Le 10 septembre 1979, un choc parmi la population, l'Angola annonce le décès de son premier président, Agostinho Neto. Les Angolais ont versé des larmes en apprenant la nouvelle. Il avait tout juste 57 ans. Le président Neto était un homme qui a consacré toute sa vie pour défendre les intérêts de son pays dont il gardait un amour profond pour la terre de ses ancêtres.
Sensible, l'homme était aussi un grand poète. C'est ce sôté-ci qui dévoilait son côté humaniste. Il a écrit un seul recueil de poèmes, très riche en prose poétique et militante. Ses écrits évoquent les souffrances qui l'ont enduré en voyant s'entredéchirer son pays occupé, et son rêve d'apporter un peu de bonheur à ses compatriotes.
Très tôt sensibilisé politiquement alors qu'il était encore étudiant au Portugal, il s'engagea pour toute une grande partie de sa vie. La poésie n'était qu'une évasion d'écriture. La politique s'est imposé à lui alors même qu'il était déstiné à une carrière de médecin pour son peuple.
Antonio Agostinho Neto est né à KaxiKane, le 17 septembre 1922, dans la région nord d'Icolo et Bengo, à quelques 60km de la capitale angolaise, Luanda. Fils d'un pasteur méthodiste et d'une mère institutrice, naturellement le fait religieux jouera un rôle important dans sa vie spirituelle. Chrétien protestant, la bible restera sa référence dans sa foi religieux durant son enfance. Une foi qu'il tentera de garder tout le long de sa vie d'homme.
Il entre à l'école primaire et secondaire à Luanda où il effectue sa scolarité normale. Considéré comme un assimilé, son père insista sur l'éducation de son fils. La famille s'étant installée dans la capitale. Bien que très jeune étudiant de lycée, Agostinho Neto allait déjà travailler dès la fin de ses études secondaires. Il travailla dans les services de l'hygiène, et en 1947, il obtient une bourse d'études pour poursuivre ses études en Europe. Il arrive au Portugal et s'inscrit à la Faculté de Médecine de Coïmbra. Etudiant très brillant, il se fait des amis auprès de cette jeunesse portugaise très engagée à gauche. Il fait la connaissance de quelques Africains étudiants au Portugais. Des Angolais, bien sûr, mais aussi des Mozambicains, des Cap-Verdiens, des Bissao-Guinéens, des Brésiliens et des Sao-Toméens. Ces étudiants africains commençaient déjà à avoir une conscience politique très aigüe. Les idéologies marxiste-léninistes étaient en vogue à cette époque-là. Le communisme attirait les jeunes révolutionnaires. Ainsi, cette conscience idéologique va les emmener à des révendications très nationalistes. L'idée des indépendances dans les colonies portugaises d'Afrique gagna cette jeunesse-là. Les Angolais vont se regrouper pour étudier les moyens de mener une lutte pour libérer leur pays. Ce sont aussi des moments de relations très intéressantes pour le jeune Neto.
Tous vont se lancer dans la quête de leur propre identité qu'ils nomment, leur "angolanité". Il y avait là des Blancs, des Métis, surtout, et quelques rares Noirs "assimilés" et privilégiés. La plupart étaient des boursiers du gouvernement colonial portugais.
Dans les années quarantes, aucune école supérieure universitaire n'existaient. Alors pour poursuivre ses études de haut-niveau, il fallait quitter son pays pour aller en métropole, dont le Portugal représentait. Les jeunes étudiants s'inscrivirent dans les universités portugaises à Lisbonne, Coïmbra ou Porto. L'étudiant Agostinho Neto avait lui plutôt bénéficié d'une bourse de l'Eglise anglicane, des méthodistes. Et ce, grâce à l'engagement de son père pasteur.
