Le cinéma africain doit beaucoup au cinéaste et réalisateur sénégalais, Sembene Ousmane. C'est lui le véritable, ou plutôt l'un des pères fondateurs du cinéama africain d'après les indépendances.
Sembene Ousmane est né en 1923, à Zinguinchor, au Sénégal. Fils de pêcheur, son certificat primaire en poche, il est mobilisé par l'armée française dans les Tirailleurs Sénégalais pour aller combattre les Allemands. Il s'embarque pour la France. Nous sommes en 1942. La deuxième guerre mondiale a déjà commencé depuis 1939, déclenchée par le chancelier allemand nouvellement élu, Adolf Hitler.
A la fin de la guerre, démobilisé, le jeune tirailleur sénégalais retourne en Afrique sans solde. Il doit gagner sa vie. Sembene Ousmane retourne en France, une année plus tard. En 1946, il va à Marseille pour y travailler comme ouvrier, exercé divers petits boulots alimentaires, avant de trouver un emploi fixe comme mécanicien, puis maçon et enfin docker dans le port de Marseille. Toutes ces expériences l'amèneront à être syndiqué pour garantir ses droits de travailleur immigré en France. Ouvrier syndiqué, de 1946 à 1950, il participe à des meetings, manifestations, débats et prend goût de noter tout ce qu'il voit, observe, l'indigne. L'écriture devient une passion. Débordant d'immaginations, Sembene Ousmane se raconte des histoires par l'écriture et naturellement le talent de romancier naisse. Attiré par l'écriture donc, il écrit un premier roman "Le docker noir", tiré de son expérience dans le port de Marseille. Ce roman est publié aux Editions Debresse, en 1956.
L'année suivante, il récidive dans l'écriture et sort son deuxième roman, "Ô pays, mon beau peuple !", en 1957 aux Editions Amiot-Dumont.
En 1960, son troisième roman "Les bouts de bois de Dieu" sort aux Editions Le Livre Contemporain, attirant l'attention des lecteurs sur la qualité littéraire et de romancier de cet auteur-autodidacte Sénégalais Sembene Ousmane.
Du coup, il rejoint le rang des chefs de file de la nouvelle littérature africaine naissance et la plus féconde.
"Voltaïque", son quatrième roman, est publié en 1962, aux Editions Présence Africaine.
Le déclic vers le septième art viendra au début de ces années-là, en faisant de la figuration pour le film français "Le rendez-vous des quais". Malheureusement au montage, cette partie où Sembene Ousmane apparaît, est coupée au montage du film. Mais cette expérience et aventure cinématographique attire sa curiosité. C'est le début d'amour pour le cinéma pour le Sénégalais.
Militant communiste, Sembene Ousmane, à quarante ans, veut faire du cinéma. Il rentre à Dakar (Sénégal) et ce retour d'Afrique lui inspire des idées. Avec son regard sociologique sur la société africaine qu'il redécrouvre, il pense qu'avec cet outil qui est le cinéma, il peut atteindre encore plus de public que les livres. Pour cela, il faut avoir les bagages nécessaires. Alors, il part étudier le cinéma au Studio Gorki, à Moscou (Russie).
Son premier Court-Métrage "Borom Sarret" (Le bonhomme Charrette) sorti en 1962, est véritablement ses débuts de réalisateur africain dans un cinéma inéxistant encore pour le continent.
En 1964, il signe son deuxième Court-Métrage, "Niaye", et qui sera primé au Festival de Locarno, en Italie.
Deux ans plus tard, tirant encore profit de ces débuts d'expérience cinématographique, Sembene Ousmane réalise son premier Long Métrage intitulé "La Noire de....", qui recevra en 1966 le Prix Jean Vigo.
En 1968, le Prix spécial du Jury de Vénise lui est décerné, avec le film "Mandabi".
Suivront, des documentaires, en 1969, "Traumatisme de la femme face à la polygamie", "Les dérives du chômage", et, la même année, un Court-Métrage "Tauw" (1971), et enfin, un Long Métrage : "Emitaï", qui reçoit la médaille d'argent à Moscou, en 1971.
Sans rénier la littérature, Sembene Ousmane poursuit sa carrière de romancier, puisqu'il trouve encore le temps d'écrire "L'Harmattan" (paru aux Editions Présence Africaine, à Paris en 1964) ; "Véhi-Cissane ou Blanche-Genèse" ; "Le Mandat", toujours chez Présence Africaine en 1966.
En 1972, Sembene Ousmane réalise deux documentaires : "Basket africain aux Jeux Olympiades", et "L'Afrique aux Olympiades", en 1973.
