Ce n'est pas si courant de voir la Première Dame d'un pays africain prendre la plume et écrire un livre, alors même que son époux est toujours à l'exercice du pouvoir. Raison pour laquelle le premier essai autobiographique de Simone Gbagbo est intéressant. La Côte d'ivoire fait donc exception avec Madame la présidente qui vient de publier un ouvrage important "PAROLES D'HONNEUR - La Première Dame parle...", aux Editions Laffont/Ramsay, à Paris en ce mois de mai 2007.
C'est un ouvrage de 508 pages qui, en fait, est un éclairage sur ce pays qu'on qualifiait jadis de 'perle d'Afrique moderne'. La Côte d'Ivoire a été façonnée par un homme : Houphouët Boigny. Fondateur du RDA (Rassemblement démocratique africain), en 1946, c'est lui qui conduira le pays jusqu'à l'indépendance, en 1960. Pays de l'Afrique Occidentale, sur le Golfe de Guinée, la Côte d'Ivoire, avec ses 322.000 km2, et près de 17.000.000 d'habitants, est le premier producteur et exportateur de cacao du continent. Prospère et riche, la Côte d'Ivoire va connaître le sort (ou mauvais sort) de beaucoup de pays riche en matières premières, et de surcroît, en développement, avec des crises politiques assez graves.
Dès 1993, après la mort du père de l'indépendance du pays, Houphouët Boigny, c'est Henri Konan Bedié qui lui succède en 1995. Malheureusement, quatre ans plus tard, le général Robert Gueï tente un coup de force et s'empare du pouvoir en 1999, après quelques agitations politiques dans le pays.
Le 24 décembre 1999, après le putsch, Alassane Ouatara est accusé d'agiter la population. On commence à mettre en doute sa nationalité (ses parents sont d'origine Burkinabè) et voilà la naissance d'une nouvelle mentalité teintée de la xénophobie. La Côte d'Ivoire, ce pays qui fut un hâvre de paix avec une cohabitation exemplaire et pacifique avec des populations venues de tous les pays de la région, connaîtra les malheurs de la haine et de la méfiance de l'autre, considéré comme 'étranger', donc, profiteur et dangereux. Des drames familiaux vont se produire dans cette société largement métissée et mélangée avec diverses communautés linguistiques et tribales. Pire encore, le pays va connaître encore le spectre du nationalisme et patriotisme outranciers. les élections qui devraient avoir lieu sont reportées sine die. Tout est suspendu. Les tensions sont alimentées et on est au bord des grâves troubles et de la guerre civile. Une partie de la population se verra privée de sa nationalité.
Ce qui devrait arriver arriva : le pays est coupé en deux. Les interventions de la France et de l'ONU ne vont pas non plus faciliter les choses. Toute ingérence dans les affaires ivoiriennes était devenue suspecte.
Les différents partis politiques du pays n'arrivent plus à s'entendre ni à se mettre d'accord sur tout. Que ce soient les RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix), PDCI (Parti démocratique de la Côte d'Ivoire, de Henri Konan Bedié), RDR (Rassemblement Des Républicains, d'Alassane Dramane Ouatara), tous prônent une certaine vérité partisane.
C'est dans ce contexte que vont surgir de l'ombre, des hommes comme, Laurent Gbagbo, un opposant du régime et de longue date, et le jeune Guillaume Soro (Forces Nouvelles).
Laurent Gbagbo est un farouche opposant et homme politique aguéri. Son épouse, Simone Ehivet Gbagbo reste à ses côtés et l'épaule efficacement dans diverses actions. Elle milite au sein du FPI (Front Populaire Ivoirien).
Quelques années plus tard, c'est bien Laurent Gbagbo qui accède à la présidence de la république de la Côte d'Ivoire, pour cinq ans. Héritant au passage une situation déjà chaotique et l'instabilité politique du pays. La Côte d'Ivroire sombrait avec cet épineux problème de l'ivoirité.
Le pays coupé en deux, par une bande de 12.000 km2, d'Est en Ouest. L'ONU mandate la France, qui envoie son armée déjà présente dans le pays, pour une opération appelée "La Licorne". Il s'agissait de s'interposer entre les bélligérants : forces gouvernementales et forces rebelles (sous la banière des Forces nouvelles de Guillaume Soro). malgré cela, les troubles ne vont pas cesser. Certaines interventions vont tourner à la bavure.
Dans la capitale, le président Gbagbo nomme Charles Konan Banny premier ministre, chargé de conduire un gouvernement dans un pays instable. Abidjan, la belle capitale économique de la Côte d'Ivoire, connaîtra des troubles sans précédent. Outre des tueries, il y aura encore cette affaire des déchets toxiques...
Ni l'OUA (l'Union Africaine), et encore moins l'ONU (Organisation des Nations Unies), ni la France (ancienne puisance coloniale), personne ne parviendra de ramener la paix dans le pays malgré certaines tentatives pour des accords politiques (Marcoussy, en France, par exemple).
Il faudrait toute la patience et l'habilité politique du président Laurent Gbagbo, pour persuader son principal ennemi et rival de l'opposition Guillaume Soro, pour lui dire que la paix comme l'unité des Ivoiriens ne pourront se faire qu'entre Ivoiriens. Et voilà qu'enfin le dialogue s'instaure.
Le 16 avril 2007 à Ouagadougou (Burkina Faso), et en présence du président burkinabè Blaise Compaoré, les deux frères ennemis peuvent confirmer le pacte de la confiance signé le 4 mars dernier.
Les Casques bleus de l'ONU, et les 35.000 soldats Français quitteront la Côte d'Ivoire dans les six mois. Et les forces mixtes (Forces de la rebellions et Forces armées nationales) les remplaceront.
En 2008, il y aura peut-être des élections en Côte d'Ivoire, si tout se passe bien. En attendant, Guillaume Soro succède à Konan Banny au post de premier ministre.
Simone Gbagbo, universitaire, militant féministe et épouse du chef de l'Etat, suit tous ces événèments, en bonne politicienne, puisqu'elle est elle-même députée au Parlement ivoirien.
Dans son livre, elle évoque tout cela, mais surtout elle parle d'elle, de sa vie, du rôle joué surtout par son mari Laurent Gbagbo, président de la république en crise.
Un livre passionnant, intéressant pour comprendre la Côte d'Ivoire d'hier et d'aujourd'hui.