Les événements qui viennent de se dérouler en Guinée-bissau ont été très douloureux et malheureux non seulement pour les Bissao-Guinéens, mais aussi pour l'ensemble des pays lusophones d'Afrique. L'assassinat du président Joao Bernado "Nino" Vieira a secoué tout le pays, et le monde, par sa violence et sa cruauté. Le plus surprenant de l'histoire, cet acte est doublé de l'autre assassinat du chef de l'état-major des forces armées bissao-guinéennes, le lieutenant-général, Baptista Tagné Na Waié.
Au lendemain de ces actes ignobles, tout le pays reveillé par les larmes s'indigne. Pourquoi ce drame pour le pays? La fille du défunt président déplore ce triste événement. La Guinée-Bissau n'avait plus besoin de connaître ce type de violence politique. La journée des obsèques de ces deux hommes, fut émouvante. Le président Vieira devrait être enterré au cimetière municipal de la capitale Bissao. Triste fin pour lui et pour le pays. Ce dernier n'avait plus connu de drame depuis un certain temps, surtout plus de coup d'Etat. Et voilà, nous y sommes justement.
Ce qui vient de se passer ce 2 mars, n'a rien d'un coup de force politique de l'appareil politique, encore moins un coup d'Etat des militaires. Cela ressemble plutôt à un reglèment de compte entre rivaux. Les deux victimes se connaissaient très bien. Ils ont été les deux combattants qui se sont battus contre la présence coloniale portugaise. Les assassinats du président Joao Bernado Vieira, et du général Tagné Na Waié, tranchent avec le classique des coups d'Etat, règulièrement observés en Guinée-Bissau.
En 1980, Joao Bernado Vieira était arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat dont il fut le principal investigateur.
Six ans plus tard, le pays retombait dans le cycle de coups d'Etat classique en Afrique. L'armée qui prend le pouvoir par la force pour déloger les civils. Le coup d'Etat fut avorté. On avait trouvé les auteurs du complot visant à renverser le pouvoir en place. Le sceptre de coup d'Etat n'étonnait plus. Le vice-président Paulo Correira fut exécuté en juillet 1986. Le pays va connaître une longue période d'incertitudes politiques.
En 1999, le pays replonge à nouveau dans le même scénario des coups d'Etat. Le général Ansumane Mané s'installe aux commandes. Le fauteuil envié tombe sous le contrôle des militaires. En 2003, l'armée brise l'élan de la démocratisation en évoquant l'incapacité du président élu Kumba Yala. Elle l'accuse d'incapacité de remettre en valeur l'économie du pays. Il sera balayé. L'année 2004 marque le retour du président Joao Bernardo Vieira. Ce dernier retrouve avec tact son poste de chef de l'Etat de la Guinée en voie de la démocratisation. Son élection fut naturellement 'démocratique'. Il va tenter de tout réorganiser, limogeant au passage tous ses ennemis, tous ceux qui ne lui plaisaient pas et lui faisaient ombrage, tant au sein de l'appareil politique, que dans l'armée du pays.
Son entourage subit des chaises musicales, et les postes sont confiés aux plus fidèles. Sous son règne, la Guinée-Bissau replonge dans une anarchie politique qui ne dit pas son nom. Des tensions se font entendre, avec la grogne au sein de son propre camp et dans l'armée. Le président ne répond plus aux ententes de son peuple.
Pire, les soupçons commencent à peser aux gens du pouvoir, et au sein de l'armée. Ils sont tous soupçonnés de se livrer au trafic de la cocaïne. Les narcotrafiquants venus de l'Amérique du Sud trouvent enfin un pays africain qui leur sert de point de transit de ce produit illicite. Les avions et les navires (bateaux bourrés de drogues) débarquent en Guinée-Bissau. La drogue n'est là qu'à titre de transit, puisque la déstination finale reste l'Europe. C'est là-bas que les consommateurs sont les plus nombreux. La demande de cette clientèle ne se cesse d'accroître.
La drogue débarque en transit et prend le chemin de l'Europe. Ce trafic devient une activité lucrative pour certaines personnes au pouvoir, dans l'armée ou dans le civil. L'argent, le narcodollars, intéresse tout le monde, surtout les Africains en terre de la Guinée-Bissau. Bien entendu ce boulot fait travailler tous les Africains très utilisés par les narcotrafiquants. Les gros bonets Sud-Américains viennent récruter les petits revendeurs, les mulets, les dealers afin d'écouler leurs marchandises. La drogue passe par le Sénégal, la Guinée-Conakry et le Maroc. Trois pays de transit. Le Maroc restant un pays founisseur de "haschischs", " des chits" ou de "cocaïnes". Même si le royaume fait semblant, hypocritement de nier cette réalité que les Européens savent, mais cautionnent pasfois le dangereux trafic. Il y a bien sûr, des mesures de restrictions et de la répression. Mais la réalité est tout autre. La corruption aidant, à tous les niveaux, dans ces trois pays. La communauté internationale s'inquiète de l'ampleur qu'a pris ce phénomène de trafic des drogues sur le continent africain, avec ce transit au Maroc ou en Espagne.
