Blog sur l'actualité des Antilles et du monde.
Parmi les grandes figures que l'Afrique doit honorer, celle de Thomas Sankara mérite bien une grande place. Il y a vingt ans (1987-2007) que l'ancien président de Burkina Faso, idéaliste et panafricain militant, a été assassiné à l'aube de son combat honorable pour la dignité de l'Homme noir africain, et pour la construction d'une nouvelle Afrique, que certains appellent : la renaissance africaine. Cet homme a lutté toute sa vie, et a osé inventer l'avenir, pour notre continent africain. Il est temps que la jeunesse africaine se souvienne de lui. Sa vie, trop brève, témoigne de la compassion et de l'humanisme envers ses semblables, qui l'habitaient.
A partir de ses propres observations, expériences personnelles et concrètes, il a décidé de s'engager, corps et âme, pour enrayer les injustices. Ecoutons-le témoigner : < Je me souviens, par exemple, d'un homme que j'ai bien connu. Nous étions en pleine période de séchèresse. Pour éviter la famine, plusieurs familles de son village avaient réuni le peu d'argent qu'il leur restait et elles l'avaient chargé de se rendre à Ouagadougou pour acheter un peu de nourriture. Il est allé à la capitale à bicyclette. Arrivé là, il eut un contact douloureux et brutal avec la ville. Il fit sans succès la queue pour obtenir ce qu'il voulait. Il y avait beaucoup d'autres personnes passer devant lui et pour acheter leur mil parce qu'elles parlaient français. Puis, comble de malheur, l'homme s'est fait voler sa bicyclette et tout l'argent que les villageois lui avaient confié. Alors, de désespoir, il s'est suicidé. Cela n'a pas troublé le sommeil des gens de Ouagadougou. Ce n'est qu'un mort de plus. On creuse un trou, on jette le corps dedans comme un poids inutile dont il faut se débarrasser. La ville a continué à tourner allègrement, dans l'indifférence, dans l'ignorance même, de ce drame alors qu'au loin des dizaines de personnes, des familles entières attendaient le retour heureux de cet homme qui allait relancer leur existence, mais qui n'est jamais revenu... Alors on se demande, avons-nous le droit de les laisser pour compte ?>
Voilà résumé, en quelques mots, l'Afrique des misères. Voilà comment était Sankara, l'homme qui se souciait des plus humbles. Cet homme, que ses propres 'frères' des armes, armés par les mains étrangères, ont tué.
Alors, à notre tour de nous interroger. D'abord, pourquoi ce jeune homme se souciait-il de la misère des autres ? Quelles sont ses racines ? D'où a-t-il puisé ses convictions et cette force qui ont fait de lui un humaniste, un justicier des pauvres ? Que représente-t-il aujourd'hui pour cette jeunesse africaine ?
Oui, cet homme a su façonner son pays du Sahel, la Haute-Volta qu'il a débaptisé d'un nom authentiquement africain le "Burkina Faso". Une façon de se réappropier la cuture africaine que les Africains semblaient perdre...
Thomas Sankara est né le 21 décembre 1949 à Yako, au Burkina Faso. Après ses études, il entre dans l'armée. Capitaine dans les forces armées, il devient Président de la république du Burkina Faso, le 4 août 1983. Un jeudi du 15 octobre 1987, il était 16 heures 30 de cet après-midi là, Thomas Sankara et douze de ses compagnons sont tombés, victimes des rafales de mitraillettes. Il a été assassiné. Une belle voix d'Afrique s'est éteinte.
Quelqu'un disait : on peut tuer un homme, mais pas ses idées. Thomas Sankara est mort mais il est vivant !
Ils ont cru l'abattre mais il parle encore : http://www.dailymotion.com/video/x2nm07_thomas-sankara-1_politics et témoigne: http://www.dailyhttp://www.dailymotion.com/video/x2nm6l_thomas-sankara-2_politics .
Sa voix est allée encore plus loin. Sa pensée politique est longuement exposée lors de son discours, le 4 octobre 1984, à la 39è session de l'Assemblée générale des Nations-Unies. A lire intégralement dans :
http:www.thomassankara.net/article.pdp3?id_article=0285
Cet homme a tenté une expérience unique en Afrique. Rendre la dignité à un pays pauvre et faire prendre conscience à son peuple qu'avec la volonté collective le sous-développement, la famine ou la misère seront vaincus ! Si vous avez eu la patience de lire Thomas Sankara dans son discours du 4 octobre 1984, en entier, si vous avez eu la patience de le lire et de comprendre le fond de sa pensée, vous avez enfin compris le combat que mène l'Afrique face à sa margination et à l'injustice à son égard. Il voulait une société africaine authentique et digne. De la vraie valeur d'un modèle original de la renaissance africaine. Celle de la réconstruction d'un pays ou d'un continent qualifié de "pauvre", alors qu'il est potentiellement riche en tout.
Hélas, cette expérience-là a été stoppée. Une politique dite de "réctification" lui a succédée. Nous reservons encore nos doutes quant à sa réussite depuis la mort, que dis-je, l'assassinat du vaillant combattant africain.