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La coalition internationale, dominée par les puissances occidentales, a accentué jeudi la pression sur le colonel Mouammar Kadhafi, avec de nouvelles frappes aériennes dans les environs de Tripoli et des raids intensifs sur le fief de sa tribu à Sebha (sud), au sixième jour de son intervention. Les bassadeurs des pays de l'Otan devaient poursuivre jeudi des tractations entamées depuis plusieurs jours pour tenter de finaliser le rôle de l'Alliance atlantique dans l'opération en Libye.
Des raids aériens ont visé la région de Tajoura (une trentaine de km à l'est de Tripoli), selon des habitants. La télévision d'Etat a confirmé que "des sites militaires et civils dans la région de Tajoura à Tripoli continuent à être la cible de raids "de l'agresseur croisé et colonialiste".
Des témoins avaient déjà fait état d'une forte explosion mercredi soir sur une base de l'armée de terre dans la région de Tajoura, suivie d'un incendie. La télévision libyenne avait diffusé des images montrant des corps calcinés dans la morgue à Tripoli mais les autorités n'étaient pas en mesure de fournir un bilan des victimes.
La coalition a également mené dans la nuit de mercredi à jeudi des raids aériens intensifs sur la ville de Sebha (750 km au sud de Tripoli), selon des habitants. Sebha abrite plusieurs sites militaires et est le fief de la tribu des Kadhadfa dont est issu le dirigeant libyen ainsi que des tribus armées qui lui sont jusqu'ici les plus fidèles. Selon des habitants de la ville, plusieurs fidèles au régime, notamment ceux basés à Syrte, se sont retranchés à Sebha depuis le début samedi des hostilités.
Quant au pays voisin de la Libye, l'Egypte, elle ne veut pas se mêler de problème. L'Egypte a confirmé jeudi qu'elle n'entendait pas s'impliquer dans le conflit libyen, invoquant ses inquiétudes pour la sécurité de ses nombreux ressortissants dans ce pays, selon des sources américaines et diplomatiques.
Le dossier libyen a été abordé par le secrétaire américain à la Défense Robert Gates en visite mercredi et jeudi au Caire, alors que Washington et ses alliés occidentaux cherchent à s'assurer du plus de soutiens possibles dans le monde arabe dans leurs opérations contre le régime de Kadhafi.
Les dirigeants égyptiens n'ont pas soulevé d'objections envers les opérations en Libye, mais ont mis en avant la forte communauté égyptienne dans ce pays pour justifier leur prudence, a rapporté le porte-parole de M. Gates, Geoff Morrell.
"Il sont très conscients du fait qu'ils ont un grand nombre de leurs concitoyens en Libye et ils sont clairement préoccupés par leur situation (...) pas dans le contexte de nos opérations mais dans celui de possibles représailles de Kadhafi", a-t-il déclaré à des journalistes.
M. Gates a rencontré le Premier ministre Essam Charaf ainsi que le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) et ministre de la Défense, le maréchal Hussein Tantaoui. Le CSFA détient le pouvoir depuis la démission du président Hosni Moubarak le 11 février dernier.
Un diplomate occidental, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, a également confirmé que le Caire n'entendait pas s'impliquer au côté de Washington, Londres et Paris qui dirigent les efforts pour imposer une zone d'exclusion aérienne et protéger les populations civiles."Je pense que les Egyptiens ont été très clairs et n'ont pas l'intention de s'impliquer dans le conflit en Libye", a-t-il déclaré, en confirmant que le sort de leurs ressortissants était leur "principale inquiétude".
En Syrie, ils étaient près de 20.000 à s'être rassemblés dans un cimetière de Deraa, ville du sud de la Syrie, foyer d'une contestation sans précédent contre le régime. Les opposants ont célébré les funérailles de manifestants tués la veille par les forces de sécurité.
Au moins 37 personnes sont mortes mercredi, selon des sources médicales. «Le sang des martyrs ne sera pas versé en vain», a scandé la foule, encadrée par la police secrète et par des centaines de soldats, kalachnikov en main.
Au fil des manifestations quasi quotidiennes, les Syriens n'ont rien cédé dans leurs revendications pour plus de liberté, dans un pays verrouillé par le parti Baas depuis quarante-huit ans. La conseillère du président Bachar al-Assad, Boussaïna Chaabane, a annoncé jeudi que le dirigeant allait mettre sur pied une commission pour étudier la levée de l'état d'urgence en vigueur depuis 1963.
Al-Assad a aussi promis une législation sur la liberté de la presse et sur les partis politiques.
Mais rien ne dit que ces déclarations seront de nature à calmer la fronde. Au début de la contestation, le régime avait pris les devants en annonçant des réformes, sans succès.
Pour Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes, «cela va encourager les manifestants à insister davantage. Ils vont se dire qu'Assad lâche sous la pression.» «Avec ce que nous voyons actuellement dans les pays arabes, les peuples qui se soulèvent ne peuvent plus se satisfaire de simples réformes», relève Mansouria Mokhefi, spécialiste du Moyen Orient à l'Institut français des relations Internationales.
Ce qui est sûr c'est que l'équilibre -tout relatif- de la région est lié au destin du pays. «Si le régime tombe, l'Iran sera très ennuyé, car il y aura une rupture géographique avec le Hezbollah au Liban, explique Antoine Basbous. L'arc chiite sera sectionné.
Au Maroc, des milliers de Marocains ont manifesté dimanche dernier, et ce, dans plusieurs villes, pour réclamer davantage de démocratie et moins de corruption, quelques jours après l'annonce par le roi Mohammed VI de profondes réformes politiques.
"Le peuple marocain demande le changement", scandaient des manifestants à Rabat dimanche en réclamant la "démission du gouvernement", tandis que des pancartes proclamaient: "liberté et dignité pour le peuple marocain".