La même année, il publie un roman qui montre bien, que Sembene Ousmane est un fin observateur de la société africaine, et plus particulièrement encore la société sénégalaise, son pays le Sénégal.
Dans "XALA", paru en 1973, le romancier Sembene Ousmane dénonce l'arrivisme d'un nouveau riche et polygame, qui est atteint d'impuissance sexuelle, puisqu'il a le ' xala ' , le mauvais sort, qui va briser sa carrière et faire éloigner ses soi-disants amis, en fait, des parasites qui venaient juste pour profiter de sa fortune. ' xala ' , c'est un sort, un châtiment d'une faute ancienne, contre les plus pauvres de ses concitoyens, qui vont d'ailleurs réclamer leur dû. Ce roman est intéressant à plus d'un titre, puisqu'il évoque la complexité culturelle de la société africaine, avec ses croyances et ses pratiques des sciences occultes et de la sorcellerie. Au Sénégal, les marabouts peuvent vous sortir d'un situation délicate comme ils peuvent vous arnaquer. Porté à l'écran en 1974, le film recevra un Prix Spécial du Jury Karovyvary. Tout comme son prochain film "CEDDO", qui sera séléctionné officiellement à Cannes en 1977.
En 1981, Sembene Ousmane publie "Le dernier de l'empire", en deux Tomes, (1981 et 1983), à Paris, aux Editions L'Harmattan.
"CAMP DE THIAROYE", son cinquième Long Métrage, est un des plus importants films de toute sa carrière. Ce film évoque l'histoire des tirailleurs sénégalais, qui, après la deuxième guerre mondiale, n'ont toujours pas reçu leurs soldes, ou pensions, en tant soldats français et anciens combattants de guerre. Ce film, il l'a porté en lui pendant des nombreuses années. C'est un témoignage qu'il connait bien puisqu'il l'a vécu de sa chair. Les Tirailleurs Sénégalais ne recevant jamais de soldes de l'Etat français se révoltent dans un camp nommé Camp de thiaroyé, mais ils seront battus, massacrés, méprisés. Ils vont donc se rebeller contre...la France !
Contre cette injustice, Sembene Ousmane prend partie des Tirailleurs et dénonce l'attitude ingrate et lâche des Français qui avaient pourtant besoin des chairs à canons pour combattre le nazisme allemand. Ce film fait refléchir. Présenté au Festival de Venise, (la France l'ayant superbement boudée et ignorée, à défaut de le censurer, à cause des thèmes violents abordés sans complaisance par ce cinéaste sénégalais, déceidement très talentueux. On verra d'ailleurs plus tard, un autre cinéaste algérien le porter à l'écran, (le film "Indigènes", avec Djamel Debouze).
"Camp de Thiaroye" recevra le Prix du Jurry de Venise en 1988.
Revenant aux livres, Sembene Ousmane publie en 1987 deux nouvelles : "Niiwam", suivi de "Taaw", aux Editions Présence Africaine.
En 1990, sort son autre roman, cette fois-ci, intitulé "Guelwar", toujours chez le même éditeur.
L'âge arrivant, Sembene Ousmane se repose un peu pendant huit ans. Et une année après, il réalise un court-métrage "Héroïsme au quotidien".
La surprise viendra en 2003, avec un nouveau Long Métrage, "MOOLAADE" et qui sera présenté à Cannes, qui recevra le Prix de ce Festival "Un cerain regard".
"Moolaadé" évoque un grand succès sensible : l'excision des femmes en Afrique de l'Ouest. Son histoire est aussi intéressante. Dans un village africain, il y a sept ans, une jeune mère a refusé que ses fillettes soient excisées. Pratique qu'elle juge barbare. Aujourd'hui, quatre fillettes s'enfuient pour échapper à ce ' rite de purification ' , et demande protection à cette femme. Deux valeurs vont s'affronter dès lors : le respect du droit d'asile (le Moolaadé) et l'antique tradition de l'excision (le Salindé).
Le grand cinéaste Sembene Ousmane restera un monument du cinéma africain avec toutes ces oeuvres réalisées dans le septième art qu'il faut (re) découvrir.
Il a tant apporté au jeune cinéma africain qui manque toujours les moyens financiers et matériels pour se développer alors même que les talents ne manquent pas au cinéastes africains. Ces derniers peuvent aborder tous les sujets, grâves ou tabous, mais essentiels pour la survie de la culture africaine dans son ensemble.
Nous avons tenu à lui rendre cet hommage mérité.