPLA et l'opposition incarnée par les éléments armés de l'UNITA de Jonas Savimbi. Le MPLA devra se battre pour garder le pouvoir dans la capitale et mener la lutte contre les militants de l'UNITA, en opposition, soutenu par l'Afrique du Sud et l'Occident. L'Union Soviétique et le Cuba deviennent des alliés stratégiques de leur ami communiste, le MPLA. Le pays est en guerre totale. Le peuple angolais, victime, souffre de cette rivalité politique entre les deux grands mouvements politiques du pays. Les rebelles occupent des positons stratégiques et mettent la pression pour contraindre le pouvoir de Luanda. Le MPLA est bien assis pour garder le pouvoir et n'a pas l'intention d'abdiquer, et la guerre durera des années et des années. Les deux blocs qui s'affrontent dans la guerre froide, voient par là une occasion de tester leurs armes et mettre les pays du bloc communiste sous leur coupole, et les pays sous influences occidentaux, des satellites. Dans ce jeu géo-politique, l'Union Soviétique semble bien avancé ses pions, sans état d'âme. Les soldats soviétiques sont en Angola et sont des instructeurs pour former les militaires angolais du MPLA, le parti au pouvoir.
En 1979, le Nord de l'Angola tombe dans les mains des éléments de l'UNITA. Ceux-ci arrivent à faire des prisonniers de guerre. Ils viennent de capturer deux prisonniers soviétiques et un soldat Angolais, Elias Almeida.
Que faisaient-ils dans cette province diamantifère angolaise de Lunda-Norte ? On le saura en lisant le roman. Mais c'est leur personnalité et leur histoire qui sont intéressantes. On saura tout d'Elias Almeida né en Angola en 1950.
Et c'est grâce à l'un de deux Russes qui notaient son récit. En 1961, le jeune garçon Elias vit seul dans cette case avec sa mère, lorsque la guerre va les surprendre. Le père ayant pris le maquis pour le compte du MPLA. Adolescent, Elias d'Almeida s'engage à son tour dans ce mouvement de libération de l'Angola. Il réjoint mouvement de la jeunesse révolutionnaire militante du MPLA. L'idée de la révolution de la gauche prolétarienne devient un idéal qu'il veut poursuivre jusqu'au bout. On le retrouve déjà très jeune à l'Est du Congo où il côtoie le "Che" de la Révolution cubaine. Che Guevara est venu en Afrique pour aider les mouvements révolutionnaires de gauche qui luttent contre l'impérialiste incarné par les Yankee. Et, qui luttent aussi pour leurs libérations nationales. Elias suit les révolutionnaires de Fidèl Castro dirigés par le Grand Che Guevara.
En définitive, on peut résumé la vie d'Elias Almeida en quelques mots : c'est un idéaliste de la grande époque du marxisme qui croit et veut poursuivre ses idées du bonheur humain au-delà des cendres et ruines, voire même jusqu'aux vomissements. Trouvera-t-il ce bonheur par le truchement d'Anna, la belle Russe ?
Certains passages du roman sont saisissants. " En 1978, Elias fit partie de la délégation angolaise qui accompagna Neto au Zaïre. Cette visite du président marxiste chez Mobutu fit enrager le Kremlin et sans doute, pensa Elias, le compte à rebours venait-il d'être lancé pour le poète Agostinho Neto...Drôle de voyage, pendant lequel Elias nota, ébahi, que les soldats qui fourbissaient la voiture du maréchal Mobutu usaient d'une eau de toilette française, en spray, pour frotter les enjoliveurs.
En 1979, il revint à Kinshasa avec une équipe qui devait préparer le nouveau sommet Neto-Mobutu. C'est là qu'il apprit l'arrêstation d'Antonio Carvalho, le vétérinaire de Dondo qui lui avait fait lire Marx. L'homme vivait à présent retiré dans le nord du pays ne se mêlant pas de politique. Mais la chasse aux ' fractionnistes' avait besoin de démasquer des ennemis partout.
Elias quitta Kinshasa en voiture, passa par Kikwit, espèrant atteindre Lunda Norte le lendemain. Il fut arrêté à la frontière, non par les soldats zaïrois mais par les soldats de l'UNITA. La cruauté des tortures fut, somme toute, inutile car la vérité qu'on essayait de lui arracher était difficile à admettre : homme de Neto, il venait dans le Lunda Norte pour sauver quelqu'un que Neto allait tuer.
On le jeta dans une case ewn pisé, le laissant sans eau pendant une journée et demie. Il perdit à plusieurs fois connaissance et, la seconde nuit, revint à lui en entendant, à travers le brouillard de la douleur, un chuchottement dans une langue qu'il connaissait. Il fit un effort pour décoller ses paupières, vit deux ombres qui bougeaient dans l'obscurité. Deux hommes que les soldats venaient d'enfermer dans cette prison aux murs décrepis. Une voix sourde marmona des injures visant les militaires de l'UNITA puis se mua en ronflement. Une autre, plus jeune, murmura soudain très distinctement : ' Je voudrais mourir autrement, pas comme ce nègre...'. En russe."(p.199)
En quelques lignes, l'autre campe le drame angolais. Et plus loin, l'évidence du dame se précise avec la disparition du président Agostinho Neto. Moscou. La mort du poète.
