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Blog sur l'actualité des Antilles et du monde.

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Frantz Fanon (20 juillet 1925 - 6 décembre 1961). 50è anniversaire de sa disparition.

 

Fils de cette Afrique combattante et militante, Frantz Fanon avait choisi le continent de ses origines pour le combat de sa libération. L'indépendance de l'Afrique fut son engagement total. En ceci, l'Algérie lui a servi de point de départ et devint rapidement sa patrie d'adoption. Tout bon Africain se devait de s'engager pour ce combat libérateur sur tous les plans.

 

L'Algérie qu'il venait de fouler le sol un an auparavant intensifia sa lutte de libération nationale dès le 1er novembre 1954.

En ce temps-là, l'Afrique presqu'entière était sous domination coloniale des puissances militaires européennes. Du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest du continent. La France avait sa grande part des territoires sous sa domination. Ces pays resteront dès lors sa chasse-gardée, surtout pour des raisons économiques et stratégiques.

 

Mais, cette Afrique-là subissant la colonisation avait une entité considérée globalement comme des pays du tiers-monde. En clair, sous-développés et à coloniser,pour ne pas dire, à civiliser. Les pays colonisateurs avaient des yeux gourmands sur les richesses du sous-sol de ce continent. Ils ne se sont pas gênés pour venir piller, exploiter,chosifier ses habitans.

 

Frantz Fanon, qui venait de terminer ses études de psychiatrie à la faculté de médecine de Lyon, puis marié à une française, débarqua en 1953, en  Algérie. Envoyé par le gouvernement français.  Rappelons que, depuis 1830, l'Algérie appartenait à la France colonisatrice. Le pays, Algérie, était grand, avec une superficie de 2.380.000 km2 (plus de quatre fois la superficie de la France, avec ses petits surfaces de quelques 549.000 km2 !). Ce vaste territoire algérien, peu peuplé, et quasimment désertique. Un pays, au nord, très agricole, et au sud, regorgeant du pétrole et du gaz naturel.

 

En somme, l'Algérie est un pays très intéressant économiquement. Ainsi donc, la présence française sur cette terre avait des motivations géo-stratégiques et économiques. L'exploitation des matières premières s'avérait indispensable. Comme on le verra tout le long de son histoire. Donc, la France prit possession de l'Algérie et y envoya ses citoyens pour travailler à l'exploitation de ces richesses naturelles. Des millions de gens vont donc se déverser en Afrique du Nord, non seulement en Algérie, mais aussi en Tunisie et au Maroc. Voire dans ce Maghreb, dont la Mauritanie fera aussi partie.

 

Le système colonial mis en place, les autochtones de ces pays seront des "indigènes" pour les Français présents. On y envoya donc des milliers de "pieds noirs". Ils occupaient des terres et les exploitaient. ils cultivaient et faisaient tous travaux agricoles avec une main d'oeuvre algériennne très disponible. Les Algériens subissaient cette emprise du système colonial de l'Empire français. Le rapport entre Français et "indigènes arabes" était celui du maître à son sujet.

 

C'est dans ce contexte que le jeune docteur Frantz Fanon arriva le 23 novembre 1953, en Algérie, dans cet hôpital de Blida-Joinville, où il fut nommé Directeur du service de psychiatrie. Médecin-chef de service à cet hôpital, Médecin des Hôpitaux psychiatriques, le Fanon qui attérit là n'était pas un naïf. Intellectuel, diplômé, il avait auparavant publié un livre sur le rapport colon-colonisé dans son pays-île de la Caraïbe. Ici, il avait suffisamment des matériels pour travailler, observer et analyser la société algérienne et son rapport avec la France. Il y exerça consciencieusement son métier. Sur le plan politique, l'Algérie était une "colonie", au sens le plus large du terme. Les Français et l'armée française tenaient à maintenir ce vaste territoire sous le giron de la République.

 

La France des années cinquantes, qui venait de perdre l'Indochine. La défaite subit à Dien-Bien-Phu fut non seulement une humiliation pour l'armée française, mais surtout un traumatisme pour le gouvernement de Paris. Voilà que l'armée que l'on croyait invincible et conquérante sur ses terres lointaines était défait par d'autres que l'on sous-estimait la puissance. Ces "colonies d'outre-mer chèrement conquises lui échappaient. Cette fois, plus question de lâcher quoi que ce soit. L'asie, d'accord. Mais l'Afrique reste un terrain conquis pour la France coloniale.