Après Coïmbra, Neto va poursuivre et compléter ses études universitaires à Lisbonne. C'est là-bas qu'il va rencontrer les amis et camarades Angolais tels que Mario de Andrade, Viriato da Cruz, et les autres jeunes nationalistes angolais. C'est là-bas que la conscience politique va se développer et mûrir. Ils s'engagent tous dans les activités politiques. Le parti communiste portugais leur ouvre la porte du militantisme. Cet espace leur permet de se regrouper pour fonder des associations culturelles, voilées par quelques notes politisées. Leurs activités interpellent la police politique qui commence à les surveiller. Le service secret du pouvoir (la PIDE) contrôlait leurs mouvements. Les discours autonomistes et indépendances se manifestaient ouvertement. Neto se montrait des capacités d'un vrai leader. Il fut arrêté une première fois en 1951, alors qu'il manifestait et tentait de réunir des signatures pour un Appel Mondial à la Paix, de Stockholm. Grâce à la mobilisation de ses amis Blancs Portugais, et de gauche, la communauté internationale s'inquiéta de cette arrêstation. Le Portugal vivait sous un régime dictatoral. Agostinho Neto est libéré après des pressions politiques et des mobilisations à travers plusieurs villes portugaises, et dans les capitales européennes progressistes. Le jeune activiste angolais Neto n'était plus un inconnu. Son nom était désormais connu. Cette rénommée l'amèna à réjoindre les militants Angolais qui se battaient au Portugal pour exiger l'indépendance de l'Angola et des pays africains colonisés par le Portugal.
Dès 1956, la conscience politique bien mûrie, Agostinho Neto se rapproche de plus en plus du CPA, le parti communiste portugais, et se fait encore beaucoup d'Amis. Avec des compatriotes, ils fondent le "Mouvement Populaire de LIbération de l'Angola", le M.P.L.A. Les communsites portugais et les progressistes panafricains vont soutenir ce mouvement indépendantiste. C'est Agostinho Neto, Viriato da Cruz et Mario de Andrade, tous trois, intellectuels Angolais, qui vont structurer le parti politique officialisé, le MPLA, qui va se développer et trouver échos et des ramifications en Angola même, auprès des Noirs, Métis et Blancs Angolais vivant en Afrique.
Nous sommes en 1959, et à la fin de ses études de médecine à l'Université, le docteur Agostinho Neto se marie à Maria Eugénia da Silva, une Portugaise. A la fin de cette année-là, le couple quitte l'Europe. Ils quittent donc le Portugal pour se rendre vivre en Angola, le pays natal de Antonio Agostinho Neto. Ce retour est très important pour lui, puisqu'il pense qu'il pourra enfin au mieux travailler pour son pays. Le docteur Neto pense ainsi pouvoir contribuer à l'évolution et au développement de l'Angola.
Sitôt arrivé au pays, il ouvre un cabinet médical pour soigner les compatriotes Angolais, mais aussi, il se lance dans l'activisme politique. Il retrouve les militants du MPLA en Angola et avec eux, ils vont relancer le mouvement indépendantiste. Alerté, le pouvoir colonial très présent à Luanda surveille ce médecin Angolais récement revenu du Portugal, et donc les visiteurs sont de plus en plus nombreux sur son lieu de travail. Dénoncé par une PIDE efficace, le docteur Neto est arrêté. Ses partisants se mobilisent et manifestent bruyamment pour exiger sa libération immédiate. La police réprime les manifestations. L'armée appelée en renfort tire sur les manifestants angolais noirs, tuant une trentaine de personnes, blessant une centaine d'Angolais. Ce sera le début de la désobéissance civile. Les grêves se multiplient, ainsi que des arrêstations des suspects. Le mot "indépendance" était bannie. Le docteur Neto reste en prison à Luanda. Devant les multiplications des manifestations pro-Neto, et pro-MPLA, le pouvoir colonial décide d'éloigne le leader du mouvement, le docteur Agostinho Neto. Emprisonné, il est déporté hors de l'Angola et envoyé aux îles du Cap-Vert, et enfin, exilé pour être enfermé en Europe, dans les prisons de Lisbonne, au Portugal.
Là-bas aussi la manifestation se multiplie. Une mobilisation s'est mis en place partout dans le pays pour réclamer sa libération. L'ampleur du mouvement pour la libération du médecin angolais fait plier le gouvernement portugais.
Sur cette pression nationale et internationale, le pouvoir portugais libère Agostinho Neto, mais il reste assigné en résidence surveillée. Durant son emprisonnement, son parti, le MPLA continue la mobilisation pour exiger sa libération et surtout accorder l'indépendance de l'Angola. Les leaders du mouvement font du tapage médiatique pour attirer l'attention sur ce qui se passe dans les colonies portugaises d'Afrique. Ils veulent contraindre politiquement le Portugal. Mais le choix de la lutte armée sera le plus efficace.