" Ce détail aurait bientôt un écho lors de ce voyage à Moscou où Elias accompagnait le président Agostinho Neto. Le poison qui tua le président avait la particularité de provoquer un spasme du muscle cardiaque et faisait passer le décès pour une crise parfaitement plausible. Il fallait juste une amorce psychique, un affut supplémentaire de sang pour déclencher l'effet de la substance...Le président rejoignait les appartements mis à sa disposition quand, dans un petit salon rond qu'il traversait, cette femme (elle était en train d'essuyer le clavier d'un piano à queue: une plainte grêle de notes rieuses) le salua en l'informant qu'elle s'occuperait de son confort nocturne. La phrase fut de dite dans un portugais correct mais un peu rudimentaire, permettant une ambiguité: le confort nocturne ? ...
Une jeune blonde, un tablier qui moulait des hanches hautes, marquait une taille fine... Elle le fixait comme si elle attendait une réponse. Il hésita, s'assit dans un fauteuil, lui sourit. Elle s'installa aur le tabouret du piano, fit mine de se poser un instant avant de reprendre le dépoussiérage. Près du fauteuil, sur une table basse, étaient posées plusieurs bouteilles d'alcool... Succombera-t-il tout de suite ? Après un verre ? Après une étreinte ? Ou bien eurent-ils le temps de se déshabiller et lui de jouïr ? Le lendemain, les autorités soviétiques annonçaient que le président angolais, atteint d'une maladie grave, était venu en URSS pour y être soigné mais malgré tous les efforts des meilleurs médecins n'avait pu survivre. (page 243). (...)
Elias rencontra Anna, très brièvement , le tout dernier soir de ce séjour à Moscou. Le corps d'Agstinho Neto, aux entrailles nettoyées de toute trace du poison, était déjà préparé pour être renvoyé à Luanda. Les membres de la délégation, qui désemparés, qui soulagés, commentaient à mi-voix le film qu'ils venaient de voir. Elias put se sauver, appela d'une cabine, apprit qu'Anna fêtait avec des amis l'anniversaire de Vadim, son mari. " (pp.244-245).
(...)
Le narrateur : " Je sais qu'ils se sont revus plusieurs fois en Afrique, même durant les années où prenait fin l'aventure impériale de l'URSS sur le continent noir. Lucapa, Kinshasa, Maputo, Mogadiscio... Elias m'en parlait peu et c'est surtout ces quelques jours passés à Moscou au moment de la mort de Neto qu'il a essayé de me raconter comme s'ils avaient condensé toutes les contradictions de sa vie de combattant. Il me disait ce qu'il n'avait pas eu le temps de dire à Anna, ce que de toute façon il ne lui aurait jamais dit. Des détails qui démontraient soudain la folie de l'Histoire. (...) Ce que j'avais pris pour une prophétie fantaisiste se réalisa peu de temps après : l'Empire solda la guerre en Afghanistan, fut battu à plate couture dans le sud de l'Angola, à Mavinga, se prépara pitoyablement à abandonner l'Ethiopie... Je croisai Elias à Luanda, juste après la défaite de Mavinga où les instructeurs soviétiques s'étaient révélés de si piètres stratèges. Il sortait d'un hôpital où il avait été soigné pour plusieurs blessures aux bras et au visage. Je m'attendais à ce qu'il évoque son désaccord sur le plan de la bataille, les renseignements tactiques qui avaient été ignorés par le commandement... J'imaginais un ton amer, mais aussi douloureusement triomphant, l'air de celui qui a vu juste et qu'on n'a pas écouté. Rien de tout cela. Il serra le bandeau de pansements sur la tête, me sourit: Je sens qu'on va nous envoyer tous bientôt dans la Corne , plus près de l'Arabie heureuse. Tu vois, je suis déjà coiffé à la Lawrence...Quant à la guerre, elle n'a plus de sens car des deux côtés se battent ceux qui rêvent simplement de se remplir les poches et, chance suprême, d'avoir un jour une douzaine de pianistes nues sur leurs tabourets. Rideau !" (pp.246-249-250).
Ces quelques pages donnent le ton du roman, une épisode que même certains angolais ne connaissent pas. Une des raisons qui nous a permis de reproduire ces passages assez éclairants sur la mort du président angolaisen 1979. A-t-il été empoisonné par unr belle 'Call-girl' Russe ? Un jour la vérité sortira...
Andreï Makine est un écrivain francophone Russe, naturalisé Français. Il est né à Krasnoïarsk, en Sibérie russe, le 10 septembre 1957. Professeur de philosophie à Nouborod (Russie). Il débarque en France, à Paris. Sa grand-mère fut originairement Française. Naturalisé Français, Andrëi Makine s'est définitivement tourné vers la littérature.
Ecrivain, il en a fait son métier. Romancier, il a publié plusieurs livres dont majoritairement des romans.
Il a obtenu le Prix Goncourt pour son roman " Le Testament français" paru en 1995.
Le premier roman de lui que nous avons lu, est " Le crime d'Olga Arbélina". Très bon roman dont l'histoire se déroule en Russie. Nous nous apprêtons d'écrire le commentaire sur ce beau livre, lorsque ce roman sur l'Angola, nous est tombé entre les mains. Et nous a littéralement bouleversé ! J'ai donc décidé de partager l'émotion que j'avais ressenti après lecture. D'où mes commentaires du roman de Makine, sur " L'amour humain".
Signalons tout de même que son dernier roman qui vient de paraître aux Editions du Seuil, en 2008, et qui s'intitule "La Vie d'un homme inconnu", et toujours dans la même édition, est un bon livre à découvrir et à lire.