 

Le régime de cette France de la IVè République jurait de ne point abandonner de noouveau. En 1954, c'est le Premier ministre Pierre Mendès-France qui se chargea d'écraser toute rebellion en 'Algérie française'. L'année que les combattants algériens déclenchèrent la guerre à la présence coloniale dans leur pays. Le Front de Libération Nationale, le FLN, déclara la guerre totale à la France, qui dépêcha des milliers de soldats et appelés de son armée. Pour écraser et mâter ces combattants-rebelles, l'armée française va mettre tous les moyens à sa disposition. Ce sont des anciens militaires et paras de la guerre d'Indochine qui vont se charger d'écraser les Algériens. Des milliers d'armes et des bombes vont pleuvoir dans les montagnes algériennes. Les soldats vont se livrer à des véritables massacres de masse. Tout Algérien, ou Algérienne, suspecté(e), subissait la torture, sinon, abattu sur place.

 

Ce sont les tortures de l'armée française qui vont s'illustrer lors de cette guerre d'Algérie. Les combattants algériens n'hésitaient plus de donner des coups fatals à ces soldats Français engagés dans cette bataille sans merci.

Comme dans toute guerre, ce sont les civils qui vont payer des lourds tribus. De part et d'autres, des traumatises de la guerre détruisaient les individus. Qu'il soit Algérien ou Français. C'est le docteur Fanon qui sera chargé de les soigner. Il écoutait leurs récits de guerre et ses horreurs. Les populations algériennes subissaient le plus des dégâts physiques et psychologiques de cette sale guerre coloniale. Psychiatre de formation, Frantz Fanon soignaient ses "malades". La folie atteignait aussi bien les Français que les Algériens. Civils ou non. l'hôpital ne désemplissait plus.

En France, la guerre d'Algérie suscitait des débats et des tensions sociales.

 

Cette "pacification" à la française heurtait la sensiblité du médecin Frantz Fanon. La guerre devint inacceptable dans ses méthodes brutales. "La valise ou le cercueil", disaient les combattants du FLN. "L'Agérie française", clamait les militaires de l'O.A.S. C'est une situation embarrassante pour le Français d'outremer qu'est Frantz Fanon. Il fut lui même un jeune soldat dans l'armée française et participa à la deuxième guerre mondiale contre les Allemands. Au sein de cette armée française, il avait côtoyé des braves soldats noirs, des "Tirailleurs sénégals" et des "Tirailleurs arabes de l'Afrique du Nord", Algériens, Marocains, tous confondus, se battant pour sauver la France de l'occupant nazi. Il ne comprenait plus l'attitude de son pays,la france qu'il a servi et aime. Malgré tout. Pourquoi cela ?

 

Fanon savait bien que l'Algérie était sous la colonisation mais les valeurs de la France tant clamée, était bafouée dans cet outre-mer méditerranéen. La résistance des combattants algériens força son admiration. Chaque jour, l'armée française subissait des échecs sur le terrain. Des cerceuils attérissaient de nuit à l'aéroport de Paris, pour cacher ces drames. Mais, on était pas dupe. On savait ce qui se passait là-bas. On voyait bien le nombre des jeunes appelés "disparus" en Algérie. La communauté algérienne de France connaissait des attaques. Ce qui d'ailleurs sera à l'origine des mauvaises relations toujours conflictuelles entre Algériens et Français. La guerre d'Algérie a laissé des profondes blessures et des séquelles jusqu'encore aujourd'hui.

 

Sa position devenant de plus en plus difficile, il fallait choisir entre l'opprimé et le bourreau dans cette affaire coloniale. Il décida de démissionner en envoyant une lettre de démission au Ministre-Résident et Gouverneur général en Algérie. Dans laquelle il dit tout, dénonça les comportements des Français d'Algérie, la brutalité de l'armée fran4aise en Algérie, les décisions politiques du gouvernement colonial français. Pour lui, la France se déshonorait en Algérie, avec ces comportements brutaux qui déshumanisent systématiquement l'homme en Algérie. Les tortures pour obtenir des avoeux aux prisonniers maghrébins sont indignes de ce grand pays des droits de l'homme.

