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D'abord, le roman de l'écrivain Polonais Eustachy Rylki, " La Condition", (Editions Noir sur Blanc, Lausanne 2009, et en 286 pages). C'est un récit très masculin, presqu'assassin, puisque c'est l'histoire de deux hommes qui s'opposent en tous points, à la façon de deux pays voisins qui arment leur frontière, une frontière sinueuse, sujet de maintes contestations et concessions. L'un est membre de la noblesse de la Lithuanie polonaise, tandis que l'autre est officier de liaison.
La ville de Moscou est assiégé, les deux hommes sont au coeur d'un affrontement mortel. L'un meurt, l'autre veut s'installer à sa place, pour prendre la tête du domaine.
L'auteur, Eustachy Rylski, nous décrit enfin le coeur de ces hommes qui entrent dans l'histoire parfois de façon assez inattendu. Leur histoire à eux se noue durant ce siège de Moscou en 1812, par un duel dénué de sens, un duel raté, recommencé, empêché, au pistolet, aux cartes, aux dés. Forcés de déserter sur un malentendu, au commencement même de la retraite de Russie, ils sont jetés ensemble dans une abominable errance à travers les enfers de de neige, et, plus chaotiques encore, leurs paysages intérieurs.
Très bien construit, le roman "La Condition" n'est pas un livre facile, mais très dur à percer cette intrigue dont il faut avoir la patience de le lire posément, avant d'en connaître les tenants et les aboutissants de cette histoire, bref son denouement.. Il faut le dire, c'est un grand roman d'Eustachy Rylski, traduit du polonais par Maryla Laurent.. Pour donner encore plus de vie à cette oeuvre littéraire.
Le deuxième roman de notre choix, c'est "Dans les pas du renne", de Mariusz Wilk. Toujours paru aux "Editions Noir et Blanc", avec une traduction de Robert Bourgeois, en 2009, et contenant 216 pages. Connaisseur engagé, de l'immensité taciturne du Grand Nord russe, l'écrivain polonais a séjourné et voyagé à plusieurs reprises dans la péninsule de Kola, sur les traces du peuple millénaire des Saamis, les Lapons russes. Dans la tradition des écrivains voyageurs, Mariusz Wilk suit en ethnologue, en explorateur, et en érudit, les traces des Saamis, peuple des bords du monde qui se dit "frères de rennes". Les habitants y sont habitués à vivre avec leur environnement. Pêcheurs, cueilleurs, nomades vivant en symbiose étroite avec celui-ci, les Saamis se perçoivent comme frères des rennes. (A savoir que, le renne est un mammifère ruminant voisin du cerf, qui vit de l'Eurasie septentrionale et du Nord canadien, se nourissant de lichens et qui fait l'objet d'un élevage extensif par les Lapons, les Esquimaux, et divers peuples sibériens qui l'utilisent comme bête de trait, mais aussi pour sa viande, son lait, son cuir et ses bois (Le renne est le seul cervidé dont la biche pore le bois.) Et dont aussi, la fourrure et la peau les abritent et les habillent des pieds à la tête, dont la viande les nourrit. Une consommation de 25 rennes par an et par adulte assure l'apport calorique nécessaire, et dont les os bouillis, servent de matériau de sculpture. Depuis le dix-neuvième siècle pourtant, déplacement de population, exploitation des centaines de gisements de métaux rares, nouvelles voies de communication, installations militaires, repression des traditions animistes et nomades, et aujourd'hui, tourisme scooters des neiges et folklorisation ont eu raison des anciens chemins migratoires ; la langue saamie aux inombrables variantes dialectales, qui ressemble aux 'grazouillis des oiseaux', qui distingue avec des mots précis le cuir d'un animal d'un mois, de trois mois, six mois ou d'une bête adulte, a été fixée par écrit il y a vingt ans à peine, alors même que les Saamis étaient définitivement sédentarisés. Une solidarité rapproche aujourd'hui les Saamis scandinaves, favorisant une résurgence de traditions artisanales; mais il est tard, trop tard, à en croire Mariusz Wilk : louvoyant entre journal de bord , expédition ethnographique, recherches en bibliothèques.