Environ 6.000 personnes - 2.000 en excluant les badauds selon la police - ont défilé pacifiquement dans le centre de la capitale. Parmi eux figuraient bon nombre d'islamistes et de femmes voilées. Dans le cortège, des manifestants brandissaient symboliquement des balais en réclamant des mesures contre la corruption.
A Casablanca, les manifestants étaient près de 10.000 selon un journaliste de l'AFP - entre 5.000 et 6.000 selon les autorités locales. Certains scandaient "non à la corruption et au clientélisme", ou réclamaient "un roi qui règne et ne gouverne pas". Des marches et rassemblements ont aussi eu lieu dans plusieurs autres villes, dont Tanger (nord), Fès (centre), Agadir et Marrakech (sud) et d'autres localités plus petites.
Selon une source officielle, les manifestations auraient rassemblé quelque 35.000 personnes dans l'ensemble du pays en fin d'après-midi, soit un peu moins que les 37.000 annoncés par le ministère de l'Intérieur lors de la précédente journée de manifestations, le 20 février. Les organisateurs ont donné des chiffres nettement supérieurs. Les manifestations se sont déroulées dans le calme dans les principales villes marocaines et aucun incident n'avait été signalé en début de soirée.
Enfin, en Tunisie où est partie la "révolution arabe", quelques jours après le début des opérations militaires internationales dans le ciel libyen autorisées par la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, aucune réaction officielle n'avait été enregistrée à Tunis.
Les efforts des autorités tunisiennes restent essentiellement concentrés sur la gestion de la transition démocratique que vit le pays depuis la chute du régime du président Zine El Abidine Ben Ali et ses impacts politique, économique et social.
Seule référence officielle aux événements qui se déroulent en Libye, un communiqué diffusé samedi dernier par le ministère tunisien des Affaires étrangères à l'occasion de la visite effectuée par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton qui précisait que "la question de l'intervention militaire en Libye" n'avait pas été abordée.
Cependant, plusieurs journaux et des partis d'opposition, dont le parti progressiste démocratique (PDP), ont critiqué cette intervention. Déplorant les "dizaines de victimes" qui ont été "causées par les raids parmi les civils et les militaires libyens", le PDP dénonce ce qu'il qualifie d'"action agressive étrangère qui ne saurait en aucun cas être justifiée".
Le parti Baath, une formation qui vient d'être légalisée, condamne quant à lui, une "conspiration ignoble qui se trame à l'encontre d'une partie du peuple arabe".
Le journal "Achourouk" (privé) considère la résolution 1973 comme "une menace pour la région" qui "risque de la transformer en un foyer de tension et une base avancée des forces impérialistes". Tout comme dans le quotidien "Assabah" (privé), cette intervention militaire est attribuée aux "appétits occidentaux pour le pétrole libyen".
De fait, la Libye est le premier partenaire économique arabe et africain de la Tunisie avec des échanges qui tournent de 1,5 milliard de dinar par an (environ 700 millions d'euros). De surcroît, près de deux millions de Libyens se rendaient annuellement en Tunisie pour des séjours touristiques ou médicaux. La région de Ben Guerdane où se trouve le poste frontalier de Ras Jédir ne vivait pratiquement que du commerce avec la Libye.
Pour conclure. On sait maintenant que le but non-avoué de cette guerre occidentale contre la Libye est...le pétrole arabe. L'occident a toujurs voulu se fabriquer des ennemis pour asseoir sa puissance colonisatrice, dominatrice et militaire. Avec le pétrole et les dirigeants arabes souvent corrompus, il a trouvé un bouc-émissaire en la personne du guide libyen, insoumis et imprévisible. Mais cette brutalité a des conséquences sur le cours du pétrole.
Le monde, nous dit-on, s’apprête à un nouveau choc pétrolier, dû à la crise libyenne. Et déjà en Europe ou en Amérique du Nord, les prix de l’essence augmentent. Quelle est la part de propagande et de fantasme dans cette menace ? La suggestion d’intervention militaire en Libye de l’Otan vient-elle du désir de défendre la démocratie ou l’or noir ?
Le président de la compagnie nationale libyenne Choukri Ghanem a annoncé que la production de pétrole de la Libye était déjà réduite environ de moitié en raison du départ des travailleurs, immigrés, du secteur. Et les insurgés qui se sont soulevés contre le régime de Mouammar Kadhafi contrôlent aujourd’hui les terminaux pétroliers.
L'or noir représente plus de 95 % des exportations et 75 % du budget de l'État selon l’APS, Algérie Presse Service. Membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la Libye est l'un des principaux producteurs pétroliers en Afrique, avec 1,8 million de barils par jour. Ses réserves sont évaluées à 42 milliards de barils.
Le comportement du clan au pouvoir n’est pas sans rappeler la manière dont la famille Trabelsi avait fait main basse sur les richesses de la Tunisie. Les enfants du "guide" libyen contrôlent la plupart des secteurs économiques que compte le pays, dont le pétrole. Ce n’est pas un hasard si l'un de ses fils, le préféré du Colonel, Seïf al-Islam, s’occupe de ce secteur stratégique.
C’est lui qui a installé Chokri Ghanem, un réformateur libéral, dans ses fonctions de président de la National Oil Company (NOC). Ce dernier a la confiance des milieux pétroliers occidentaux. La part du pétrole libyen dans le monde.
La part des revenus du pétrole dans le produit national brut (PNB) est particulièrement forte puisqu'elle est le double de celle de l'Arabie Saoudite et le triple de celle de l'Iran. La production est essentiellement concentrée sur le bassin de Syrte dont 270 000 sont consommés sur place et le reste exporté en majorité (85%) vers les pays européens.