 

A Paris,la lettre du docteur Fanon suscita un émoi. On lui reprochait de lâcher son pays la France pour soutenir des "Arabes". Le service secret était au courant que le Docteur Frantz Fanon hébergeait des combattants algériens du FLN dans son cabinet médical comme dans sa villa, son domicile. Il est expulsé d'Algérie en 1957. Frantz Fanon quitta l'Algérie avec toute sa famille, pour se réfugier en Tunisie. A Tunis, il continua à collaborer avec le FLN qui venait de former un gouvernment provisoire révolutionnaire algérien, (GPRA), en exil. Dans lequel il occupa des postes importants. Il fut le rédacteur en chef du journal algérien en exil, "El Moudjahid", dans lequel il écrivit beaucoup. Plusieurs de ses articles dénonçaient les méfaits de cette France coloniale en Algérie dite française.

D'ailleurs,la résistance algérienne, sa branche armée de l'ALN, mettaient en mal l'armée française, et surtout, son aile de l'O.A.S. En 1957, le nouveau premier ministre socialiste Guy mollet, fut obligé de capituler sous la pression des ultras de cette "Algérie française". Frantz Fanon est nommé "Ambassadeur" du GPRA au Ghana. Il participe à une conférence à Accra, consacré à l'Algérie.

 

Deux ans plus tard, Frantz Fanon publia son deuxième livre, consacré essentiellement sur l^'Algérie, qu'il intitule . "LAn V de la Révolution algérienne", paru aux Editions Maspéro, en 1959.Un de ses livres plus engagés pour la cause algérienne. Un livre virilent contre les méfaits de la France en Algérie colonisée.

En 1961, alors qu'il se sait atteint d'un cancer de la leucémie, le théoricien Frantz Fanon s'attèle dans la rédaction de son dernier livre, très important, le troisième essai, un livre-culte, "Les Damnés de la Terre", qui paraît toujours chez le même éditeur, Ed.Maspéro, en 1961, avec une préface incendiaire du philosophe français Jean-Paul Sartre. (Ses deux derniers livres seront republiés chez Gallimard / Ed. La Découverte).

 

Le 6 décembre 1961, Frantz Fanon, hospitalisé dans un hôpital américain, meurt , à 36 ans. Il est mort à Washington, aux Etats-Unis. Sa mort bouleversa le monde progressiste. Son dernier livre "Les Damnés de la Terre" devint un véritable best-seller, lu et traduit en plusieurs langues. Ses écrits et la pensée fanonienne feront de lui le prophète de la cause des pays du tiers-monde. Véritable précurseur et visionnaire de ces "Damnés de la terre", qu'il a su bien observé et défendu sa vie entière. Il ne verra même pas cette Algérie qui obtint son indépendance en 1962. Le gouvernement algérien s'occupa de sa dépouile, il sera rapartrié et enterré en terre algérienne, dans le cimetière à Aïn Kerma, près d'Alger. Il portera le nom musulman de "Omar". Son nom de combattant qu'il avait choisi. Sa tombe est devenu au fil des années un lieu de pélérinage pour ses admirateurs postumes. Toutes générations confondues.

 

 L'Algérie a reconnu sa participation dans la libération de la patrie. Son nom Frantz Fanon est partout. Une université et un hôpital portent ce nom. Un boulevard et autres monuments du pays portent aussi le nom du valeureux militant Fanon. J'ai eu la chance de rencontrer et connaître à Zürich, en Suisse, un de ses compagnons de route, l'ami de Frantz Fanon. Un compatriote, l'avocat martiniquais Marcel Manville, peu avant sa mort en 1998. C'est lui qui m'a vraiment parlé de Frantz Fanon, l'homme, l'ami, le militant, et le combattant. Ils avaient fait la deuxième guerre dans le même régiment dans l'armée française en 1944. Lui aussi, mon père, frère et ami Marcel Manville, est décédé à Paris en décembre 1998. Un homme très intéressant. Militant et le Fondateur du Cercle Frantz Fanon.C'était sa façon à lui, de lui rendre hommage et l'immortalisé. Ce fut une rencontre qui m'a toujours bouleversé. Je l'entends encore me dire, me répéter : " Tu sais, mon petit, les hommes comme Frantz Fanon ne meure jamais. Et, je reste persuadé qu'il nous survivra tous! "

 

 

 

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M
Ola Irmão, quel bel article ! C'est tellement profond et sincère que tu as rendu à notre Fanon toute sa gloire, toute sa valeur... Je dirais toute sa place, la place qu'il devrait à jamais occuper.<br /> Dans ton texte, tu l'as suivi pas à pas comme si tu avais mener la lutte avec lui. Bravo, mon cher, plus tu grandis, plus ta plume devient incisive. Et vive l'incision, alors ! Ne change surtout<br /> pas.
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