La police internationale sait cette filière mais souvent tarde à arrêter cet itinéraire, que tout le monde sait l'activité.
On connait les coupables mais on a du mal à les intercepter ! Etonnant, non ? Comme dirait Pierre Desproges.
Les traficants développent des filières pour sortir la droguer ou la faire évacuer de la Guinée-Bissau. Elle prend la route, parfois sur mer, ou souvent par air. Les avions partent des capitales africaines à déstination des villes européennes. Des petits avions chargés quittent la Guinée-Bissau, font des escales à Lagos, Dakar, puis le Maroc. Des bateaux hors.bord accostent sur les plages du Maroc, traversent le détroit de Gilbraltar jusqu'en Espagne. De là, quelques rapides se chargent à les faire partir vers la Hollande. Des complicités sont donc partout, depuis l'Afrique jusqu'en Europe. On le sait bien.
En Guinée-Bissau, on a soupçonné l'ancien chef d'état-major, le contre-amiral Bubo Na tchuto, et des officiers de l'armée, ainsi que certains membres du gouvernement, d'être impliqués dans ce trafic. Dans ce pays, à chaque saisie, on note peu après la disparition mystérieuse de plusieurs quantités de cocaïne, saisies, et qui s'évaporent dans la nature. Alors, le président de la république est-il au courant ? Il n'y a aucune preuve contre lui. On reste là dans le domaine de suspicions sans fondement. Pourtant, le doute persiste. Comment croire que le principal responsable du pays ignore ce qui se passe sur le territoire ? L'ampleur du phénomène du trafic n'échappant à personne.
Le président Joao Bernardo Vieira, et son ancien allié Tagmé Na Waié, furent très proches dans les affaires diverses, avant de devenir les pires ennemis. Lors de son exil après le coup d'Etat, c'est bien ce dernier qui a tout fait pour le faire revenir, puis le permettre de poser sa candidature pour les élections démocratiques dans lesquelles Joao Bernardo Vieira put revenir aux affaires du pays. Par la suite, les observateurs ont noté les rivalités entre les deux hommes qui ont déclenché ce que l'on sait aujourd'hui. Le président Vieira n'était pas non plus un enfant de choeur. On l'accuse de dérive dictatoriale. Car, il n'hésitait pas d'éliminer ses rivaux. En 1986, c'est bien lui qui ordonna les exécutions de ses opposants. C'est sous ses ordres que Paolo Correia fut passé aux armes, après avoir tenter un coup de force et complice d'un coup d'Etat. C'est encore Joao Bernardo Vieira qui fut le premier à commencer le coup d'Etat, en reversant le premier président de la Guinée-Bissau, Luis Cabral.
Le pays est membre du PALOP (Pays africains lusophones), qui se compose de l'Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, le Cap-Vert et les iles du Sao-Tomé e Principe. C'est en ce sens que l'Angola s'est rapproché de la Guinée-Bissau, pour nouer des accords de coopération entre les deux pays.
L'Angola est donc un partenaire important pour la Guinée-Bissau, tout comme de l'ensemble des pays africains dont la langue portugaise est utilisée. Le pays de José Eduardo dos Santos reste un pays d'aide aux pays pauvres du PALOP. La coopération entre la Guinée-Bissau et l'Angola représente un apport important dans la coopération. Les deux pays ont toujours maintenu une relation étroite dans plusieurs domaine de coopération bilatérale.
L'assassinat ce 2 mars du président Vieira en Guinée-Bissau a affecté le président angolais, ainsi que l'ensemble de la communauté lusophone. L'Angola a exigé une enquête sur cette mort. Un meurtre qui doit-être élucidé et éclairci, selon les Angolais. Le président dos Santos qui se trouvait en ce moment-là en visite officielle au Portugal, s'est dit cocerné, et "préoccupé" de la disparition de Joao Bernardo Vieira. Une consolation pour l'Angola, puisque la transition a rassuré les opinions, en annonçant que l'ordre constitutionel sera respecté, même après le décès du président. C'est le président de l'Assemblée guinéenne, Raimundo Pereira, qui assurera l'interim. En attendant l'élection d'un nouveau président de la république. Il assumera la responsabilité, en assurant aussi de préparer les élections prévues dans le pays, selon ladite-consitution. Les pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, ainsi que l'Union africaine, se sont dit "rassurés".
De son côté, l'Angola se dit prêt à aider la Guinée-Bissau, pays-frère, et en crise imprévue. Les pays de la CPLP (Communauté des Pays de Langue Portugaise), restent attentifs sur tout ce qui va se passer en Guinée-Bissau, cet autre pays lusophone en Afrique de l'Ouest.