Pendant son transfert, le docteur Neto parvient à s'évader avec sa femme et rentrer en Afrique, à Léopoldville (aujourd'hui rebaptisée "Kinshasa", la capitale de la république démocratique du Congo). Le MPLA ouvrira un bureau dans ce pays. Mais pour peu de temps car le Congo était un véritable nid des agents de la CIA américaine.
D'ailleurs la demande d'aide du MPLA aux Etats-Unis sera refusée. Le mouvement était trop qualifié de "communiste".
Neto et ses militants quitteront la RDC pour traverser le fleuve Congo et se refugier à Brazzaville, la capitale de l'autre Congo-français. Pendant ce temps, Neto voyage partout, il va aux Etats-Unis qui refusent de l'aider, mais c'est à Cuba qu'il rencontre Che Guévara qui accepte de le présenter à Fidel Castro. Cuba accepte de l'aider et ouvre la porte du MPLA au bloc commmuniste dont l'U.R.S.S. devient un allié de l'Angola. L'Union Soviétique et les pays satellites et communistes du bloc de l'est, vont apporter une aide militaire considérable. Le MPLA s'arme, et encadré par les soldats russes et cubains, va poursuivre la lutte armée contre l'armée coloniale portugaise engagée en Angola.
Neto prend la tête du mouvement et va porter la victoire au MPLA. Et, le 11 novemenbre 1975, l'Angola obtient son indépendance. Le docteur Agostinho Neto devient le premier président de la république populaire de l'Angola, d'obédience marxiste, très marqué à la gauche progressiste.
Le pays ne connaîtra jamais la paix depuis cette année 1975, puisque la guerre civile va opposer les deux autres mouvements indépendantistes rivaux, le Front National de Libération de l'Angola (FNLA), et l'Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola (UNITA). La guerre éclatée, l'Angola connaîtra les drames durant des années encore. Le président Agostinho Neto va diriger un pays miné, en guerre, entr'Angolais. Une guerre fraticide. De son vivant, il ne verra pas la fin de cette guerre. Il est mort en 1979. Cela fait déjà trente ans.
A sa disparition, le MPLA au pouvoir à Luanda, désigne José Eduardo Dos Santos pour succéder à Agostinho Neto.
Cela fait aussi 30 ans qu'il est au pouvoir (1979-2009). C'estle président José Eduardo Dos Santos qui va vaincre les principaux rivaux du MPLA et ramener la paix dans le pays. Il est aussi celui qui, avec son parti au pouvoir, le MPLA, sortira vainqueur lors des différentes élections en Angola. Aujourd'hui, le pays poursuit son chemin pour le développement.
Quant au défunt président Agostinho Neto, il est toujours considéré de nos jours comme le véritable "Héros National", le "Père de l'indépendance de l'Angola". Le "lider maximo".
Mais Neto était plutôt un rêveur, un poéte-idéaliste. Il a publié de son vivant un seul livre de poèmes qu'il a intitulé : "L'espérance sacrée", paru aux Editions Delroisse/ Union des écrivains angolais, Luanda. Un recueil de poésie de cent-seize pages. "Sagrada Esperança", l'oeuvre poétique d'Agostinho Neto, est le livre le plus lu, étudié, dans les écoles et universités en Angola, comme partout ailleurs dans le monde. Ce livre reste un témoignage de combats de sa vie, ses souffrances, ses amours, et surtout son patriotisme pour son pays, l'Angola. On y trouve toute sa philosphie de la vie. Son livre a obtenu des Prix littéraires (souvent posthumes), et traduit en plusieurs langues.
Trente ans après sa disparition, l'Angola continue à le célébrer. Pour son pays, il est un grand homme qui a beaucoup fait pour la libération de l'Angola, celui qui a tracé les grandes lignes du développement actuel du pays. On le lit de Luanda à Maputo, de Brazzaville à La Havane. On retiendra encore, pour mémoire, les grandes dates sur les traces de cet homme-poète : 17 septembre 1922, pour sa date de naissance ; 1956, pour la création du MPLA ; 10 setempbre 1979, pour la date de sa mort à Moscou.
Trente ans d'absence, 57 ans de vie sur terre, Agostinho Neto reste un "Héros panafricain", le poète immortel !